Les pompiers rêvent d’en être équipés. Il s’agit d’un nouveau boyau d’incendie, qui consomme cinq fois moins d’eau qu’un boyau conventionnel. Il est également plus léger, plus facile à utiliser, très efficace contre les flammes et offre une meilleure sécurité. Son nom : la lance biphasée. Testé ce mardi 6 décembre 2022, à Rennes (Ille-et-Vilaine).
« Sérieusement, c’est impressionnant ! Cela révolutionne la façon dont nous combattons les incendies. » raconte le sergent-chef Alexandre, pompier au centre principal de secours de Rennes (Ille-et-Vilaine). Ce mardi 6 décembre 2022, expérimente une nouvelle lance à incendie dans un incendie d’appartement qui s’est déclaré dans un immeuble voué à la démolition. La température s’élevait à plusieurs centaines de degrés et la fumée, très dense et toxique, obstruait la vision. “Par rapport à une lance à incendie classique, elle consomme cinq fois moins d’eau, est beaucoup plus légère à manipuler et parvient à baisser rapidement la température et à diluer les fumées. » Quelques minutes après le lancement de la lance, le feu était presque maîtrisé.
“Cette lance, que nous appelons diphasique, représente trois ans de recherche et nous l’expérimentons depuis deux ans, notamment avec les pompiers de Paris”, explique Thomas Issler, directeur de la société lyonnaise Zelup, qui a conçu cette innovation.
La lance biphasée produit, grâce à un mélange d’eau et d’air sous pression, de très fines gouttelettes. L’utilisation de cette buse propageant un « brouillard diphasique » augmente le niveau de protection du pompier d’intervention. Les fines gouttelettes, ainsi qu’un très fort flux d’air entourant le jet d’eau, réduisent l’exposition du pompier aux particules toxiques émises par le feu. (Photo: Joël Le Gall / Ouest-France)
Consomme cinq fois moins d’eau
“Le principe est de mélanger de l’eau à de l’air comprimé pour produire de très fines gouttelettes et les envoyer à une distance aussi grande que les lances traditionnelles. » Expliqué comme ça, ça paraît assez simple. Mais de l’idée à la réalisation, c’est beaucoup plus complexe. « Les gouttelettes très fines émises par la lance permettront un échange de chaleur beaucoup plus important que les moyens traditionnels et entre 90 % et 95 % de l’eau aura un effet utile. »
Alors qu’un tuyau d’incendie classique aura besoin de près de 500 litres d’eau par minute, le tuyau biphasé n’en utilisera que 100 litres avec un effet tout aussi efficace sinon plus. « Et avec beaucoup moins d’eau sur le sol qui s’épuisera. »
Une caractéristique à ne pas sous-estimer quand on sait que l’eau, utilisée par les pompiers dans la lutte contre les incendies d’appartements ou de maisons, peut aussi être à l’origine de nombreux dégâts. « Comme cette lance utilise moins d’eau, elle est aussi plus légère à manipuler. » Le dispositif de déclenchement a également été repensé. « Il n’a qu’un seul déclencheur qui permet plusieurs modes d’étalement contre trois éléments de réglage sur les lances traditionnelles. »
A gauche, une lance classique équipée de divers dispositifs de réglage. A droite, la nouvelle lance biphasée plus légère, plus efficace et plus simple d’utilisation. (Photo: Joël Le Gall / Ouest-France)
Un atout dans les zones où l’eau est rare
Pour le lieutenant Arnaud Sourdaine, assistant service retour d’expérience méthodes opérationnelles au Sdis 35, cette lance est presque révolutionnaire : “Le fait qu’il consomme cinq fois moins d’eau que les lances classiques, cela offre une plus grande autonomie de fonctionnement à nos véhicules de lutte contre l’incendie. Un véritable atout, notamment dans les zones où l’approvisionnement est plus compliqué, voire absent. Cela nous permet de chronométrer et de pouvoir attendre des renforts qui peuvent venir d’un peu plus loin tout en menant une action efficace. »
L’approvisionnement en eau des moyens d’extinction des incendies a été, durant la saison estivale, un véritable problème lors des incendies de forêts qui ont ravagé plusieurs régions françaises.
Les tests devraient se poursuivre encore quelques mois. « Mais fermement qu’on est équipés de ça ! », nous attendons les pompiers de Rennes.