Arthrose, grossesse, bonnes baskets… Ils ont des idées sur la course à pied

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Je suis kinésithérapeute dans une clinique du sport à l’hôpital régional de Huy, en Belgique, et spécialisée dans les blessures aux jambes. Parallèlement à mon travail de clinicien, je suis également chercheur à l’Université de Liège, au sein du Laboratoire d’Analyse du Mouvement Humain. Je m’intéresse à l’implication du complexe cheville pied dans la prévention des blessures et la performance en course d’endurance. Ces deux aspects de mon travail me permettent de combiner les témoignages rapportés dans la littérature scientifique et la réalité sur le terrain de la prise en charge des coureurs blessés.

La course à pied est l’un des sports les plus pratiqués au monde, grâce à son accessibilité et son faible coût. Il présente également de nombreux avantages, qui sont malheureusement contrebalancés par une fréquence élevée de blessures (environ deux fois plus en moyenne que dans les autres sports). Le chiffre varie beaucoup d’une étude à l’autre, mais il apparaît que près de 65 % des coureurs subiront au moins une blessure cette année.

Les causes sont souvent méconnues, notamment en raison de leur aspect multifactoriel, qui a conduit au développement de fausses croyances qui conduisent souvent à la récidive d’une blessure et parfois à l’arrêt définitif de la pratique sportive.

Notre rôle d’acteur de santé est de remettre en cause ces mythes infondés, afin de favoriser l’activité physique et l’adoption d’un mode de vie moins sédentaire auprès de la population générale. Ce sont les principales idées que je dois aborder dans ma pratique clinique, avec des coureurs de tous âges et de tous niveaux.

“Je me suis blessé parce que mes chaussures ne sont pas bonnes”

La chaussure est souvent incriminée dans l’apparition de blessures en course à pied. On lui reproche généralement son manque d’amorti ou son état d’usure. L’industrie de la chaussure est multimillionnaire. Les marques introduisent constamment de nouveaux modèles avec des fonctionnalités et des technologies supplémentaires censées réduire le risque de blessure.

Jusqu’à présent, le lien entre le type de chaussure et l’apparition d’une blessure en course à pied reste faible. En fait, les études qui ont tenté de démontrer le bénéfice de l’amorti ou l’effet de l’usure sur l’apparition des blessures professionnelles ont échoué. En revanche, les chaussures équipées d’un amorti important semblent même provoquer une augmentation des contraintes articulaires. Par conséquent, le choix d’une chaussure doit être individuel et découler principalement du confort que vous ressentez en la portant.

“Mon médecin m’a dit que j’avais de l’arthrose, que je ne pouvais plus courir”

L’arthrose est une maladie qui affecte le cartilage, qui touche une grande partie de la population. La succession d’impacts causés par la pratique de la course est souvent considérée à tort comme préjudiciable au cartilage. Cependant, la littérature scientifique a une vision complètement différente sur la question.

Bien que l’épaisseur du cartilage soit réduite en quelques minutes d’activité de course, elle revient à la normale après une heure. D’autres études montrent que les coureurs récréatifs souffrent moins d’arthrose que les personnes sédentaires. Cela pourrait s’expliquer en partie par l’adaptation à long terme du cartilage par les impacts liés à la course à pied, mais aussi par les bénéfices secondaires dus à la pratique de ce sport (masse corporelle plus faible, plus grande force musculaire, etc.).

Des études nous montrent également que courir avec des signes d’arthrose n’augmente pas les symptômes et ne provoque pas de détérioration supplémentaire du cartilage. L’arthrose ne doit donc pas décourager la pratique de la course à pied.

“J’ai mal au dos, courir n’est pas recommandé”

Les maux de dos sont la principale cause de participation restreinte aux activités et d’absentéisme. Les maux de dos sont souvent accompagnés de comorbidités telles que la peur de bouger ou un niveau élevé d’anxiété. De nombreuses études ont montré les effets de l’activité physique pour protéger contre l’apparition des maux de dos, mais aussi pour les réduire lorsqu’ils sont déjà présents. Ainsi, les coureurs sont moins susceptibles de souffrir de maux de dos que la population générale : il semblerait que la pratique de la course à pied soit un facteur de protection.

D’autre part, courir à faible intensité augmente également le métabolisme de base, mais aussi le flux sanguin vers les muscles du dos, permettant une amélioration du processus de guérison.

“Je me suis blessé parce que ma technique de carrière n’est pas bonne”

La technique de course est un sujet qui suscite souvent des débats entre coureurs. De nombreux endroits proposent, sans fondement scientifique, des méthodes pour réduire le risque de blessure : « atterrir sur l’avant du pied », « courir à une cadence de 180 pas par minute », « courir pieds nus », etc.

Cependant, à ce jour, aucune étude n’a réellement démontré une relation causale entre un paramètre biomécanique et l’incidence des blessures en course à pied. Au contraire, il semble qu’une modification brutale de la technique puisse augmenter le risque de blessure en augmentant le stress dans des zones qui jusqu’alors n’étaient pas habituées à en recevoir.

Il n’est généralement pas recommandé de changer de technique de course lorsque vous n’êtes pas blessé. Et chez un coureur blessé, la modification se fera en tenant compte de ses caractéristiques individuelles, de son historique de blessure et de sa blessure actuelle.

« Enceinte, j’ai arrêté de courir car ça pouvait être dangereux »

L’exercice et la grossesse ne sont pas toujours considérés comme compatibles. Pourtant, faire du sport durant cette période présente de nombreux bénéfices, tant pour la maman que pour son bébé (diminution du risque de macrosomie, de diabète gestationnel, de prééclampsie, de lombalgie et d’incontinence urinaire).

Les recommandations actuelles conseillent une pratique de cent cinquante minutes par semaine d’activité physique modérée pour une femme enceinte ayant pratiqué du sport avant sa grossesse. Il est également possible de commencer à faire de l’exercice pendant la grossesse en commençant par cinq minutes la première semaine, puis en ajoutant cinq à dix minutes chaque semaine.

La course à pied est une activité physique assez adaptée pour une femme enceinte, même au dernier trimestre. Des études nous montrent que cette pratique n’avance pas la date prévue de la grossesse, renforce les muscles du plancher pelvien et pourrait également réduire le risque de dépression post-partum. Cependant, chaque grossesse a ses spécificités et une discussion avec votre médecin est recommandée.

La course à pied est donc une activité physique aux nombreux avantages qui devrait vous faire oublier les quelques désagréments qu’elle peut parfois occasionner. La cessation d’exercice ne doit être notifiée que dans des cas exceptionnels. Les erreurs physiques font souvent partie de la vie d’un athlète. La fatigue et le stress auxquels nous sommes soumis au quotidien, associés à une hygiène de vie pas toujours idéale, sont des facteurs qui limitent souvent notre champ d’action et contribuent à l’apparition de nos blessures. Pour minimiser son risque de survenue, une pratique progressive avec une vision à long terme doit être encouragée.

Cet article est republié de The Conversation sous une licence Creative Commons. Lire l’article d’origine.

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