Transposé par le collectif “Patients à risque” le 23 avril 2022 à Dakar, pour demander justice pour Astou Sokhna, une femme enceinte décédée par négligence alors qu’elle demandait une césarienne. CARMEN ABD ALI / AFP
Onze bébés sont morts dans l’incendie d’un hôpital de Tivaouane, dans l’ouest du Sénégal, mercredi 25 mai. Un drame qui met en lumière les graves lacunes du système de santé publique de ce pays pauvre. “Je viens d’apprendre avec douleur et consternation le décès de onze nouveau-nés dans l’incendie qui s’est déclaré dans le service de néonatologie de l’hôpital public de Tivaouane”, a tweeté le président sénégalais Macky Sall. A leurs mères et à leurs familles, j’exprime mes plus sincères condoléances”, a-t-il ajouté. .
“Trois bébés ont été sauvés”, a déclaré Demba Diop, le maire de Tivaouane, une ville religieuse, fief de l’influente confrérie musulmane des Tidianes. L’incendie a été causé par “un court-circuit et le feu s’est propagé très rapidement”, a déclaré M. Diop, également député et plus connu sous le nom de Diop Sy. “Cette situation est très malheureuse et extrêmement douloureuse. L’enquête est en cours pour voir ce qui s’est passé”, a déclaré mercredi le ministre de la Santé Abdoulaye Diouf Sarr à la radio RFM. En déplacement à Genève, où il assistait à une réunion de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), M. Sarr a annoncé jeudi son retour au Sénégal.
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Une équipe du ministère de la Santé, conduite par le directeur des formations sanitaires publiques, Ousmane Dia, était en route pour Tivaouane, a-t-on appris auprès du ministère. Le ministre de l’Intérieur Antoine Félix Abdoulaye Diome était également attendu dans la nuit de mercredi à jeudi à Tivaouane, selon la presse locale. Sur Twitter, le chef de la section sénégalaise d’Amnesty International, Seydi Gassama, a exhorté “le gouvernement à mettre en place une commission d’enquête indépendante pour rechercher les responsabilités et punir les coupables” sur Twitter.
Vague d’indignation
“Plus de bébés brûlés dans un hôpital public. C’est inacceptable Macky Sall”, a tweeté le député de l’opposition Mamadou Lamine Diallo. Quatre nouveau-nés étaient déjà morts le 25 avril 2021 dans un incendie à Linguère (nord). Le maire puis ministre de l’Intérieur, Aly Ngouille Ndiaye, avait évoqué un dysfonctionnement d’un groupe de climatisation à la maternité, où se trouvaient six bébés.
Début avril, un autre drame dans un hôpital public avait déjà sévi au Sénégal. La presse avait rapporté qu’Astou Sokhna, une femme d’une trentaine d’années qui était enceinte de neuf mois, est décédée le 1er avril à l’hôpital de Louga (nord) après avoir attendu dans de grandes douleurs vers vingt heures, la césarienne qu’il avait demandée. Le personnel aurait fait valoir que son opération n’était pas planifiée et aurait menacé de l’expulser si elle insistait.
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Ce décès avait provoqué une vague d’indignation sur les réseaux sociaux face aux carences du système de santé publique. Face au tollé suscité par la mort d’Astou Sokhna, le président Sall avait ordonné que des responsabilités soient recherchées. Le ministre de la Santé a admis le 14 avril que sa mort aurait pu être évitée. Le directeur de l’hôpital a été licencié et remplacé. Le 11 mai, le tribunal de grande instance de Louga a condamné trois sages-femmes qui étaient de garde la nuit du drame à une peine de six mois de prison avec sursis pour “non-assistance à personne en danger”. Trois autres sages-femmes, de garde dans la journée, ont été relâchées, selon un avocat de la défense.
Un autre cas dans un hôpital public a fait scandale récemment. A Kaolack (centre), un enfant déclaré mort le 8 mai par une infirmière puis inhumé à la morgue a été retrouvé vivant par son père quelques minutes plus tard, avant de finalement mourir dans la journée, selon la presse locale. Les procureurs ont requis une peine de six mois contre l’infirmière lors du procès, ont rapporté mercredi les médias locaux. La date de la condamnation n’a pas été précisée.
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Le monde avec l’AFP