Publié: 15/07/2022 – 06:52
Les 16 et 17 juillet 1942, 12 884 Juifs sont arrêtés par la police française à la demande des Allemands à Paris et sa banlieue. La veille, des raids avaient déjà été menés en zone occupée dans différents départements de l’ouest de la France.
Le 15 juillet 1942, vers sept heures de l’après-midi, Victor Perahia, neuf ans, était à table avec sa mère, Jeanne, dans l’appartement familial de Saint-Nazaire, dans la Loire-Inférieure, lorsqu’il sortit. un camion. Le père, Robert, un marchand ambulant juif d’origine turque, n’est pas encore revenu. “Il s’est arrêté devant notre maison. Les Allemands sont sortis et sont entrés dans l’immeuble. Ils ont monté les escaliers très fort et ont frappé fort à notre porte”, se souvient Victor, comme si c’était hier. “Ma mère et moi avions peur, mais nous avons ouvert la porte. Ils sont entrés dans notre appartement.”
Les Felgendarmes demandent où est Robert. Sous la contrainte, sa femme doit venir le chercher. Toute la famille est prise au piège. Paralysé, le jeune homme chancela en quelques secondes horrifié : « Les Allemands parlaient très fort de façon autoritaire. Il y en avait un qui avait une petite mitrailleuse. J’ai entendu mes parents qui étaient très inquiets et ne savaient pas quelle attitude ils voulaient adopter. me protéger, mais ils n’ont rien pu faire pour empêcher mon arrestation », se souvient-il, 80 ans plus tard.
Le jeune Victor Perahia. © Archives de la Famille Perahia
Les Perahia font partie des centaines de Juifs arrêtés le 15 juillet 1942 en zone occupée. A la veille de la plus tristement célèbre rédaction du Vél d’Hiv, organisée à Paris et sa banlieue, des arrestations ont eu lieu dans l’ouest de la France. Comme le rapporte l’historien Jean-Luc Pinol dans son livre “Convois. La déportation des Juifs de France” (Éditions du Détour), 473 personnes ont été interpellées dans 82 villes différentes de Loire-Inférieure, Sarthe, Maine et Loire, Mayenne et Indre et Loire . .
Liste des arrestations avec la famille Perahia. © Archives départementales de la Loire-Atlantique
“Il n’y a pas de visibilité sur les tournées faites à Paris”
Ces raids font partie des négociations entre les autorités allemandes et le gouvernement français. Début juillet 1942, un accord prévoit la déportation totale d’environ 30 000 à 40 000 Juifs âgés de 16 à 45 ans. L’effort devrait se concentrer sur la région parisienne où ils résident principalement, mais des interpellations sont également prévues en province.
« Des contacts ont lieu par téléphone entre les autorités allemandes et les préfets de région qui les transmettent aux préfets de département. Les rafles sont ensuite programmées localement en fonction de la disponibilité des effectifs de police par rapport au nombre de Juifs. Être arrêté et le nombre de lieux de détention des détenus », a expliqué l’historienne Annie Lambert, co-auteur de Les Juifs de Bretagne. En principe, seuls les policiers et gendarmes français devaient procéder aux interpellations. Cependant, dans certaines villes, les feldgendarmes les exécutent également. Ils le font dans des régions spécialement gardées comme les zones côtières (Saint-Nazaire) où la présence des Juifs était en principe déjà interdite et dans des départements dont le préfet est particulièrement germanophile, comme ce fut le cas du préfet de la Loire-Inférieure à cette époque. temps », raconte ce spécialiste de la Shoah dans l’ouest de la France.
Contrairement aux opérations de la rédaction du Vél d’Hiv, la famille Perahia n’a pas été arrêtée par la police française. Ces rafles en zone occupée sont également passées plus inaperçues qu’à Paris, comme le souligne Annie Lambert : « Dans l’ouest de la France la population juive est peu nombreuse, environ 2 000 personnes étaient recensées en octobre 1940. relativement discrète. Aucune visibilité sur les interpellations opérées à Paris et en région parisienne, opérées par plusieurs milliers de gendarmes, en bus, ni sur la concentration de la plupart des victimes en un seul lieu comme le Vélodrome d’Hiver où plus de 8 000 personnes, dont la moitié. les enfants, ils étaient pleins de monde.”
Convoi numéro 8 parti d’Angers
Après avoir été transférés à Nantes, Victor et ses parents ont été transférés à Angers, où les détenus juifs se sont rencontrés. Mais là ils ne vont pas au domaine de Drancy, dans la banlieue parisienne, déjà saturée par les incursions massives. Un convoi est organisé vers Auschwitz-Birkenau depuis la même gare de la préfecture du Maine-et-Loire. Ce convoi, appelé convoi numéro 8, est le seul à quitter les provinces, selon des accords avec les autorités allemandes. Elle est constituée de 824 juifs dont 201 de nationalité française. Ils n’auraient pas dû être arrêtés.
La lettre de voiture relative au convoi n. 8 qui a quitté Angers le 20 juillet et s’est adressé au bureau principal de la sécurité du Reich à Berlin, à l’inspecteur des camps de concentration d’Oranienbourg et au quartier général des camps de concentration d’Auschwitz. © Archives Annie Lambert
Le 20 juillet, Robert Perahia prend place dans l’un des wagons. Sa femme et son fils échappent temporairement à la déportation. “Les hommes les ont emmenés directement, mais à ce moment-là, nous n’expulsions pas les enfants”, explique Victor Perahia. Avec sa mère, il est interné au camp de Lande de Monts, en Indre et Loire, puis à Drancy pendant près de deux ans. Jeanne Perahia parvient à faire croire à son mari qu’elle est prisonnière de guerre et bénéficie d’une relative protection. Mais en juin 1944, quelques semaines avant la Libération, tous deux sont déportés par le 80e convoi vers Bergen-Belsen. Victor et Jeanne sont finalement rapatriés en France au printemps 1945. Le père n’a pas eu cette chance. Il ne reviendra pas d’Auschwitz-Birkenau. Seules 19 personnes du convoi numéro 8 ont survécu à leur expulsion.
Quatre-vingts ans plus tard, Victor Perahia continue de déclarer inlassablement pour ne pas oublier ceux de la rédaction du 15 juillet : « On parle plus du Voile du VIH, parce que c’était la rédaction la plus importante, mais en France il y a eu d’autres interpellations. C’était une rédaction nationale, pas seulement à Paris. »