Défilé des nationalistes israéliens à Jérusalem-Est

Des dizaines de milliers de manifestants ont défilé dans la vieille ville sous la protection de 3 000 policiers.

De notre correspondant à Jérusalem

Ils aiment tous Jérusalem à leur manière. Juifs (61 % de la population de la ville) et Palestiniens (39 %, un pourcentage en constante augmentation) entretiennent un enthousiasme nationaliste et religieux pour leur ville avec pour seul dénominateur commun un lieu sacré vénéré : l’esplanade des mosquées pour les musulmans, le Mont du Temple pour les Les juifs, un pari symbolique et une source permanente de conflits.

Lire aussi Israël relance la colonisation, attisant les tensions

Chaque année, les Israéliens célèbrent leur victoire à Jérusalem, la “capitale réunifiée” à la fin de la guerre des Six jours de 1967, à travers le pays avec une “marche du drapeau”. Des milliers de manifestants ont défilé dans le quartier musulman sous haute protection policière pour rejoindre le mur des lamentations. C’est un euphémisme de dire que le peuple arabe n’apprécie pas cette démonstration de force. Surtout parce qu’ils voient leur drapeau palestinien confisqué dès qu’ils osent l’agiter, même si le geste n’est pas considéré comme un crime par la Cour suprême israélienne.

L’année dernière, la marche du drapeau était devenue un cauchemar. Elle s’est déroulée dans une période marquée par de violents affrontements sur l’esplanade de la mosquée et dans le quartier Sheikh Jarrah, tandis que des populations mixtes israéliennes étaient incendiées. Le gouvernement avait changé l’itinéraire pour empêcher une intrusion du côté musulman. Une précaution inutile. La manifestation venait de commencer lorsque le Hamas a tiré un barrage de missiles depuis la bande de Gaza sur Jérusalem, déclenchant une guerre de dix jours.

Lire aussi Sayyid Badr al-Boussaidi : « Nous n’adhérerons pas aux pactes abrahamiques » de normalisation avec Israël

Cette fois, la crainte d’une nouvelle tempête n’a pas cessé d’occuper les esprits tant les tensions sont fortes. Depuis le 22 mars, une vague d’attaques palestiniennes a tué 19 Israéliens et les opérations de l’armée en Cisjordanie ont fait 30 morts. La police israélienne a mobilisé 3 000 hommes et l’armée a déployé son dôme de fer, son bouclier antimissile. Dominer l’événement a été un test pour Naftali Bennett, le premier ministre de droite d’un gouvernement de coalition sans majorité au parlement, qui entend montrer que l’extrême droite religieuse peut s’exprimer sans entrave pour regagner du crédit.

Feux d’artifice

Aux petites heures du matin, des dizaines de fidèles se sont réfugiés dans la mosquée al-Aqsa, bloquant la porte avec des chaises. D’autres manifestants lancent des pierres et des feux d’artifice sur la police qui garde les visiteurs juifs, dont un député d’extrême droite. Ce n’est pas suffisant pour empêcher 2 600 religieux de venir prier sur le site.

Lire aussi La semaine du FigaroVox – Israël-Palestine, une guerre sans fin ?

A midi, les commerçants ayant des boutiques sur le parcours du défilé abaissent le rideau de fer sur ordre de la police. “C’est simplement venu à notre connaissance à ce moment-là. En général, il ne se passe pas grand-chose », explique Ramon, un propriétaire de café palestinien syro-palestinien très fatigué. Les colons messianiques chantent dans la ruelle. Ils ont débarqué en masse de Cisjordanie pour prouver qu’ils sont chez eux à Jérusalem-Est. Des affrontements éclatent avec des adolescents palestiniens portant des T-shirts blancs à l’effigie d’un fusil M16, la chemise à la mode. Les disputes se multiplient. Porte de Damas, la police charge. Un couvre-feu est instauré : les Palestiniens de Jérusalem-Est sont relégués à des centaines de mètres du périmètre de la manifestation et ceux de la Vieille Ville sont enfermés. Entrez dans le défilé de l’après-midi. Il y a des étudiants de yeshivot, des recrues, des colons, des groupes d’extrême droite, des messies, des familles strictement pratiquantes. Le mouvement ultranationaliste a réussi son pari. Il a réussi à mobiliser des dizaines de milliers de manifestants. “Mort aux Arabes”, “Mohammed est mort”, figurent parmi les slogans favoris.

Leave a Comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *