De la dimension sexuelle du cou de la girafe

Impression d’artiste comparant les affrontements de girafes mâles. Au premier plan, “Discokeryx xiezhi”, une espèce qui vivait il y a dix-sept millions d’années, devant l’actuelle “Giraffa camelopardalis”. WANG YU I GUO XIAOCONG

Il y a des problèmes que le chroniqueur doit aborder avec prudence. Hautement inflammables, précédées de siècles de polémiques, elles nous placent précairement sur les épaules de géants. Mais comment résister à un article de la revue Science qui nous assure résoudre une question fascinante et ancestrale qui unit l’enfant et le scientifique : l’origine du long cou de la girafe.

En l’absence d’hypothèse satisfaisante, les Grecs étaient entrés en contact : leur habillement et leur apparence témoignaient de l’union d’un léopard et d’un chameau. Peu convaincu, Carl von Linnaeus (1707-1778) la nomma Giraffa camelopardalis en 1758, son nom scientifique actuel, emprunt à la girafe arabe.

Ce qui n’a pas résolu le problème du cou. Au-delà de diverses hypothèses farfelues, l’origine de sa dimension symbolisait la confrontation de deux écoles. Pour entrer en scène, Jean-Baptiste de Lamarck (1744-1829) dessine le premier. Pour lui, la girafe, désireuse d’atteindre les feuilles en hauteur, avait tendu son cou et transmis ce caractère acquis à ses girafes. Et ainsi de suite pendant des milliers de générations. Non, répond Charles Darwin (1809-1882) quelques décennies plus tard : comme les humains, les girafes sont plus ou moins grandes, et les plus grandes ont été favorisées, ont vécu plus longtemps, ont bénéficié d’une progéniture plus nombreuse. Un modèle de “sélection naturelle”.

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En tout cas, tous deux s’accordaient sur le rôle central de l’accès à la nourriture. En 1996, cependant, deux zoologistes sud-africains, Robert Simmons et Lue Schippers, ont proposé une autre hypothèse : celle de la sélection sexuelle. Pour gagner la faveur des femelles, les mâles se heurtent au cou. Comme les grands bois de cerf, des vertèbres cervicales disproportionnées auraient été favorisées. A titre de test, le cou des mâles est plus large. A cette théorie dite des « cous sexuels », beaucoup répondirent que le dimorphisme sexuel des girafes ne faisait pas exception et invitèrent les deux révolutionnaires à peigner à nouveau les poils de l’animal.

Proche ancêtre de l’okapi

L’article, publié jeudi 2 juin dans Science par une équipe sino-suisse, reprend cependant cette théorie. Il est basé sur la découverte en 1996 par le professeur Jin Meng de l’Académie chinoise des sciences d’un fossile vieux de 16,9 millions d’années dans le désert du Xinjiang : un crâne et quatre vertèbres. . “Il a tout de suite vu que c’était un animal étrange, mais il a d’abord pensé à un bovin”, raconte Shiqi Wang, le premier auteur de l’article. Les paléontologues ont poursuivi les fouilles, accumulé du matériel et c’est en 2015 qu’une vaste étude a été lancée. “Un travail colossal” qui réunit “géochimie, analyse des contraintes, analyse des appendices crâniens en histologie, analyse des structures crâniennes internes”, explique Loïc Costeur, conservateur du Muséum d’histoire naturelle de Bâle. Il s’occupa de l’oreille interne, élément essentiel pour l’attribution du fossile à la famille des girafes.

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