Damien Abad, “l’immense opportuniste” rattrapé par des allégations de viol

POLITIQUE – Attendez, mais pouvez-vous le supporter ? Damien Abad est tourmenté depuis une semaine. En vingt-quatre heures, il passe de prise de l’importante droite d’Emmanuel Macron à ministre accusé de viol, dans Un des Journaux. Retour sur le parcours d’un homme à l’ascension fulgurante qui risque de tomber.

Lorsque Damien Abad, 42 ans, a été nommé ministre des Solidarités, de l’Autonomie et des Personnes handicapées le vendredi 20 mai 2022, il a franchi une étape majeure dans sa carrière. Issu d’une famille éloignée du monde politique et atteint d’une maladie rare (arthrogrypose) qui lui cause un lourd handicap, Nîmes propose une histoire qui ressemble à une revanche sociale, pimentée par le départ de son parti politique, les Républicains, pour s’unir dans le gouvernement Borne d’Emmanuel Macron.

Il débute sa carrière militante début 2008. A 28 ans, Damien Abad rejoint la mairie de Vauvert, dans le Gard, à quelques kilomètres de Nîmes, où il est né en 1980. Il fonde cette même année les Jeunes centristes. mouvement, affilié au centre jeunesse Centre Nou, dirigé par Hervé Morin.

Il a gravi les échelons de la formation centriste où il a été promu au Parlement européen en 2009, avec le soutien d’Hervé Morin qui a fait de sa présence sur les listes un cheval de bataille au sein de l’UMP, notamment pour le profil plus diversifié que ”l’offre”. . A 29 ans, il est élu le plus jeune député européen parmi les Français.

“Celui qui a trahi, trahira…”

De quoi voir comment les ailes poussent. C’est durant cette période qu’il rencontre Margaux, alors âgée de 22 ans, une jeune militante du parti qui le contacte pour débuter sa vie politique. Ses échanges deviennent vite insistants de la part du jeune élu, selon le SMS rapporté par Mediapart. C’est elle qui a porté plainte contre lui contre lui en 2017, pour viol. Il est fermé sans suite, nie maintenant fermement les faits.

A l’époque, la plainte ne faisait qu’un paragraphe aux tabloïds, sans mentionner le nom de Damien Abad. Seuls les républicains savent que c’est lui. Certains en font de sérieuses blagues, selon le récit de Libération, le 22 mai.

En 2012, il devient député de l’Ain en adhérant à l’UMP, après un passage au conseil régional du Rhône. Une première trahison à laquelle Hervé Morin ne goûte guère. “Sa carrière est celle d’un immense opportuniste. Il était au Nouveau Centre, il est allé à l’UMP pour être député alors que j’étais député européen et conseiller régional. Aux primaires il a soutenu Le Maire, puis Bertrand, il était aussi proche de Wauquiez…”, énumère l’actuel président de la région Normandie au HuffPost.

Même sentiment chez Les Républicains, amer après son départ du parti pour rejoindre Emmanuel Macron, lui qui jugeait sévèrement ses camarades qui avaient franchi le pas quelques années plus tôt et qui s’opposaient au Palau-Bourbon. Au HuffPost, plusieurs de ses anciens collègues de l’Assemblée le décrivaient en mai 2022 comme un nouveau venu “prêt à tout pour réussir”, quitte à “trahir” en laissant l’ambiguïté jusqu’au bout. “Il n’est pas fiable. Celui qui a trahi, trahira…”, lâche, laconique, Pierre-Henri Dumont, député du Pas-de-Calais.

Il ne faut pas prendre les Français et nous, ses collègues, pour des idiots.Anne-Laure Blin, députée LR du Maine-et-Loire, dans “HuffPost”

Julien Aubert, qui lui reconnaît “un sens humain très prononcé”, le juge “très personnel”. Le député du Vaucluse, qui aime le « panache », n’a pas valorisé son ancien camarade des « cadets de Bourbon », prometteurs jeunes députés UMP élus en 2012, parmi lesquels Gérald Darmanin, l’actuel ministre de l’Intérieur, attendant d’être sûr que il entrera au gouvernement pour quitter la présidence du groupe LR à l’Assemblée nationale, le 19 mai.

Même sentiment chez sa collègue Anne-Laure Blin : « Il ne faut pas prendre les Français et nous, ses collègues, comme des idiots. Je regrette le manque de courage qu’il a eu à ne pas oser faire le choix de clarté qui lui a été demandé à maintes reprises”, pointe le député du Maine-et-Loire, élu en 2020.

Pourtant, il avait remué ciel et terre pour obtenir la présidence de ce groupe, l’un des postes les plus prestigieux du palais Bourbon. En novembre 2019, il était le premier à poser sa candidature pour succéder à Christian Jacob, qui venait de prendre la tête de LR. “J’avais un bon disque prêt, il nous a semblé que j’avais tout prêt”, moitié un destinataire moitié ironiquement. “J’avais travaillé avec un petit cercle restreint, en équipe”, confirme Julien Aubert.

