Diocèse de Toulon : pourquoi le Vatican a choisi le silence

“Pas de commentaires. C’est, en substance, la principale réponse du Vatican lorsqu’il s’agit de remettre en cause l’interdiction faite à Mgr Dominique Rey, évêque de Fréjus-Toulon, d’ordonner quatre prêtres et six diacres le 26 juin. Rome n’a donné aucune réaction officielle aux nombreux journalistes qui ont interpellé les autorités romaines ces derniers jours, bien que la décision ait été prise par le préfet de l’évêché, le cardinal Marc Ouellet.

Ici, les décisions disciplinaires, ainsi que les mouvements brusques, ne s’expliquent pas : outre la décision prise contre l’évêque français, il en fut ainsi, ces derniers mois, pour une affaire relative au renvoi d’un couvent dominicain de Pontcallec. , mais aussi de la démission forcée de l’archevêque de Paris, Mons. Michel Aupetit. Jamais, dans ces trois cas, une explication claire et officielle n’a été donnée.

Loin d’être lié à des cas particuliers, le choix du silence, fait par le Vatican lorsqu’il s’agit de décisions disciplinaires, est parfaitement assumé. “Il y a deux raisons à cela”, explique un membre de la Curie, lui-même assez critique sur le manque de transparence. Premièrement, la conviction que l’Église ne doit pas justifier ses décisions, car elle est souveraine et doit échapper aux pressions. Ensuite, il y a un manque de maîtrise des techniques de communication. Nous ne savons pas exactement comment faire. » La même source met également en avant « une incapacité à prendre des décisions ».

“Manque de courage”

“Alors on laisse les autres construire une histoire, les rumeurs se répandent. Il y a un manque de courage évident. Certainement certains ne se rendent pas compte des conséquences du silence”, a-t-il dit.

“Moins vous parlez, mieux vous vous portez”, dit-on aussi aux nouveaux venus au Vatican. Dans ce système fortement hiérarchisé, “celui qui parle et n’aime pas le pape a toujours peur de risquer sa tête”, résume une source romaine. Qui avance aussi la volonté, profondément ancrée au Vatican, de ne pas ternir la réputation d’un chef d’Église. Ou du moins ne pas le submerger lorsqu’il a fait une erreur. Une forme de “prudence charitable” qui est un frein puissant à la culture de la transparence.

Il n’y a pas de véritable stratégie de communication

Mais au-delà de ces raisons culturelles, certains proposent aussi un recours au silence plus directement lié à l’exercice du pouvoir tel qu’exercé par le pape. François gère en effet lui-même une partie de ses dossiers, sans nécessairement recourir aux services de la Curie, ou du moins en complétant les informations qui lui sont fournies par des voies personnelles.

Résultat : Certains pensent, même au sein de la Curie, qu’une véritable stratégie de communication n’est pas possible lorsqu’une question difficile se pose. Et il n’est pas étonnant que le pape ait décidé d’évoquer dans les colonnes d’un journal un sujet dont il s’était interdit de parler dans ses offices : ce fut le cas récemment dans le contenu de la conversation entre le patriarche Cyrille et lui, mais aussi dans un domaine complètement différent, de son vaccin.

D’autres sources suggèrent également une méthode spécifique de résolution des conflits pour le Vatican. Ainsi, garder des procédures secrètes, c’est à la fois préserver l’honneur de la personne en cause, attendre de trancher, mais aussi pouvoir conduire à la résolution d’un problème sans que celui-ci soit placé sur la place publique. La publication du résultat d’une décision, comme dans le cas de celle visant Mgr Rey, correspond donc à un stade avancé de la procédure engagée par Rome contre un évêque. Et en l’occurrence, selon nos informations, le communiqué de presse publié par l’évêque a également été rédigé en concertation avec le Vatican. Une façon pour Rome de demander au principal intervenant de communiquer à sa place.

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