Enfin, la logique est respectée. Le leader de la saison régulière, Castres, et son dauphin, Montpellier, se disputeront le titre de champion de France le vendredi 24 juin au Stade de France. Pourtant, ceux qui vous diront qu’ils avaient misé sur cette affiche avant le début de la saison, ou même au vu du tableau des phases finales du Top 14, seront peu nombreux et très probablement de mauvaise foi.
Les pronostics penchaient davantage en faveur du Stade toulousain, champion 2021, et de l’UBB, prétendants que le CO et le MHR ont éliminés en demi-finale. Car la réalité sur le terrain est bien différente et logiquement ce sont les deux équipes les plus aptes qui s’affronteront pour remporter le Bouclier de Brennus. Expérience des phases finales, pragmatisme insolent, défense agressive, franceinfo : le sport présente les atouts de futurs champions potentiels.
Le CO, qui a connu un vieux bâtard
Cela n’en a peut-être pas l’air, car malgré leur capacité à jouer les premiers rôles année après année, les fans sont en proie à une étrange amnésie face à l’Olympique de Castres. La présence du CO en finale du Top 14 n’est pas une surprise pour ceux qui tiennent tout d’un vieux bâtard d’expérience.
S’ils ne jouent pas toujours un match extravagant qu’on attribue instinctivement au Stade toulousain, qu’ils ont remporté vendredi (24-18), ou à l’UBB – et encore l’arrivée du duo de joueurs Broncan-Darricarrère en tête de l’équipe a changé la donne cette saison : les Tarnais font preuve d’une indéniable capacité à se transcender lors des phases finales. Depuis dix ans, le CO a participé à quatre finales de championnat (dont celle de 2022), seul Toulon fait mieux avec cinq finales.
De son côté, Montpellier, vainqueur du Challenge européen 2021 et qui avait terminé l’an dernier à une décevante 10e place, signe un retour surprise sur le devant de la scène. Mais il n’a aucune expérience du Tarn. Jamais sacré en Top 14, battu en finale en 2011 et 2018, il aura la troisième chance de son histoire de remporter le Brennus.
Montpellier, une défense intraitable
Certes, l’UBB n’était pas à la fête il y a quelques mois, mais on a rarement vu les hommes de Christophe Urios frustrés à ce point. Samedi soir, en s’imposant (19-10), Montpellier a rappelé à tous qu’il avait l’une des meilleures défenses du championnat. Agressifs aux rucks, appliqués aux dégagements, les Héraultis étouffent peu à peu leurs adversaires et les privent de solutions. A la 66e minute, l’UBB, dans une position intéressante après une touche bien négociée à l’entrée des 22 mètres adverses, coincée à chaque impact, a reculé de près de 20 mètres avant de perdre le ballon.
“Ils ont dû voir notre match la semaine dernière. Ils nous ont empêchés de prendre cette vitesse qui nous rendait dangereux.”
Mahamadou Diaby, troisième ligne de l’UBB
en zone mixte après la demi-finale entre l’UBB et le MHR
Surtout, malgré un sursaut d’énergie évident, les Montpelliérains ont réussi à ne pas trop être pénalisés. L’apport de l’ancien arbitre international Alexandre Ruiz, venu renforcer l’effectif cet été pour approfondir le travail autour de la discipline et des attitudes au contact, y est sûrement pour quelque chose.
Un pragmatisme commun
S’il y a une vertu qu’on ne peut enlever à ces deux groupes, c’est leur capacité à marquer dès que l’occasion se présente. “Nous avons suivi notre plan, occuper le terrain, être forts défensivement. Dès que l’occasion s’est présentée de marquer des répétitions, nous avons aussi su le faire et dans des matches comme celui-ci, c’est très important. Avoir l’opportunité”, a-t-il déclaré. soulignait le revers du CO Julien Dumora après la victoire face à Toulouse.
Ces Castres, qui savourent les matchs sous tension, ont remporté grâce à ce pragmatisme meurtrier deux des trois finales qu’ils ont atteintes ces dix dernières années. L’ouvreur et buteur argentin Benjamin Urdapilleta, désigné homme du match contre Toulouse, avait déjà été l’un des grands artisans du titre en 2018. Sa prestation sera sans doute l’une des clés de la finale.
Dans ce secteur, Montpellier ne fait pas exception. À presque chaque incursion dans les 22 yards adverses, à chaque occasion, le MHR s’efforce de marquer des points. Devant l’UBB, il y a eu cette première tentative de Vincent Rattez (6e), mais aussi ces deux penaltys passés par le milieu de terrain géorgien Gela Aprasidze à plus de 50 mètres, qui ont fini par assommer les Bordelo-Béglais.
Vendredi, l’un des deux aura forcément plus de succès que l’autre, reste à savoir s’il s’agira de l’expérimenté Castrese ou du jeune premier montpelliérain.