Depuis qu’il est président, Vladimir Poutine cultive l’image d’un homme viril. Le Kremlin a soigneusement construit un personnage : Poutine torse nu sur un cheval, Poutine levant le fer, Poutine avec une kalachnikov dans les mains…
Mais cette volonté de toute-puissance est mise à mal depuis plusieurs semaines par des rumeurs tenaces, la plupart émanant de certains observateurs et médias américains qui, à défaut d’obtenir le rapport médical du président russe, décortiquent ses moindres gestes pour décrypter son état de santé. Jeudi, c’est le journal américain Newsweek qui a relancé les spéculations : sans plus de détails, il précise que le chef de l’Etat de 69 ans a été soigné en avril pour un cancer avancé et s’est échappé d’une tentative de meurtre en mars.
L’article est basé sur le témoignage de trois responsables du renseignement américain qui auraient lu un rapport confidentiel. “Le contrôle de Poutine est fort mais n’est plus absolu. (..) Les jeux de pouvoir du Kremlin n’ont jamais été aussi intenses, car tout le monde sent que la fin est proche”, disent-ils.
Paradoxalement, l’isolement de Vladimir Poutine renforce les rumeurs, tout en les rendant quasiment impossibles à vérifier. Ainsi, certains analystes du renseignement américain ont été formés au diagnostic à distance, d’autres à la psychiatrie, indique Newsweek. En avril, par exemple, ils ont vu dans la position inhabituelle du président une preuve supplémentaire de la détérioration de sa santé.
Poutine n’avait pas l’air bien aujourd’hui. Les gens ont surtout souligné sa position voûtée et le fait qu’il n’a jamais lâché la table pendant toute la rencontre de 12 minutes avec Shoigu. (Source : @SvobodaRadio.) Pic.twitter.com/cjPyNh0l9F
– Timothy Phillips (@TSJPhillips) 21 avril 2022
Est-ce fiable ? “On peut faire des diagnostics écrans, mais c’est très délicat”, insiste le géopoliticien Patrick Martin-Genier, qui reste dans la réserve. Vous devez être médecin, et tous les médecins ne seraient pas d’accord les uns avec les autres. Une posture ne veut rien dire, tout est hypothétique. Et même s’il a un cancer, il reste en position de gouverner et peut travailler jusqu’au bout, comme Pompidou. »
Information plausible, mais non prouvée
Quelques jours après le défilé russe du 9 mai, le chef des services de renseignement ukrainiens, le général de division Kyrylo Budanov, avait même déclaré au britannique Sky News que Vladimir Poutine était « dans un état psychologique ». Son physique était très mauvais et il était très malade », a-t-il dit.
Un dernier constat également invérifiable, mais déjà plus crédible. “Il n’a pas obtenu de victoire le 9 mai, son pouvoir est fragilisé par cette guerre qu’il pensait finir dans quelques jours”, raconte Patrick Martin-Genier. Il est susceptible de provoquer des difficultés au sein du système politique. Les oligarques, sévèrement punis, lâchent-ils prise ? La question est valable. »
Les sources de Newsweek travaillent pour trois services de renseignement américains différents : un responsable de la Direction nationale du renseignement (DNI), un membre du renseignement du Pentagone et un ancien officier du renseignement de l’armée de l’air. Les Etats-Unis en comptent 17 au total, rappelle à LCI François Heisbourg, conseiller spécial à la Fondation pour la recherche stratégique. “La santé de Poutine s’est transformée en marronnier, tout le monde peut en parler sans avoir un groupe de sources crédibles. Les informations sont-elles plausibles ? Oui. Est-ce que je le prends pour acquis ? Absolument pas. Il en va de même pour l’attentat (tentative d’assassinat et coup d’État) contre Poutine. »
La Maison Blanche dément
Les déclarations de Newsweek ont également été officiellement démenties ce samedi à la Maison Blanche : “Les rumeurs sur l’existence de ces évaluations par les services de renseignement ou la transmission de ces informations au président ne sont pas vraies”, a indiqué le Conseil de sécurité nationale américain.
Interrogé par Newsweek, le même agent du DNI le reconnaît en parlant d’un “iceberg entouré de brouillard”. En fait, les services de renseignement américains ont “une visibilité limitée” sur ce qui se passe à Moscou, a rappelé le conseiller américain à la sécurité Jake Sullivan lors d’une conférence de presse. Même le directeur de la CIA, William Burns, a averti le Congrès : “Soyez prudent, car nous avons peu d’informations sur l’équilibre au sein de la nomenclature russe.”
Ces spéculations à répétition semblent, en tout cas, devenir un problème pour Moscou, au point qu’on se demande même si tel n’est pas son but. En tout cas, lors d’une interview accordée à TF1, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a exhorté : « Je ne pense pas que quelqu’un avec toute sa tête puisse voir chez cette personne (Poutine) des signes d’une quelconque maladie ou affection. »