Didier Lebbe, le visage de Ryanair frappe : “J’en ai presque fini avec Michael O’Leary !”

Depuis plusieurs semaines, le secteur aérien est touché par de nombreux mouvements sociaux, en Belgique et ailleurs. Et quand on parle de grève sur Ryanair ou Brussels Airlines en Belgique, le nom de Didier Lebbe ressort dans les médias.

Seul syndicaliste wallon du secteur aérien, le secrétaire permanent du CNE est sur le terrain depuis 11 ans pour faire sentir les droits des pilotes et du personnel navigant de ces compagnies. Nous l’avons rencontré à la fin du premier week-end de grève estivale pour mieux comprendre ce qu’il advient du ciel européen, et aussi pour découvrir un personnage haut en couleur au verbe fort.

Didier Lebbe, vous sortez de plusieurs semaines de réunions, de négociations, mais aussi de grèves. Pouvons-nous l’imaginer laisser des empreintes ?

« Ça laisse beaucoup de traces, oui ! Les journées de grève sont épuisantes. Il y a déjà la pression médiatique, mais il y a aussi toute la préparation de la grève. C’est très difficile, car depuis des semaines, on doit se concerter avec le personnel, se coordonner avec les délégués, puis presser les directions et faire face à la pression qu’exercent ces mêmes directions.Ce qui est dommage c’est qu’on tire la sonnette d’alarme depuis deux mois que si rien ne change, l’été passera.Ryanair et Brussels Airlines semblent prendre le relais, mais la situation est critique, ces combats sont très longs car on ne fait pas grève pour le plaisir, mais pour obtenir des résultats, il faut continuer à se battre. Le but est d’avoir un accord ou l’entreprise à obéir aux lois.On ne vous demande pas de ne pas boire la mer !Mais si nous sommes face à un mur ou un clown comme Michael O’Leary, non nous n’avons pas d’autre choix que de faire grève, ou une seconde s’ils n’ont pas entendu le message.”

Ces actions doivent également être claires pour les passagers qui attendent parfois un voyage depuis trois ans. Au final, ce sont eux qui sont pris en otage lorsqu’une grève a lieu…

“Le but n’a jamais été d’irriter (sic) les passagers, pas vraiment, pour le dire clairement. La grève est la dernière arme et nous grandissons dans nos revendications et nos ‘menaces’. Chez Brussels Airlines, nous ‘façons une année qui qu’ils réclament et se moquent de nous, nous n’avons vraiment pas d’autre choix que d’en arriver là, et il faut dire que par rapport à d’autres pays nous prévenons bien à l’avance pour que les compagnies fassent ce qu’elles veulent trouver des solutions alternatives pour vos passagers, bien que évidemment tous ne le font pas aujourd’hui. Aujourd’hui la situation est encore stressante parce que j’espère que les choses sortiront, que l’été sera calme et que la pression se relâchera, mais si ce n’est pas le cas, on reviendra à l’action”.

En fait, qu’en est-il du ciel belge et européen ?

“Ultralibéralisation. Je pense que les États doivent reprendre le contrôle de ce secteur. Ce secteur doit être partiellement renationalisé. Je parle surtout de Brussels Airlines quand je dis cela. Aujourd’hui, nous n’avons plus le contrôle de cette boîte et c’est une perte de pouvoir pour l’Etat belge qui reste actionnaire, je vous le rappelle, et quand on n’a aucun contrôle, on voit les dérives auxquelles cela nous conduit et les conséquences que cela a tant sur les passagers que sur le personnel et sur l’ensemble du secteur qui vit autour du aéroports, nous devons reprendre le contrôle afin de re-réglementer le secteur aérien, faute de quoi nous nous dirigeons vers la catastrophe tant en termes de conditions de travail que de santé financière des entreprises qui vont pâtir des suites de l’annulation des vols et des affrontements sociaux. de face”.

Avez-vous déjà rencontré Michael O’Leary ?

“Bien sûr. Surtout quand il est venu à Bruxelles en 2018 pour négocier pendant les grèves. D’ailleurs, on a failli en prendre aux coups. Il a refusé de me serrer la main et m’a harangué pendant quelques minutes. J’ai été filmé je sais aussi que lorsqu’il donne une conférence de presse et qu’un journaliste belge lui pose une question, il lui dit de saluer le ‘géant vert’ je l’ai revu en juillet 2021 à Bruxelles et là il m’a salué de loin sous prétexte de Covid avant de me dire en partant que les syndicats pourraient aller à la poubelle.

Si vous deviez lui dire quelque chose aujourd’hui, ce serait quoi ?

“(Il réfléchit). Je pense que je dirais : ‘Quand prends-tu ta retraite ?’ “Parce que je pense que nous allons devoir attendre que cette entreprise change. Le modèle actuel est le modèle O’Leary, et je ne pense pas qu’il va changer de lui-même, donc.”

