“J’ai été très surprise de voir qu’être une drag queen, ce n’est pas qu’une question de maquillage et de costumes, ce serait beaucoup ! C’est une performance complète d’un artiste : savoir chanter, danser, faire rire et pleurer.” Elise , une bibliothécaire de 25 ans est tombée sous le charme du premier épisode de Drag Race France. Cette Parisienne n’est pas la seule. Diffusée le samedi à 23h25 sur France 2, l’émission a été regardée par 914 000 personnes, soit 11,6 % de part d’audience Un très bon score, dans la lignée de ceux réalisés par On est en direct, qui occupait habituellement cette tranche horaire.
Diffusé à l’antenne de manière exceptionnelle – les épisodes suivants seront disponibles tous les jeudis à partir de 20h, uniquement sur la plateforme France TV Slash -, donc, le début de la compétition de drag-queens a trouvé une – large – audience, bien au-delà. la communauté de fans de RuPaul’s Drag Race, le show américain culte créé en 2009 et dont Drag Race France est une adaptation. 20 Minutes a lancé dimanche un appel à témoins sur Twitter pour recueillir les impressions de ceux qui ont découvert le concept samedi soir. Les réactions ont été nombreuses, en voici une sélection.
Sylvie, 67 ans : “Une émission comme celle-ci change les choses”
Alexandra est la « porte-parole » de sa mère, enseignante à la retraite à Dunkerque : « Elle n’est pas particulièrement sensible à la culture gay ou queer. Nous vivons à Dunkerque (Nord), donc des hommes qui se maquillent, mettent des perruques et s’habillent, les rues se remplissent quatre mois par an de carnaval. Pour quelqu’un ici, ce n’est pas quelque chose de « choquant », même si les origines historiques de la clet’che (le costume de carnaval en patois dunkerquois) et de la drague n’ont évidemment rien à voir. Quand ma maman a découvert la bande-annonce de Drag Race France, elle a été tout de suite très curieuse et enthousiaste, mais c’était plutôt le regard artistique et l’exubérance qui Après avoir visionné ce premier épisode, elle s’est rendu compte, sans que j’aie à lui dire, qu’il y avait quelque chose de plus profond et plus important dans ce spectacle que le scintillement.
Yann, 32 ans : “Pourquoi ne pas réessayer, au pire, on coupe”
“Mon compagnon et moi ne connaissons pas le monde du drag, nous ne fréquentons pas les clubs gays ou les événements susceptibles d’en accueillir”, explique Drômois, qui habite près de Montélimar. Nous avons vu beaucoup de promotion sur l’émission française à la télévision et sur Twitter. On s’est dit : “Pourquoi ne pas essayer encore et encore, au pire on coupe.” Franchement ça nous a beaucoup plu. Le décor est super poignant, les drags ont, pour la plupart, de beaux costumes, les punchlines étaient amusantes sans être trop méchantes. Au final on ne s’attendait à rien, sans connaître ni les règles ni le processus, mais c’était un grand moment. Bien sûr, il y a des inconvénients. La traînée alléchante [Nicky Doll] ce n’est pas très confortable et les clapets écrits tombent un peu à plat. L’absence du public est notable, notamment au moment de la présentation du jury et de la fin des représentations. Quoi qu’il en soit, c’est agréable de voir ce genre d’émissions à la télévision pour montrer une diversité positive. »
Ibrahim, 43 ans : « Casse les préjugés »
“J’avais vu une présentation du spectacle chez Ruquier [dans On est en direct]. Alors j’ai regardé pour voir si la performance était au rendez-vous ou pas, écrit ce cadre de santé de Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne). J’ai été bluffé par la capacité des candidats à combiner autant de talents : concevoir des costumes, chanter, bouger, danser, jouer, créer de l’émotion… C’est aussi très intéressant de voir les gens derrière ces personnages. La séquence où [les queens] démaquillez-vous et dévoilez-vous, les séquences où ils commentent [dans le confessionnal] cela aide aussi à briser les préjugés. C’est « rire » sans vraiment l’être. Il suffit de comprendre le jeu et de faire de l’exercice. Une drag queen est une artiste complète. »
Marie-Laure, 35 ans : “J’ai eu beaucoup d’émotions”
