L’Europe transformera-t-elle l’occasion en marquant un point de victoire au prochain Conseil européen ? De quoi parle-t-on? Pas de la finale de la Ligue des champions, qui s’est jouée samedi soir au Stade de France entre Liverpool et le Real Madrid, mais de l’un des principaux sujets de la réunion extraordinaire du Conseil européen (lundi 30 et mardi 31 mai) à Bruxelles, défense européenne. Les pays européens ont ici l’occasion rêvée de renforcer la base technologique et industrielle de défense européenne (BITD), qui n’est actuellement concentrée que dans quelques grands pays (Allemagne, Espagne, France, Italie, etc.).
Malgré la légitimité controversée de la défense, la Commission européenne entend aider les Etats membres à « investir ensemble, mieux et de manière européenne ». Si Paris pousse cette stratégie, la partie est loin d’être gagnée, car de nombreux pays européens préfèrent acheter des systèmes d’armes, y compris les plus chers, aux Etats-Unis pour bénéficier du fameux parapluie américain.
“Ce que la Commission propose dans ses propositions, c’est de trouver des incitations suffisantes, notamment par le biais d’achats groupés, pour que les stocks se reconstituent avec des équipements produits en Europe”, a-t-on dit à l’Elysée. Sinon, je pense que nous en aurons tous deux. une opportunité, mais a peut-être risqué d’annuler certains des progrès que nous avons réalisés ces dernières années dans le renforcement de notre industrie de la défense. »
Défense : un déficit d’investissement de l’UE
Avec le soutien de l’Agence européenne de défense (AED), la Commission a présenté le 18 mai une analyse des déficits d’investissement en matière de capacités de défense et des réponses à apporter. Ainsi, entre 1999 et 2021, les dépenses de défense combinées de l’UE n’ont augmenté que de 20 %, contre 66 % aux États-Unis, 292 % en Russie et 592 % en Chine. Cette analyse consternante reflète un manque de vision politique et stratégique absolument incroyable des pays européens.
“Notre base industrielle de défense n’est plus adaptée ni dimensionnée aujourd’hui, en volume et en rythme, au type de menaces de haute intensité auxquelles nous sommes confrontés”, expliquait modestement Thierry Breton le 18 mai.
“Le constat qui a été fait est assez surprenant quand on regarde les différences de dépenses entre l’Union, les Etats-Unis, la Russie et la Chine”, confirme-t-on à l’Elysée. Pour autant, explique-t-on à la présidence de la République, “il ne s’agit pas de se lancer dans une course aux armements, mais en revanche ce que cela révèle, c’est un déficit d’investissement ces dernières années de la plupart des Européens dans leur capacité de défense”. ‘. Ainsi, dans un premier temps, les pays qui ont cédé des armes à l’Ukraine pour rééquilibrer le rapport de force avec la Russie, doivent reconstituer leurs stocks. Les pays de l’Est doivent également faire un effort pour remplacer leurs anciens équipements, dont certains datent de l’ère soviétique, “par des capacités européennes”, estime l’Elysée.
A l’Elysée, il a été confirmé après le constat de l’AED que l’Europe doit se renforcer dans le domaine de la défense aérienne et des systèmes de défense antimissile. Ainsi, la France ne dispose que de huit systèmes SAMP/T, nommés Mamba équipés de huit missiles. C’est peu, trop peu. Face au SAMP/T, un programme de coopération entre la France et l’Italie, les Américains proposent le Patriot, qui a déjà été acquis par sept pays européens (Allemagne, Espagne, Grèce, Pays-Bas, Pologne, Roumanie et Suède) alors que l’on retrouve commercialement . plus cher. Entre l’Europe et les Etats-Unis, la Suède a par exemple choisi le système Patriot en 2017 malgré une offre européenne de très bonne qualité avec le système SAMP/T armé de missiles Aster et surtout entre 30% et 40% moins cher.
Motivations financières
Pour persuader les pays réticents à acheter des armes européennes, la Commission apportera un soutien financier. Elle veut mettre en place un instrument de soutien de 500 millions d’euros pour l’été dans deux ans, complété par le budget de l’Union pour permettre des acquisitions conjointes urgentes de capacités de défense identifiées par une “task force” mise en place par la Commission et l’AED. Cette “équipe de travail” collaborera avec les États membres pour faciliter la coordination des achats à court terme, tels que le réapprovisionnement des stocks de munitions. De plus, les États pourraient bénéficier d’une exonération de TVA pour les achats d’équipements de défense intracommunautaires. Cette initiative européenne peut limiter l’achat d’équipements hors d’Europe. Car l’Elysée constate déjà “une augmentation des achats hors Union, qui conduirait à terme à une dépendance croissante vis-à-vis d’autres acteurs, notamment les Etats-Unis”.
“Nous sommes là, dans un contexte stratégique particulièrement difficile, avec un manque de capacité qui était ancien, mais aussi avec un besoin urgent de reconstituer un certain nombre de stocks, une réponse de la Commission et, espérons-le, une réponse du Conseil européen approuvant ces « Il s’agit d’une étape très importante vers l’approfondissement de la politique de l’industrie européenne de défense. , soulignons-nous. à l’Elysée.
A moyen et long terme, la Commission doit faire une proposition “très rapidement”, explique l’Elysée. La Commission prévoit, lors de la révision du cadre financier pluriannuel, de renforcer les budgets du Fonds européen de la défense (FED) et de la mobilité militaire grâce à la facilité de connexion de l’Europe. A l’Elysée, on estime qu’il y a aussi “la possibilité de trouver d’autres incitations financières en plus du Fonds européen de défense, ou de recourir à la Banque européenne d’investissement”. Le 18 mai, Thierry Breton avait précisé : « Ne vous y trompez pas, ce que nous proposons est potentiellement très structurant pour la défense européenne. Il n’y a pas de temps à perdre pour le mettre en œuvre. La balle est clairement dans le camp du Conseil européen.