L’Union européenne pourrait bientôt manquer de gaz russe, mais elle a des idées. À la lumière de la guerre ukrainienne, ce combustible fossile autrefois abondant et bon marché est devenu une « arme » au nom de Moscou pour affaiblir les Vingt-Sept, selon la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen. Dans la perspective d’une panne totale, Bruxelles a dressé une liste de mesures qui réduiraient la consommation européenne de gaz.
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Dans un plan d’économies d’énergie présenté mercredi 20 juillet, la Commission appelle à l’effort de “tous les consommateurs, administrations publiques, ménages, propriétaires de bâtiments publics, fournisseurs d’énergie et secteur de l’énergie”. Ce plan sera au menu des débats à Bruxelles le vendredi 22 juillet, avant d’être proposé à l’approbation des ministres de l’énergie de l’Union européenne le 26 juillet. Voici ce qu’il faut retenir.
Réduire la consommation de gaz de 15 %
Bruxelles veut encadrer et coordonner la réduction de la demande de gaz au sein des vingt-sept à travers un nouveau règlement, un texte juridiquement contraignant adopté à la majorité qualifiée du Conseil de l’Union européenne. Cet outil fixerait dans le marbre un objectif de réduction de la consommation de gaz de 15 % pour chaque pays membre, entre août 2022 et mars 2023, par rapport à la moyenne des cinq dernières années à la même période. Les États devraient détailler leur feuille de route d’ici fin septembre pour y parvenir.
Si, malgré des efforts volontaires, un “risque substantiel de pénuries sévères ou de demande exceptionnellement élevée” persiste, Bruxelles propose d’activer un mécanisme d’alerte pour fixer des “objectifs contraignants de réduction de la demande” pour les 20 ans. Il appartient ensuite aux gouvernements de décider quelles industries mettront un régime énergétique en cas d’urgence.
Pour s’assurer que tous les pays membres jouent le jeu, chacun d’entre eux devrait rendre compte tous les deux mois des réductions enregistrées au niveau national, précise la Commission européenne.
Limiter le chauffage et la climatisation
Bruxelles appelle également les Etats à prendre des mesures contraignantes pour limiter le chauffage et la climatisation des bâtiments publics et commerciaux, “lorsque cela est techniquement faisable”. Ces seules mesures pourraient permettre d’économiser environ 11 milliards de m3 de gaz, sur un objectif total de 45 milliards de m3, selon l’estimation annoncée par Ursula Von der Leyen. A titre de comparaison, en 2020, la Russie avait fourni quelque 153 milliards de m3 aux pays européens.
Certains pays sont déjà en avance sur ces mesures. Depuis fin avril, l’Italie a annoncé qu’à partir du 1er mai, les écoles et les bâtiments publics ne pourront plus utiliser la climatisation en dessous de 27°C en été, contre 26°C au-dessus, ni le chauffage, en dessous de 19°C, sous peine d’une amende de 500 à 3 000 euros.
L’Espagne a pris des mesures similaires fin mai dans le cadre d’un “plan d’efficacité énergétique”, tout comme l’Allemagne, en juin, mais sans introduire aucune notion de restriction. De même, en France, ces limitations existent déjà dans les textes (un décret de 2007 ou un article du code de l’énergie), sans être garanties.
Encourager les citoyens à agir
L’Union européenne attend également que ces efforts soient faits par les industriels, afin que l’approvisionnement en gaz des “clients protégés”, tels que les ménages, les services sociaux, les hôpitaux et les PME (moins de 37% de la consommation totale de gaz) soit garanti. . Du côté des incitations, Bruxelles vise à encourager l’utilisation de sources alternatives pour le chauffage urbain ou encore les pompes à chaleur chez les particuliers. Enfin, pour impliquer les ménages dans l’effort, Bruxelles mène des campagnes de communication réclamant qu’un thermostat de 1°C soit abaissé cet hiver. Une contribution citoyenne qui permettrait d’économiser “jusqu’à 10 milliards de m3 de gaz par an”, selon la Commission européenne.
Diversifier les sources d’énergie
Bruxelles appelle également à la diversification des sources d’énergie. “Les énergies renouvelables doivent être prioritaires, mais la transition vers le charbon, le pétrole ou le nucléaire peut être nécessaire de manière temporaire”, reconnaît la Commission. Ainsi, de nombreux pays, comme l’Allemagne, les Pays-Bas, l’Autriche et la France, ont annoncé ces derniers mois la possibilité d’utiliser leurs centrales au charbon, qui émettent pourtant beaucoup plus de gaz à effet de serre.
Pour les industriels, le texte rappelle l’existence de solutions alternatives au gaz (passage à la biomasse ou au biométhane, électrification de certaines machines, etc.). Dans les secteurs disposant de peu de marges de manœuvre pour se passer de gaz, comme la chimie qui l’utilise comme matière première, la Commission européenne note qu’il serait “nettement moins coûteux” de réduire progressivement sa demande au lieu d’attendre de subir une rupture brutale. .