“Les métiers du ciel ne sont plus un rêve”

Selon lui, le modèle de Ryanair s’étend à d’autres compagnies, avec les dérives qui l’accompagnent.

© BELGIQUE

Didier Lebbe nous a également donné plus de détails sur les conditions de travail des pilotes et du personnel de cabine de Ryanair et Brussels Airlines.

Ce que vous évoquez souvent, c’est le « modèle Ryanair ». L’entreprise irlandaise serait-elle l’épouvantail du ciel européen ?

“Ryanair a tout chamboulé, et cette compagnie doit changer en priorité. Tous les États doivent agir. C’est dans toute l’Europe qu’il y a un problème, mais j’ai l’impression que personne n’ose toucher à cette compagnie aérienne. Pour l’anecdote, nous étions accueillis en 2018 par la Commission européenne qui nous a dit de continuer nos grèves contre Ryanair parce que c’est la seule chose qu’ils entendent – c’est très bien à dire, mais que la Commission fait aussi son travail ! Faire grève coûte de l’argent aux travailleurs et c’est pas les indemnités versées par les syndicats qui compensent la perte. Actuellement, nous laissons Ryanair enfreindre les lois partout, et le reste des compagnies pensent que si Ryanair peut le faire, elles le peuvent aussi. Mais parfois, il y a de l’argent public dans ces entreprises ! On ne donne pas des milliards pour qu’il ne se passe rien après.”

Vous l’avez déjà dit, le métier de pilote, d’administrateur ou d’hôtesse de l’air n’est plus un rêve aujourd’hui…

“Ce n’est plus un rêve, non. Il suffit de regarder la moyenne d’âge sur Ryanair. Les jeunes viennent dans cette compagnie pour l’utiliser comme tremplin et ensuite faire autre chose. Chez Brussels Airlines, la moyenne d’âge est encore plus élevée, et les plus âgés avaient un travail qui était encore un « job de rêve », mais plus ils vieillissaient, plus les conditions de travail se détérioraient.

Y a-t-il aussi un risque, une peur, en matière de sécurité des passagers ?

“Oh, ça ! Je ne veux pas être de mauvais augure, mais à partir du moment où vous épuisez votre personnel – et je vous rappelle encore que c’est le personnel qui s’occupe de notre grève – le risque augmente. Le travail de le personnel de cabine ne pousse pas les voitures, ne donne pas de nourriture et ne vend pas de café, ce sont des choses que nous faisons ou avons toujours faites pour garder les gens calmes et silencieux tout au long du vol.L’objectif principal de leur travail est d’assurer la sécurité des passagers.Nous sommes toujours dans un tube en aluminium lancé à 700 par heure à une hauteur de 10 kilomètres avec 180 personnes à l’intérieur ! La sécurité est vraiment la base du métier. Je vais donner un exemple à Ryanair : nous avons changé le nom des hôtesses et administrateurs de ‘vol “préposé” au “service client”, c’est-à-dire qu’ils sont devenus des directeurs commerciaux et qu’ils doivent vendre et servir 180 personnes sur quatre et avec un petit chariot qui passe au milieu d’une gamme. Il faut se rendre compte un peu de ce qu’est ce métier c’est.Ce n’est pas reposant.Je prends aussi l’exemple de l’époque de repos qui ont été réduits entre les vols. Cependant, toute personne qui fait un long voyage mettra des jours à récupérer. Ils le sont tous les jours.”

© BELGIQUE

Elle a joué son propre rôle au cinéma dans le film “Rien à foutre”, avec Adèle Exarchopoulos.

Ainsi, Didier Lebbe est secrétaire permanent du CNE pour le secteur aérien depuis onze ans. “Il travaillait dans un CEFA (centre de formation professionnelle, ndlr) où il donnait des cours de culture générale en section maçonnerie. Je me suis également occupé de la gestion des stages étudiants et j’ai commencé à collaborer avec les syndicatsil dit. Un jour, une place s’est faite au bureau d’études du CNE et j’ai été embauché, mais j’ai très vite eu envie de rejoindre le terrain.

Ce passionné d’aviation a rapidement trouvé un domaine qui lui plaisait. “Quand je pars en vacances, j’aime à la fois le cadre du lieu et le voyage lui-même ! Je suis heureux quand j’entre dans un aéroport dès mon plus jeune âgeconfiance. Si je vole avec Ryanair ? Avec certitude ! Surtout quand je rencontre mes collègues européens, d’ailleurs. Et je suis même très bien accueillie par le staff qui me connaît dans la durée. Mon but n’est pas de couler cette entreprise, mais de la faire changer pour que chacun puisse garder son emploi, mais en bon état.

Et il est tellement connu dans le milieu que son travail lui a permis de jouer dans un film présenté au Festival de Cannes ! “J’ai joué mon propre rôle dans le film Rien à foutre, avec Adèle Exarchopoulos

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