Alors que les écoles ont fermé leurs portes, la ministre de l’Éducation, Caroline Désir (PS), fait le bilan d’une troisième année scolaire marquée par la crise sanitaire. “Il faut faire attention au message qu’on envoie”dit à propos des commentaires sur les niveaux d’apprentissage.
Avez-vous déjà des commentaires sur les résultats de cette fin d’année ? Y a-t-il un impact de la crise sanitaire ?
A ce stade nous n’avons que les résultats du CEB (certificat d’études fondamentales de fin de 6ème). Parce que les corrections sont centralisées, nous recevons toujours les chiffres avant le CE1D (test externe de certification en fin de 2e secondaire) et le CESS (fin de 6e secondaire) qui seront communiqués au début du cours. . Nous sommes dans la fourchette la plus basse de tous les résultats, après une première baisse déjà enregistrée l’an dernier.
Quelles conclusions en tirez-vous ?
C’est risqué. On ne peut jamais être sûr que telle ou telle épreuve n’a pas été un peu plus difficile. Il est difficile d’avoir des examens exactement au même niveau d’une année sur l’autre, même si le groupe de travail en charge de la rédaction des questions travaille à rendre les résultats les plus comparables possibles dans le temps. Sinon, il n’est pas rare que trois années scolaires interrompues par une crise aient un impact sur les apprentissages. Nous nous rattraperons, même si cela prend quelques années. Je ne veux pas envoyer un message catastrophique. J’ai assisté à de nombreuses cérémonies de remise de prix ces derniers jours et il faut dire que beaucoup d’élèves s’y sont accrochés à merveille grâce aux équipes qui ont fait un super boulot.
© Ennio Cambrer
La première et la deuxième année du primaire entreront dans le tronc commun à la rentrée sans tous les changements qui devraient en principe accompagner cette transition. Car ? Pour des raisons budgétaires ?
Il est vrai que plusieurs mesures ont été reportées, mais d’autres non. Sauf mesures complémentaires gratuites (l’extension en primaire des quotas qui ne peuvent pas être perçus aux parents, ndlr de l’éditeur) dont je n’ai pas reçu le budget, cela n’a rien à voir avec des questions budgétaires.
Concrètement, cette entrée dans le tronc commun représente une période (de 50 minutes de cours) d’éveil linguistique par semaine. Les contenus d’apprentissage s’appuient sur de nouveaux référentiels qui déterminent ce que l’élève doit apprendre et quand. L’entrée des 1ère et 2ème année dans le tronc commun implique également la mise en place d’un accompagnement personnalisé avec la présence d’une deuxième personne en classe pour faire la reprise pendant au moins deux périodes hebdomadaires (trimestriel, sera 4 pour ces années et deux plus tard ). Il est vrai que le dispositif ne prendra pas immédiatement sa vitesse de croisière, notamment parce que le texte l’approuvant ne sera voté que fin juillet. Pour ne pas déstabiliser les équipes nous avons préféré leur laisser une partie de leurs moyens comme avant. Mais cela changera en 2023-2024. Enfin, le dossier d’accompagnement des élèves (qui détaille les mesures mises en place pour les élèves en difficulté avérée) a finalement été reporté d’un an et de la manière la plus simple possible, également pour ne pas surcharger les équipements. Cependant, l’année prochaine, ils pourront l’essayer.
Combien de personnes supplémentaires pour le dispositif d’accompagnement personnalisé l’an prochain ?
De 2022 à 2023, 425 équivalents temps plein supplémentaires seront nécessaires rien que pour un accompagnement personnalisé en 1re et 2e année. Puis, de plus en plus jusqu’en 2025-2026, date à laquelle le système de la 1re à la 6e année sera appliqué. Il aura alors postulé pour un total de 1 657 employés supplémentaires à temps plein.
La même question pour apprendre la première langue vivante dès la 3e et la 4e année en Wallonie en 2023-2024 ?
Il sera nécessaire de recruter 373 travailleurs supplémentaires à temps plein.
Ça fait beaucoup de monde, alors que le manque est déjà marqué dans les classes. Vous avez travaillé au sein du gouvernement sur des mesures “anti-rareté”. Comment vont-ils aider et quand ?
Le texte est en négociation. Elle est donc sujette à de nouvelles modifications. J’espère qu’il sera adopté à la rentrée prochaine. Pour l’enseignement de base, un groupe d’enseignants suppléants sera constitué, espérons-le à la mi-octobre, à titre expérimental, dans deux zones (Bruxelles et Hainaut). Elle comptera au total 48 personnes, embauchées tout au long du cursus, qui effectueront des remplacements dans les écoles regroupées dans le bassin. Il s’agit d’un projet pilote d’un an. Il sera ensuite évalué pour voir si nous continuons.
Pourquoi 48 ?
C’est ce que le budget alloué permet.
