Kaliningrad est un morceau de Russie que l’histoire a laissé au milieu de l’Union européenne. Avec l’invasion russe de l’Ukraine, ce territoire de 200 km surarmé allait tôt ou tard se transformer en poudre à canon. Et c’est la Lituanie qui a allumé la mèche : à partir du 17 juin, les trains en provenance de Russie ne sont plus autorisés à transporter du charbon, des métaux (fer, acier) et des matériaux de construction vers cette enclave russe, car les chemins de fer passent pour la Lituanie, donc, pour l’UE . Le 1er juillet, l’interdiction sera étendue au ciment et à l’alcool, puis au pétrole.
Pour la Lituanie, il s’agit d’une simple application des sanctions européennes. La Russie y voit davantage un “acte hostile”, auquel elle donnera dans les prochains jours une “réponse non pas exclusivement diplomatique mais de nature pratique”, selon le porte-parole du ministère des Affaires étrangères. En dénonçant un “blocus”, le gouverneur de Kaliningrad Anton Alikhanov a estimé qu’entre 40% et 50% des approvisionnements de l’enclave via la Lituanie pourraient être affectés.
La situation à suivre de près est celle de l’enclave russe de Kaliningrad.
Il y a trois jours, la Lituanie a décidé de bloquer l’accès à certaines marchandises (charbon, matériaux de construction, métaux) destinées à l’enclave.
Les habitants s’approvisionnent. https://t.co/8s0mvo2Fqb
— Loup Bureau (@LoupBureau) 20 juin 2022
“Cette décision est vraiment sans précédent. C’est une violation de tout. Nous comprenons que cela est lié à la décision de l’UE d’étendre les sanctions au trafic. Nous la considérons comme illégale”, a déclaré le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov. En fait, il y a un accord conclu il y a vingt ans entre la Russie et l’UE : ce transit était l’une des conditions imposées à la Lituanie lors de son adhésion.
Une enclave ultra-militarisée
Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a tenté de calmer le jeu en soulignant que le trafic au sol ne s’est pas arrêté, et que la circulation des autres marchandises et passagers n’a pas été affectée. Mais Moscou ne décolle pas. Il y avait le deuxième homme le plus puissant du pays, Nikolai Patrushev, chuchotant à l’oreille de Poutine. L’ambassadeur de l’UE à Moscou a été convoqué et un membre de la Douma a proposé de remettre en cause l’indépendance de la Lituanie.
“Désolé pour l’expression, mais c’est chaud !” a publié Caroline Grimaud-Potter, une géopolitologue spécialiste de la Russie. La Lituanie a pris une décision grave et dangereuse, se retranchant derrière des sanctions et l’Europe ne peut plus reculer, elle contredirait. »
En s’ingérant dans les affaires de Kaliningrad, Vilnius parvient à un accord sensible. L’enclave d’un million d’hommes représente un bastion militaire stratégique pour le Kremlin : sa flotte militaire de la mer Baltique y est basée comme l’un des rares ports libres de glace de Russie. Des missiles anti-balistiques Iskander sont déployés, capables de transporter des ogives nucléaires.
Le corridor de Suwalki, le talon d’Achille de l’OTAN
Faut-il imposer automatiquement des sanctions à l’enclave de Klaningrad ? En mai, cependant, le vice-ministre lituanien des Affaires étrangères, Mantas Adomenas, a déclaré au Monde que le transit était “protégé par des traités internationaux et exclu de toutes les sanctions”. “L’aspect purement technocratique a prévalu, mais l’impact géostratégique sur les Russes n’a pas été suffisamment pris en compte”, déplore le politologue Patrick Martin-Genier, spécialiste des affaires européennes. Cette mesure inutile pourrait provoquer un incident très rapidement. »
Tout d’abord, « on peut imaginer des représailles économiques, avec un blocus des importations lituaniennes », précise Caroline Grimaud-Potter. La Russie pourrait également s’emparer du corridor de Suwalki, le talon d’Achille de l’Otan. Cette petite bande frontalière de 65 km de long entre la Pologne et la Lituanie relie Kaliningrad à la Biélorussie pro-Poutine et donc à la Russie.
“Si la Russie le bloquait, elle isolerait les pays baltes de l’Otan, car ce corridor représente sa seule connexion terrestre”, poursuit-il. L’ouverture des tensions sur ce front est particulièrement “risquée”, souligne Patrick Martin-Genier, au moment où l’Otan renforce sa présence en Pologne voisine. “Il n’est pas nécessaire d’en ajouter plus.”