Annabelle Lengronne, à l’affiche du film “Un Petit Frère”, de Léonor Serraille, photographiée au Festival de Cannes, sur la plage de l’Hôtel Majestic, le 27 mai 2022. AUDOIN DESFORGES / PASCO POUR “LE MONDE”
SÉLECTION OFFICIELLE – EN COMPÉTITION
Il nous informe en 2017 de la présence de Léonor Serraille dans le corpus du cinéma français. Formation à La Fémis. Le premier long métrage à cartonner bingo caméra d’or à Cannes, avec une Laetitia Dosch survoltée dans le rôle d’une héroïne désocialisée et transformiste (Jeune Femme). Voici un cinéma de réalisme social transcendé par la fièvre d’acteur, héritière à la fois de Cassavetes et de Pialat, et qui pourrait rappeler, à souhait, Rosetta, des frères Dardenne (1999), L’Esquive (2003), d’Abdellatif Kechiche. , Louise Wimmer (2011), de Cyril Mennegun, et bien d’autres encore. Que certains s’obstinent à trouver, du mauvais côté des playoffs, le “Français”. S’en fiche. Nous assumons l’étiquette, car elle dénote l’intelligence, la sensibilité, la précision de l’analyse et des sentiments. Surtout parce qu’on quitte, avec Un Petit Frère, les notes aiguës de l’abattage individuel pour les charmes les plus discrets d’une fresque familiale narrée au long cours.
Léonor Serraille distille trente ans d’une vie précaire dans un triptyque d’une sobriété et d’une délicatesse exemplaires.
Un frère cadet évoque le destin d’une famille ivoirienne installée en France en 1989 à nos jours. Un fragment de famille serait un meilleur terme. Rose, la mère, trente ans. Et ses deux fils, Jean, l’aîné, et Ernest, le cadet. Deux autres frères sont restés en Afrique. Du père, on n’entend plus rien. Il s’agit, tout d’abord, de situer le dilemme de Rose, magnifiquement interprété par Annabelle Lengronne. Elle aspire à être une femme indépendante, sociale, émotionnelle et sexuelle, qui mènera fermement son destin. Et élever dignement deux enfants dans des conditions sociales très difficiles. C’est dans ce funambule que Léonor Serraille fait avancer le film, distillant trente ans d’une vie féroce et précaire dans un triptyque d’une sobriété et d’une délicatesse exemplaire. Rose, Jean, Ernest nommeront les toiles, s’attardant sur le destin de chaque personnage.
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Rose – princesse et femme de chambre – si belle, si instable, si malchanceuse en amour. Et en même temps prêtre dans sa vocation de mère qui se sacrifie pour la réussite de ses enfants. Les hommes passent : Jules César, le choix de sa communauté, venant, venant, discutant, la proposition qui semble s’imposer mais qui, pour cela même, fuit résolument ; un ouvrier tunisien s’est retrouvé sur les toits de Paris, lui-même trop précaire en France pour assurer la stabilité d’une histoire d’amour ; enfin un Français, déjà chez lui, et qui lui offrira le sort inacceptable d’une vestale installée pour lui à Rouen, avant qu’il ne se lasse d’elle.
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