Avec seulement une petite majorité relative à l’Assemblée nationale dimanche soir (210 à 260 sièges selon les bureaux de vote), la Macronie fait face à un scénario catastrophe, obligée de rechercher sans cesse des alliances lors de la législature d’ouverture.
Loin de la majorité absolue (289 sièges) que certains proches d’Emmanuel Macron avaient toujours espéré atteindre ces derniers jours, La République en marche et ses alliés MoDem et Horizons ont enregistré une contre-performance inédite : la majorité minimale de la Ve République, si faible qu’il soulève des questions institutionnelles.
Comment, avec environ 220 députés, Emmanuel Macron peut-il espérer approuver les réformes de son programme présidentiel ?
La houle du terrain a même failli emporter sa première ministre, Elisabeth Borne, mal choisie dans le Calvados pour obtenir 52,46 % des suffrages dimanche soir.
Est-ce sur la sellette ? Personne, pour la plupart, n’imaginait son départ avant dimanche soir, tant la symbolique d’un chef de gouvernement débarqué un mois seulement après sa nomination semblait désastreuse à l’opinion publique.
Le gouvernement s’est déjà vu promettre un remaniement : certains de ses membres, candidats malheureux dimanche, ont démissionné d’office selon une règle tacite imposée par l’Elysée, comme la ministre de la Santé Brigitte Bourguignon et la secrétaire d’Etat à la Mer Justine. Bénin, tous deux maltraités.
Le président sortant de l’Assemblée, Richard Ferrand, est également battu, tout comme Christophe Castaner, le président sortant du groupe LREM et ancien ministre Bérangère Abba.
Cependant, les membres du gouvernement Olivier Dussopt, Damien Abad, Marc Fesneau, Gérald Darmanin et Franck Riester ont été réélus.
Le défi de Macron est maintenant de former une équipe gouvernementale capable de gagner un vote de confiance dans la nouvelle Assemblée. “On va s’occuper de tous ceux qui veulent faire avancer le pays”, a déclaré la porte-parole du gouvernement Olivia Grégoire.
Les seuls différents élus de gauche, de centre droit et de multidroite, même avec le soutien des députés UDI, n’ont pas pu atteindre le seuil des 289, laissant présager une négociation prochaine avec Les Républicains, qui rêvent d’être rois. A moins que la coalition de gauche (Nupes) n’éclate prématurément, ce qui pourrait conduire les élus du Parti socialiste à participer à une nouvelle majorité, un scénario pourtant jugé hautement improbable en l’état.
Campagne mal gérée ?
Si la gifle est sévère pour la Macronie, elle était redoutée par nombre de ses lieutenants, qui avaient mis en garde contre une campagne jugée défensive, sans éléments identifiables au programme, si ce n’est l’impopulaire réforme des retraites.
En reportant la nomination du gouvernement à la mi-mai, trois semaines après sa réélection, Emmanuel Macron avait risqué de laisser une place considérable à Jean-Luc Mélenchon, candidat autoproclamé de Matignon, et dont la dynamique de campagne ne s’est pas arrêtée. croissant jusqu’au jour des élections.
Si les plus optimistes de la Macronie ont opté pour une sortie menée par le président de la République, notamment entre les deux tours, le déplacement d’Emmanuel Macron en Ukraine n’a pas eu l’effet escompté.
La fin de campagne, électrisée par les invectives et une dramatisation du scrutin, marquée par la révolte des consignes de vote lors des duels RN/Nupes, renvoyés par certaines macronies, complétait le problème au cœur de la majorité, tant comme au sein d’un électorat qui s’est distingué dimanche par un taux d’abstention très élevé.
La nouvelle Assemblée nationale s’annonce difficile à gérer, avec un cartel de gauche et le Rassemblement national qui, parmi eux, pourrait représenter la moitié de la Chambre. Et donc voter une motion de censure qui forcerait la démission du gouvernement.
Loin de la majorité relative de Michel Rocard en 1988 (275 députés), qui avaient réussi à faire voter leurs textes grâce au soutien de députés centristes ou d’outre-mer, même si cela signifiait devoir recourir à l’article 49.3, le nouveau resserré. la plupart des macronies devront rivaliser d’ingéniosité et de conviction pour attendre que leurs textes soient votés.
Sinon, Emmanuel Macron dispose d’une dernière arme bien dangereuse : la dissolution de l’Assemblée nationale, prérogative garantie par l’article 12 de la Constitution.