23:45, 9 juillet 2022
Président réélu, mais pas réélu président en 2027, Emmanuel Macron entame à peine son quinquennat que les ambitions qui l’entourent s’aiguisent déjà. Chacun dans son style, Bruno Le Maire, Gérald Darmanin et Edouard Philippe ont fait un pas en avant cette semaine, confirmant qu’il faut compter sur eux dans la bataille pour la succession. Ce qui irrite les macronistes légitimistes, qui se regroupent autour de la première ministre, Elisabeth Borne. “Tout le monde essaie de se lancer dans la course hippique, mais ce n’est pas l’enjeu aujourd’hui”, estime un cadre majoritaire.
“Imaginer ce qu’on peut faire contre le président, c’est méconnaître les institutions et la volonté d’Emmanuel Macron de présider jusqu’au dernier quart d’heure, prévient aussi un proche du chef de l’Etat. Et Elisabeth Borne ne comprend pas de penser qu’elle verra passer les balles. Le locataire de Matignon va devoir rapidement apprendre à nager en compagnie de ces trois “requins”, comme les appelait un macroniste. Sous peine d’être dévoré.
Bruno Le Maire, vice-Premier ministre
Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances.
(Gilles Bassignac pour le JDD) ×
Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances.
(Gilles Bassignac pour le JDD)
Mercredi, Bruno Le Maire est monté sur la tribune du Sénat pour prononcer le discours de politique générale. A-t-il eu un coup de poignard au cœur en se mettant à la place du chef du gouvernement ? Ce jour-là, il s’agissait de lire les propos d’une autre, Elisabeth Borne, qui s’adressait au même moment aux députés. Mais si cette tâche lui incombait c’est parce que, n’étant pas Premier ministre, “BLM” est désormais le premier des ministres, selon le protocole d’ordre. Et le seul, sous la Ve République, qui soit resté si longtemps à la tête de Bercy sans interruption. Depuis 2017, il n’a cessé de s’élever dans la hiérarchie gouvernementale. Démontrant son poids dans l’exécutif, le ministre de l’Economie a autorisé, lundi matin sur France Inter, à annoncer sa réélection à ses fonctions. Tant pis pour le crime d’injure à Sa Majesté.
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Dans la foulée, elle « propose » d’autoriser les promotions à 50 % dans la distribution, et non plus seulement à 34 %. Cette fois, il se fait taper sur les doigts. “Il a sorti son annonce sans demander l’avis de personne”, a déclaré un conseiller exécutif. Appel des paysans, furieux de voir la loi EGalim remise en cause. Et mis son veto par Emmanuel Macron, qui a enterré l’idée “en quinze secondes” dès le lendemain, selon un témoin : “C’était froid, clinique. « Quelques jours plus tôt, alors qu’Élisabeth Borne travaillait sur le réaménagement, Bruno Le Maire a invité les journalistes à faire une ‘pause’ à Bercy afin d’écourter les rumeurs : non, il ne pointe pas vers Matignon. D’ailleurs, il a des relations “excellent” avec le chef du gouvernement. Pas dupe, un proche de Macron s’amuse à l’imiter : “J’aime bien Borne. Il faut l’aider… jusqu’à ce qu’elle la remplace !”
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Je crois profondément au dépassement des divisions politiques
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Loin, en tout cas, de ses premiers pas en Macronie, en 2017… La crise du Covid-19 l’avait révélé aux Français et aux Marcheurs, qui ont appris à l’apprécier. Lors de la dernière campagne législative, il a “mouillé sa chemise” pour soutenir des candidats de la Renaissance, souligne un cadre macroniste. Aujourd’hui, une nouvelle crise la remet au centre du jeu. Elle a présenté mercredi le projet de loi visant à soutenir le pouvoir d’achat des Français face à l’inflation. Encore une fois, il distribue les milliards. Mais le temps du “tout ce qu’il faut” est révolu depuis longtemps. “Nous avons atteint le niveau d’alerte en matière de finances publiques”, a-t-il déclaré à BFM le 27 juin. Des propos “savamment mûris” avec Emmanuel Macron et Élisabeth Borne, concrets. Objectif : mettre l’ambiance pendant que les oppositions assaillent des propositions coûteuses. “Le devoir impératif de ‘maintenir’ les finances publiques est essentiel pour l’avenir de notre pays”, a immédiatement approuvé sur Twitter le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Un zèle qui fait sombrer Bercy.
