La tête en bas, Armand Duplantis survole sa discipline du saut à la perche. CHARLIE RIEDEL / AP
On a l’impression de l’avoir vu tellement s’élever pendant des années au-dessus de la concurrence qu’on en oublie qu’il n’a que 22 ans. Armand Duplantis a été champion d’Europe, champion olympique, champion du monde en salle. Le Suédois est désormais également champion du monde en plein air après avoir été couronné le dimanche 24 juillet à Hayward Field à Eugene, en Oregon.
Il a été le seul à franchir six mètres, puis 6,06 mètres et enfin 6,21 mètres, un nouveau record du monde : son premier record date du 8 février 2020 (6,17 mètres). Il a écrasé la concurrence : l’Américain Christopher Nilsen (2e, 5,94 m) et le Philippin Ernest John Obiena (3e, 5,94 m).
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Son prédécesseur, Renaud Lavillenie, ancien recordman du monde, est reparti avec une médaille de bronze. Sa première tentative de 5,94 mètres – la hauteur médaillée – était à peu près juste, la barre a semblé hésiter, a rebondi et est finalement tombée.
Le Français avait amélioré sa meilleure performance de la saison, franchissant 5,87 mètres contre 5,83 mètres fin juin. Terminer cinquième En six finales mondiales disputées, c’est la première fois qu’il ne remporte pas de médaille. Aux Championnats du monde 2019 à Doha, il a été éliminé en qualifications. Et lors de la finale olympique à Tokyo à l’été 2021, une blessure à l’échauffement l’a empêché de faire mieux que huitième.
Renaud Lavillenie a tout donné pour tenter d’obtenir une médaille pour Eugène. Il a finalement terminé 5e de la finale mondiale. ANDRÉJ ISAKOVIC / AFP
Un parcours de champion
Armand Duplantis, né en Louisiane d’un père américain et d’une mère scandinave, tous deux anciens sportifs de haut niveau, s’est imposé sans broncher. Son aisance insolente cache la difficulté de sa discipline complexe, presque comme un jeu d’enfant alors qu’on le regarde dévaler la piste, prendre de l’élan en résistant au choc de l’impact et voler comme un camion à ressort. Les barres disparaissent sans la moindre résistance.
Le petit “diable” a grandi un bâton à la main dans son jardin à Lafayette. Son père Greg – recordman du 5,80 mètres – l’a toujours entraîné. Son frère aîné, Andreas, a également sauté. « J’ai ouvert le tube, il y avait cette nouvelle odeur, puis ils sont parfaits, aucune rayure, toujours mon cadeau de Noël préféré ! », confiait « Mondo » à l’Agence France-Presse avant le dernier meeting à Stockholm.
A cette occasion, l’insatiable chouchou local avait réalisé la meilleure performance de l’année et la meilleure performance de l’histoire en plein air : une barre à 6,16 mètres. En 2022, Duplantis a battu trois records du monde, deux cet hiver avant celui de l’Oregon. Le 7 mars, il a dépassé 6,19 mètres lors d’un rassemblement à Belgrade. Deux semaines plus tard, toujours dans la capitale serbe mais lors des championnats du monde en salle, il porte le record du monde à une barre symbolique, 6,20 mètres.
“C’est un autre niveau”
Avant de se jeter en finale de ces championnats du monde, face à l’absence de l’Américain Sam Kendricks qui l’avait battu lors de la dernière édition à Doha en 2019, Armand Duplantis a montré son sens des priorités, le palmarès avant un autre record. “Le plus important pour moi ici, c’est l’or. Si je peux sauter haut, tant mieux. Ce serait bien. Mais le plus important, c’est de gagner”, a-t-il confié, conciliant les deux objectifs.
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“C’est solide, oui [rires], c’est un autre niveau. Même si j’étais au mieux de ma forme, concourir avec lui serait super compliqué, soulignait Renaud Lavillenie, admiratif du prodige. Ce qu’il fait, c’est une démonstration de saut à la perche. Il est imperturbable. C’est une opportunité d’avoir un athlète comme celui-ci, qui transmet beaucoup d’images positives de notre sport. »
Avant de battre ses records du monde seniors, mais déjà champion d’Europe et recordman du monde junior, Armand Duplantis a fait le tour des rencontres de championnat collégial de la NCAA. Sous la bannière de LSU (Louisiana State University), il a traversé les bars de classe mondiale dans l’indifférence générale. “Pour être une vraie star aux Etats-Unis, il faut y aller et passer derrière Kobe Bryant, Tiger Woods ou LeBron James”, relativise Lavillenie.
« Armand ne saute pas à la perche pour la célébrité. Il veut gagner des titres et battre des records. Il est toujours le petit gars qu’il était avant, confie l’ancien recordman du monde. En termes de performances pures, il n’a rien à envier à ce qu’a fait Usain. Bolt. Mais c’est 100 mètres et c’est survendu par rapport au reste.”
Sa trajectoire est ascendante et nous ne connaissons pas ses limites. Certains évoquent 6,25 mètres, d’autres 6,30 mètres. Combien de titres olympiques et mondiaux peut-il remporter ? Les six médailles d’or mondiales du tsar polonais Sergei Bubka semblent à portée de main. Comme le record de deux médailles d’or olympiques du “berger volant”, l’Américain Bob Richards (1948 et 1956).
Anthony Hernandez (Eugene, Oregon, envoyé spécial)