Attentats du 13 novembre : la tâche titanesque d’indemniser les victimes

Sauveteurs boulevard des Filles-du-Calvaire, près de la salle du Bataclan, Paris, le 13 novembre 2015. OLIVIER LABAN-MATTEI / MYOP POUR “LE MONDE”

Au début du procès le 13 novembre, Faustine Dréan n’avait pas encore terminé son parcours d’indemnisation en tant que rescapée du Bataclan et compagne de Jean-Jacques Kirchheim, décédé le soir même au même endroit. Neuf mois plus tard, alors que les allégations des parties civiles battent leur plein et que le procès touche à sa fin, cette femme de 40 ans a enfin une offre d’indemnisation. Mais son voyage n’est pas terminé.

Tout au long du procès, la douloureuse question de l’indemnisation a traversé les débats, qui ont surgi lors de la déposition des parties civiles. Marylin (les parties civiles ont souvent réclamé que son nom ne soit pas cité), présente au Stade de France, a évoqué ses « déboires » avec le Fonds de garantie des victimes du terrorisme et autres délits (FGTI) : « Les galères en tout, l’expertise, un besoin constant de justification très pénible à vivre. Laura, présente au Bataclan, a évoqué « d’authentiques séances d’inquisition, des jugements, des interprétations douteuses » de François, présent au Comptoir Voltaire, a qualifié la FGTI de « inhumain”.

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“Course d’obstacle”

Isabelle Teste, avocate de diverses parties civiles, a même consacré sa plaidoirie à la “violence” du parcours des victimes, notamment devant le Fonds de garantie : “La violence dans les faits se double vite de la violence de son parcours, de son combat , c’est un véritable parcours du combattant, une lutte dure et violente. [le FGTI] parfois il est cruel envers les victimes. »

L’avocat poursuit : « Certains experts du FGTI ont été perçus comme haineux (…) : « Vous étiez là ? Avez-vous enregistré votre ticket ? (…) Tu es resté un quart d’heure au Bataclan, il n’y a pas longtemps, ça ira. Vous ne pouvez plus travailler ? Mais tu es jeune et doué, ça ira bien. Avez-vous déménagé? C’est un choix personnel, tu l’as décidé, ça n’a rien à voir avec l’attaque. (…) Avez-vous avorté ? Mais vouliez-vous avoir un enfant ? Vous ne pouvez plus aller dans les restaurants, les concerts, les lieux publics ? Mais faisiez-vous tout cela avant l’attaque ? Tout doit être justifié, restauré, discuté. Les expériences des victimes sont discutées. Son ampleur est contestée. Ses conséquences sont contestées. Les victimes se sentent méprisées, ridiculisées, épuisées. C’est une violence supplémentaire que chacun d’eux subit. »

Le président Périès a pris la défense du FGTI, rappelant qu'”il y avait des gens assez indélicats” qui se sont fait passer pour des victimes. Malgré cette avalanche de critiques, tout le monde s’accorde sur l’utilité du FGTI et sa nécessaire pérennité. La France est en effet le seul pays au monde à disposer de ce mécanisme, créé en 1986 à l’initiative de Françoise Rudetzki, présidente de SOS Attaques, décédée le 17 mai. Étendu aux victimes d’accidents de la circulation et autres délits, ce fonds est alimenté par une taxe de 5,90 euros pour chaque contrat d’assurance.

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