Face à la hausse de l’inflation dans tous les secteurs, les Français arbitrent leurs dépenses en fonction de leur portefeuille. Les classes moyennes et aisées perdent du terrain, tandis que les ménages modestes renoncent à certains achats, comme le montre notre enquête.
Huit Français sur dix estiment que l’inflation actuelle pèse sur leurs dépenses et un tiers de la population en souffre au quotidien, selon une enquête menée par Quoi choisir (1), fin mai. Sans surprise, la hausse des prix de l’énergie est la plus importante, quel que soit le niveau de revenu des ménages (2). En effet, tout le monde se réchauffe en hiver et 88 % des foyers possèdent au moins un véhicule (essentiellement essence ou diesel). L’impact de la hausse des prix des carburants est jugé “très lourd” par 42% des répondants (ce chiffre monte à 47% pour les ménages modestes) et par 38% pour le chauffage (47% pour les ménages modestes). La hausse des prix des produits de consommation (produits alimentaires et d’hygiène et entretien ménager) touche le plus ceux qui ont du mal à atteindre la fin du mois : 44% sont durement touchés, contre moins d’un quart des plus aisés.
Réduction du style de vie
Face à ces difficultés, la plupart des Français ont déjà réduit leur train de vie : les ménages modestes prennent depuis des mois des décisions difficiles, comme renoncer aux courses, tandis que les classes moyennes et aisées se tournent davantage vers les barèmes et les promotions moins chères. pour leur ravitaillement quotidien.
Face à la hausse de l’énergie pour le logement, 60% des ménages se sont moins chauffés cet hiver. En matière de carburant, les automobilistes adoptent plusieurs tactiques :
- réduire l’utilisation de la voiture (de 31 %) en limitant les déplacements ou en privilégiant les transports en commun lorsque cela est possible ;
- trouver les stations-service les moins chères (pour 23%);
- conduire plus lentement;
- diviser le tout pour partager les charges.
Côté alimentation, entre 38% et 46% modèrent leurs achats de viande, de pain, de viennoiseries ou de fruits et légumes frais. Les stratégies pour trouver des promotions et se déplacer vers les gammes inférieures s’appliquent principalement aux boissons et à l’épicerie (un tiers des consommateurs), ainsi qu’aux fruits et légumes, aux produits laitiers et à la viande et au poisson (dont 27 et 29%). Les produits bio souffrent d’autant que les deux tiers des adeptes sont plus ou moins restreints. En matière d’hygiène et de médicaments, près des deux tiers des personnes interrogées ont réduit leurs achats ou opté pour des marques moins chères.
Les acquisitions d’équipement ou de linge de maison sont reportées voire annulées dans un tiers des ménages, de même que la moitié des projets immobiliers et les trois quarts des achats de voitures.
Les ménages renoncent également à leurs loisirs : 54 % limitent les sorties, 43 % réduisent la navigation pour les vacances et 33 % ne sortiront pas du tout.
Ils portent aussi leurs chaussettes en laine. Les plus riches épargneront moins (29% des sondés), mais les plus modestes plongeront dans leur épargne (25%), voire s’endetteront en souscrivant un crédit à la consommation (4%).
(1) Sondage en ligne réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1 003 personnes, du 20 au 25 mai 2022.
(2) Ménages modestes (40 % de la population) : revenus inférieurs à 2 000 euros par mois, avec une forte proportion de ménages monoparentaux, de personnes vivant seules, de 18-39 ans, de chômeurs et d’actifs occupés. Classes moyennes et aisées (60 % de la population) : revenus supérieurs à 2 000 € par mois, avec une majorité de couples (avec ou sans enfants), d’actifs (artisans, cadres, professions intermédiaires) et de retraités.