Car, à la suite d’un Macron qui ne pourra pas se représenter à la présidentielle de 2027, “BLM” se veut désormais le gardien du temple : grand maître des budgets sérieux, certes, mais aussi garant. du projet présidentiel, en baissant les impôts, en valorisant le travail et en réduisant les dépenses. En ces temps agités, où la menace de nouveaux chocs économiques se profile, elle cherche à cultiver une image de solidité : celle à qui l’on s’adresse, et celle qui nous rassure dans la tempête. Et quand on l’imagine comme un interlocuteur privilégié de la droite au Parlement, il ne s’empêche pas d’argumenter, lui aussi, avec les écologistes et les socialistes. Au nom de la doxa macroniste, toujours : “Je crois profondément au dépassement des clivages politiques”, souligne-t-il.
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Il a toujours des ambitions présidentielles
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Quand l’ancien Premier ministre Edouard Philippe tente de structurer la droite en créant son parti, Bruno Le Maire le défend, “en même temps” et se concentre officiellement sur son travail de ministre. L’élection présidentielle de 2027 ? “Pour lui, poser la question maintenant est irresponsable”, confient-ils à son entourage. “Il a toujours des ambitions présidentielles”, confie un proche d’Emmanuel Macron. Contrairement à Gérald Darmanin et Édouard Philippe, il a déjà été candidat, même s’il a vu ses rêves d’Elysée brisés lors des primaires de la droite en 2016. Certains avaient vu dans sa décision de ne pas représenter les élections législatives de juin une manière de prendre un parti. reculer. Erreur grave. “C’était pour prouver aux Français qu’il n’était pas comme les autres”, explique son ancien conseiller, aujourd’hui adjoint, Charles Sitzenstuhl. Comprenez : qu’il a tenu sa promesse de ne pas servir plus de trois mandats consécutifs. En tout cas, glisse un proche, « son enjeu n’est plus d’avoir un mandat parlementaire. Son sujet est sa relation avec les Français. »
Gérald Darmanin, l’intouchable
Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et de l’outre-mer
(Eric Desssons / JDD) ×
Gérald Darmanin, ministre de l’intérieur et de l’outre-mer
(Eric Desssons / JDD)
Il compte aussi jouer son marqueur personnel, il a aussi été envisagé par certains pour remplacer Elisabeth Borne, il est aussi à la tête d’un ministère éminent… Gérald Darmanin vient de sortir de la délicate séquence de gestion de la finale. Ligue des champions, le 28 mai au Stade de France. Cela pourrait connaître un nouveau rebondissement mercredi, avec la présentation des conclusions de la mission d’enquête du Sénat sur ces incidents. Qu’importe : le ministre de l’Intérieur sort renforcé du remodelage. Et il compte bien continuer à peser.
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Pendant dix ans, aucun de ses prédécesseurs n’avait joui de prérogatives aussi larges, englobant les territoires d’outre-mer et les collectivités locales. Une récompense pour ceux qui ont remporté le Nord aux législatives de juin, et qui ont réussi à calmer les relations avec la police. Mais c’est aussi le résultat du « rapport de force » que Gérald Darmanin établit en permanence, souligne un interlocuteur présidentiel : « Ça tend, et à chaque fois ça élargit son périmètre. Oublié, donc, la polémique sur le Stade de France, mais vue par beaucoup comme l’une des causes des mauvais résultats électoraux de la majorité. « Il a traversé une séquence compliquée, mais il n’est pas sur le gril, estime l’un des défenseurs des Tourquennois.
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Je ne comprends pas du tout le poids politique qu’on lui donne.
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Nul doute que le chef de l’Etat fragilisera l’un de ses rares ministres en ayant été réélu localement, et ce quasi systématiquement, durant les cinq premières années. “Il n’a aucun intérêt à le faire sortir, il est très bien implanté électoralement à Tourcoing, confirme un proche du président. Ça lui apporte quelque chose de réel : il est enraciné, le terrain étant très bon. Et pour parfaire le rapprochement, face aux rumeurs de tension entre lui et le Premier ministre, les deux se sont présentés mercredi en marchant côte à côte à l’Assemblée nationale, en amont de la déclaration de politique générale. Au risque de provoquer des malentendus, comme avec ce conseiller du gouvernement : « Je ne comprends pas du tout le poids politique qu’on lui donne. Dans la population, ce n’est pas apprécié. » Et même si Beauvau commence à s’attaquer à la résistance du futur père d’un deuxième enfant. “Mola”, nous sommes “constamment dans la machine à laver des faits divers, réaction immédiate, émotion”, reconnaît le gouvernement.
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Ces dernières semaines, d’ailleurs, Gérald Darmanin n’a pas exclu la possibilité de lui rendre sa casquette de « premier policier de France ». Selon diverses sources, il…