En face, le député d’Eure-et-Loir Olivier Marleix, présenté par le Canard Enchaîné comme le parti préféré de Christian Jacob. Mais Abbot sait comment faire. Il repère les frustrés, les flatte, crée des liens, défend son projet : faire de la politique. Et ce ne sont pas les appels téléphoniques de l’ancien député, Alain Marleix, à quelques députés pour soutenir son fils qui l’arrêtent. Damien Abad gagne. Une autre victoire.

Je savais que j’avais un gros flirt, mais je n’étais pas au courant de la plainte Pierre-Henri Dumont, député LR du Pas-de-Calais, sur “HuffPost”

A cette époque, des rumeurs circulaient sur l’adjoint de l’Ain. “J’avais entendu dire que c’était quelqu’un de très, très borderline”, a déclaré un ancien collaborateur de l’UMP à l’Assemblée nationale entre 2012 et 2017. “On a dit aux femmes ‘faites attention, vous n’êtes pas obligées d’être seules avec lui”, a-t-il rappelle. “On avait entendu des bruits, notamment une histoire… mais rien de concret. Il y avait eu cet article dans Closer sur la plainte de 2017 mais on n’en savait pas plus”, a ajouté un député LR.

“Je n’étais pas au courant de cette notoriété, ni de mon comportement déplacé, ni même de flirt”, promet Sébastien Huygue, un député du Nord qui était dans sa ligne politique, mais désapprouve son départ du gouvernement. Il soupçonne “un règlement de compte politique”.

“Je savais qu’il était lourd dans le flirt, mais je n’étais pas au courant de la plainte”, a déclaré Pierre-Henri Dumont, qui a qualifié l’élection de l’exécutif “un peu cynique” pour “nommer le président du groupe LR”. dans un gouvernement qui penche à gauche plutôt que de croire la parole des femmes alors que c’est la grande cause du quinquennat.

S’il y a des éléments nouveaux, si justice est faite, nous tirerons toutes les conséquences de cette décision Elisabet Borne, Premier ministre, 22 mai

C’est là qu’intervient le vertige. La vérité. A peine nommée, la plainte refait surface dans une enquête de Mediapart débutée en janvier 2021 et publiée au lendemain de sa nomination, le 21 mai. Le journal a recueilli un autre témoignage d’une femme qui ne connaît pas Margaux et qui accuse à son tour le ministre de viol, pour des faits qui remontent à 2010. Cinq ans après #MeToo, qui devient “l’affaire Abad” se répand comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. médias. les réseaux et la presse. Il réussit sa première carrière et bouscule un gouvernement nouvellement créé.

Emmanuel Macron vient de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes la principale cause de son quinquennat. Le scandale est prêt. Damien Abad se défend, depuis la commune de Saint-Jean-Le-Vieux, dans l’Ain, où il se présente toujours aux législatives, sans le sceau LR présenté par un candidat devant lui. “Je n’ai jamais violé une seule femme de ma vie”, a promis le sous-ministre lors d’une brève conférence de presse au cours de laquelle il a révélé des détails sur sa vie privée. “C’est matériellement impossible pour moi”, insiste-t-il.

Nous n’avons jamais identifié de problèmes avec les femmes. Au contraire, un proche de Damien Abad, dans le “HuffPost”

L’enjeu est partout dans les médias, empêchant le gouvernement d’imposer d’autres enjeux. La Première ministre, Elisabeth Borne, est contrainte de s’exprimer sur la question en plein déplacement de campagne dans le Calvados où elle brigue son premier mandat. “S’il y a des éléments nouveaux, si justice est faite, nous tirerons toutes les conséquences de cette décision.” Fermer l’interdiction.

Le 25 mai, la justice a proposé l’isolement à Damien Abad. Le parquet de Paris, alerté par un rapport de l’Observatoire des violences basées sur le genre et des violences sexuelles, a indiqué ne pas pouvoir ouvrir d’enquête “en l’état” faute d’informations suffisantes. Dans le Gard, où Damien Abad entretient des liens familiaux, amicaux et politiques, les révélations de Mediapart n’atteignent pas son cercle historique.

“Nous n’avons jamais vu de problèmes avec les femmes. Au contraire, connaissant ses anciens coéquipiers, on a toujours eu l’impression d’un homme parfaitement normal, malgré ses difficultés physiques réelles et douloureuses”, se défend un de ses proches, toujours impliqué dans la politique locale. Toujours dans la cité romaine, mais à l’autre bout de l’échiquier politique, Vincent Bouget, secrétaire général du PCF dans le Gard, se souvient d’un étudiant “très fort” qui montrait à l’époque une “forte volonté de réussir”. ils étudiaient au lycée à la fin des années 1990.

“On a vu qu’il ne mettait aucun obstacle sur son chemin, je me souviens même avoir joué au foot avec lui dans la cour”, poursuit le communiste, incapable d’y mettre une autre renommée…

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