Autre mesure : favoriser les enseignants du 2ème degré en reconnaissant leur ancienneté dans le privé jusqu’à 5 ans maximum. Pourquoi est-ce valable uniquement dans le fondamental et pour les professeurs de langue seconde ?
Les circonstances l’expliquent. Nous n’avons pas assez d’enseignants sortant des études pédagogiques pour couvrir tous les besoins dont nous avons parlé plus haut. Nous devons attirer des gens de l’extérieur. Et c’est dans le fondamental que l’urgence est la plus grande, notamment pour le cours de langue vivante. Il faut les rendre bilingues, les former à la pédagogie le plus tôt possible et les garder.
Quelque chose pour le lycée qui souffre lui aussi d’une pénurie inquiétante, notamment chez les enseignants en exercice ?
De plus, il existe également des facilités pour passer d’un réseau à l’autre, valables dans l’enseignement fondamental et secondaire. Les durées permettant à un agent d’accéder à la nomination seront raccourcies grâce à la prise en compte d’une partie de l’ancienneté acquise dans d’autres réseaux.
“Si on décide que l’année se termine en juillet, ce n’est pas parce que tout s’arrête le 15 juin.”
Le travail sur les nouveaux rythmes scolaires a occupé une grande partie du cours. Celles-ci seront appliquées dès la rentrée prochaine. Les écoles rouvriront le lundi 29 août. Pensez-vous que la commande sera respectée ?
Mardi, la circulaire concernant la prochaine rentrée scolaire avec toutes les informations a été envoyée aux écoles. Ces derniers avaient déjà communiqué l’information en amont. On a beaucoup parlé des rythmes new school un peu partout, je trouve qu’ils sont bien assimilés. Tout le monde sera là le 29 août.
De nombreuses écoles ont arrêté les cours assez tôt en juin, laissant leurs élèves libres…
Si nous décidons que l’année prochaine se terminera la semaine du 3 au 7 juillet, ce n’est pas parce que tout s’arrête le 15 juin. Le nombre maximum de jours pendant lesquels les cours peuvent être interrompus pour des évaluations, des délibérations, des conseils de classe, des rendez-vous avec les parents, etc. est fixé. Le projet de décret des nouveaux rythmes révise également à la baisse ce nombre de jours comme l’entrée au noyau commun, c’est-à-dire en 1ère et 2ème du primaire le cours suivant, en 3ème et 4ème le cours suivant, plus tard un an jusqu’à une 3r . secondaire au cours de l’année scolaire 2028-2029. En fait, il est nécessaire de faire une réflexion générale pour profiter au maximum des journées d’école.
Certains déplorent que “l’aide Covid” qui servait à organiser une réparation supplémentaire ait été arrêtée le 30 juin. C’est confirmé ?
Pour les enseignants, oui. En revanche, pour les centres PMS où la demande d’entretiens est encore très forte, je proposerai au gouvernement de prolonger de quelques mois l’aide du Covid. L’idée est d’essayer d’utiliser une partie des fonds du plan de relance européen pour prolonger le soutien, espérons-le, jusqu’en novembre ou décembre.
L’année dernière avait été très problématique pour les inscriptions en première année. Les chiffres publiés cette semaine semblent suggérer que la situation est un peu moins compliquée. Est-ce votre avis ?
À cette époque, 1 670 étudiants étaient encore sur la liste d’attente, contre 1 266 actuellement. Et surtout, il y a plus de places disponibles dans les écoles que d’élèves sur liste d’attente à Bruxelles. Cela dit, tant que les étudiants restent sur une liste d’attente, la situation demeure problématique. Nous sommes donc très attentifs. Nous devons encore endurer quelques années comme celle-ci, avant que le pic de population ne s’inverse au lycée. C’est déjà le cas en maternelle et en primaire.
© Ennio Cambrer
L’année a également été marquée par une série de manifestations et de grèves. Où en sont les échanges avec les syndicats, notamment en ce qui concerne le projet d’évaluation des enseignants ?
Nous sommes en train de retravailler ce texte sur la base des échanges avec les autorités organisatrices et les syndicats. Je dois encore leur parler de ce qui pourrait être amélioré avant d’envisager une première lecture au gouvernement. Cependant, l’entrée en vigueur a été repoussée à janvier 2024. Par ailleurs, les syndicats ont refusé vendredi de signer l’accord de branche. Le plan du gouvernement prévoit cependant des engagements importants sur lesquels nous ne reviendrons pas, même si tout le monde ne les a pas signés. Il y a beaucoup de choses sur lesquelles nous devons continuer à travailler, y compris la taille des classes.
Que retenez-vous finalement de cette troisième année marquée par la crise ?
Je n’oublierai jamais cette période en tout cas. Rétrospectivement, on se rend compte que les autorités sanitaires ont fait un travail monumental. On pourrait se moquer de…