Bien que le premier lancement ait été reporté à 2023, le programme Ariane 6 entre dans sa phase finale. L’assemblage du lanceur se poursuit de manière inédite à Kourou en Guyane française.
A l’étranger le 1er avec l’AFP • Publié le 30 juin 2022 à 14h35, mis à jour le 30 juin 2022 à 14h44.
Ce n’est pas encore le « Top, décollage » mais le compte à rebours est lancé : la fusée Ariane 6, qui doit permettre à l’Europe de rester dans la course à l’espace, entame l’ultime campagne d’essais avant son vol inaugural, reporté à 2023. Allongé dans son auditorium. à la base spatiale de Kourou en Guyane française, le corps central du lanceur devra être levé dans les “prochaines semaines” vers le nouveau pas de tir situé à 800 mètres d’ici pour des “essais combinés”.
Ces essais impliquant la fusée et son ensemble de lancement sont “la dernière ligne droite” d’un programme lancé en 2014, explique le directeur des transports spatiaux de l’Agence spatiale européenne (ESA), Daniel Neuenschwander, lors d’une récente visite à Kourou. Ariane 6, qui aura coûté près de 4 milliards d’euros, doit permettre à l’Europe de s’adapter notamment à la concurrence féroce de l’américain SpaceX.
La fusée devrait être 40 % moins chère qu’Ariane 5 et surtout plus polyvalente. Une version à deux propulseurs latéraux (boosters), Ariane 62, lui permettra d’avoir la capacité d’emport de la fusée russe Soyouz, dont le tir depuis la Guyane a été interrompu par l’invasion de l’Ukraine. Un autre de quatre boosters remplacera le lanceur lourd Ariane 5.
Il pourra lancer de grands satellites en orbite géostationnaire à 36.000 kilomètres, pour lesquels il a été conçu en 2014, ainsi que les “constellations qui ont émergé entre-temps”, se félicite Stéphane Israël, président d’Arianespace, la société en charge de son opération. Par ailleurs, “bien qu’Ariane 6 n’ait pas encore volé, elle a remporté un succès commercial” avec 29 lancements déjà vendus, dont 18 pour des centaines de petits satellites de la constellation Kuiper du géant Amazone, rappelle-t-il. L’Ariane 6 et son pas de tir étaient conçus pour effectuer 12 lancements par an avec deux semaines entre deux lancements, quand 6 étaient nécessaires pour l’Ariane 5, qui n’était lancée que cinq ou six fois par an. .
Pour ce faire, toute l’architecture industrielle a été repensée : le corps du lanceur est monté horizontalement et non plus verticalement, l’assemblage avec la coiffe et les boosters se fait directement sur le pas de tir, protégé par un portique mobile, en saillie de la verrière de Guyane. du haut de ses 90 mètres.
Et « nous avons récemment franchi une étape réussie en testant les armes cryogéniques qui permettent d’introduire du carburant », ajoute Franck Huiban, directeur des programmes civils d’ArianeGroup. Ceux-ci sont déconnectés de la fusée juste au lancement et non plus avant. Cela permet de vidanger plus facilement la fusée en cas de lancement avorté et de reconfigurer la fusée en deux jours, contre les trois semaines d’Ariane 5.
Les tests sont encore innombrables pour “qualifier” le système, de la salle de contrôle à l’étage supérieur de la fusée, dont le moteur doit encore être “testé” en Allemagne. A Kourou, lors des essais combinés, “on va tester toutes les procédures d’exploitation”, comprises en “mode dégradé”, explique Franck Huiban, responsable de la construction.
L’idée est de jouer un vol sans que la fusée ne décolle. On retrouvera donc plusieurs caractéristiques du moteur Vulcain 2.1, “un premier allumage court, puis un long, représentatif d’un vol” de l’étage principal, soit 500 secondes, selon lui. “On a une bombe sur le pas de tir, il faut s’assurer d’avoir le contrôle du lanceur”, explique un autre représentant d’Arianegroup sous couvert d’anonymat.
La première sortie d’Ariane 6 était initialement prévue en 2020, puis fin 2022 avant de revenir en arrière en 2023. Pour Stéphane Israël, “certaines choses prennent plus de temps que prévu, mais nous ne sommes pas dans une impasse technique”, les principaux paramètres sont ci-dessous. .
Ce n’est pas anormal dans le cas d’un programme en développement, assure également Daniel Neuenschwander. “D’ici la mi-juillet, plusieurs jalons doivent être franchis”, précise le responsable de l’ESA qui annoncera un nouveau calendrier le 13 juillet, le même “consolidé fin septembre”.
Nul doute que la sortie inaugurale finira sur le tapis. Les deux dernières remontent à 1996 (Ariane 5) et 2012 (Vega), “l’une s’est bien passée, l’autre pas”, se souvient-il en référence à l’explosion en vol de la première Ariane 5 “S’il nous faut plus de temps , nous allons “le prendre”.