“J’avais entendu parler du concept car beaucoup de personnes que je suis sur les réseaux sociaux s’y intéressent”, écrit cet agriculteur aveyronnais. Je n’avais jamais cherché à regarder, sans doute parce que la version originale – la seule dont j’ai vu des fragments – est très américaine – forcément – et elle ne me parlait pas au fond. J’ai donc regardé Drag Race France d’un œil nouveau et je n’ai pas été déçu. J’ai traversé beaucoup d’émotions : rires, émerveillement, admiration, stupeur, tristesse, parfois, quand j’évoquais les chemins semés d’embûches de certains participants… C’était très enrichissant et plein de découvertes. J’ai aussi adoré la diversité du casting et cette coexistence de ces multiples cultures, le franco-français que nous avons tous connu à travers les émissions et les reportages télévisés. [sur les cabarets], le plus récent, importé des États-Unis, mais aussi des inspirations venues d’ailleurs, avec des candidats du Mexique ou de Tunisie. »
Nicolas, 25 ans : “C’était une analyse psychologique superficielle”
“J’avais peur que ce soit mou sur le genou comme les autres télé-réalités, mais ça tient plutôt bien. Blagues ultra-téléphoniques, c’est un bon passe-partout. Par contre, j’ai été un peu surpris quand les candidats se sont mis à parler. de leurs problèmes personnels, de l’image qu’ils envoyaient, explique cet éclairagiste de Colombes (Hauts-de-Seine).super gentil (déjà mon préféré) mais son témoignage m’a laissé un peu impassible.C’est sans doute le montage qui a fait ça, c’était vraiment une analyse psychologique superficielle. Je regarderai probablement l’épisode 2 mais s’il reste encore dix minutes de séquences avec des larmes, je passerai vite.»
Sophie, 48 ans : “Je ne suis pas fan du concept des trois plantes vertes en sous-vêtements”
“J’ai pris le show sur la route et j’avoue que j’ai eu peur car les premiers passages du confessionnal étaient en mode total fuck. [langue de vipère]. Je me suis dit : “Merde, si ça sort, ça m’emballera.” Je ne regarde généralement pas de télé-réalité car les options de production qui insistent sur les affrontements me gonflent, raconte cet informaticien de Meaux (Seine-et-Marne). Mais je me suis vite calmé car j’ai senti une très bonne volonté de la part des candidats et du jury. Aussi bien dans les moments “off” que lors des passages sur scène. En général, tout le monde admirait les performances des autres. J’ai été très surpris par la diversité des services et du niveau. Y a-t-il des choses qui me dérangent ? Je ne suis pas fan du concept des trois plantes vertes en short [le “pit crew”]. »
Alexis, 23 ans : “J’imaginais que seuls les hommes étaient des drag queens”
“Je connaissais déjà le nom de RuPaul et RuPaul’s Drag Race, mais je ne l’avais jamais regardé car mon niveau d’anglais n’est pas assez bon. J’ai vu le premier épisode de la version française d’abord par curiosité, nous raconte ce développeur web d’Angers (Maine-et-Loire). Sur les réseaux sociaux, beaucoup de gens comme moi en ont parlé, et parce que ça fait partie de la culture LGBT et que je suis gay, j’ai voulu le savoir. J’ai bien aimé, je ne pensais pas que ce serait si amusant. J’imaginais que seuls les hommes étaient des drag queens, mais j’ai trouvé que ce n’était pas si limité car il y a une femme trans, dans le casting français. J’ai vu que dans le deuxième chapitre il y aurait des drag kings et j’ai hâte de le voir car ça, pour une fois, je ne sais pas du tout. »
Ivan : “J’ai été surpris par la liberté de ton”
« J’ai regardé Drag Race France sans jamais voir le moindre épisode de la franchise. Globalement j’ai passé un assez bon moment. il faut tenir bon et ne pas se croire”, donc ça donne beaucoup de spontanéité à l’émission et venir de France 2 c’est encore plus étonnant, applaudit cet animateur belge. Il y a eu des longueurs quand même. Le choix de Nicky Doll pour la présentation est plutôt réussi même si parfois on la voit accrochée au prompteur “de cet art. Tout cela manquait peut-être de contexte pour que ceux qui ne l’avaient jamais vu puissent pleinement comprendre les problèmes.”
Catherine, 36 ans : “Un programme comme celui-là, ça fait du bien”
“Je n’avais jamais entendu parler de l’émission originale, je pensais même que c’était une création française”, raconte ce salarié d’une mutuelle qui habite Saint-Maur (Val-de-Marne). Ce qui m’a poussé à regarder, c’est l’originalité du programme. Je pense qu’un peu d’ouverture au service public, c’est bien. Il avait une « vieille » image de drag queens : des hommes déguisés en femmes. Honnêtement, j’ai été très surpris. J’ai adoré Ceci …