Parmi les rites de la politique belge, l’exacerbation des tensions durant la période précédant les grands accords est un grand classique. Les partenaires gouvernementaux peuvent faire entendre leur mauvaise humeur à huis clos au Cabinet ou dans la presse. C’est la deuxième option choisie par le flamenco libéral Eva De Bleeker. Jeudi, dans Le Soir et De Standaard, le secrétaire d’Etat au Budget a mené une charge de rhinocéros contre le PS.
Selon elle, les socialistes francophones n’avancent pas assez dans leurs dossiers au niveau fédéral. Eva De Bleeker estime que Karine Lalieux est responsable d’une inertie de la réforme des retraites, qui ne cesse de prendre du retard. Pierre-Yves Dermagne, le vice-Premier ministre du PS, serait tout aussi doux dans la modernisation du marché du travail.
Perte des budgets européens ?
Face à cette prétendue passivité, le secrétaire d’Etat Open VLD s’inquiète d’une réaction européenne : les budgets de l’Union, promis à la relance économique, pourraient nous passer sous le nez faute de réformes structurelles. ” Contrairement à ce que laissait entendre Eva De Bleeker, l’octroi à la Belgique des crédits européens promis n’est pas menacé. . Elle s’écrase “, précise une source.
Ces déclarations désobligeantes sur le professionnalisme des ministres socialistes ne sont pas nouvelles. Début juin, c’est Egbert Lachaert, le président des libéraux flamands, qui lance le même avertissement au PS : ” C’est une stratégie perdante de croire qu’il suffit de ne rien faire en attendant les élections et de chercher ensuite un grand accord avec la N-VA. » a-t-il déclaré dans une importante interview avec Le gratuit .
L’agacement de l’Open VLD, relayé par le MR, a plusieurs raisons. Premièrement, les libéraux flamands veulent accroître la pression sur le PS pour aider le Premier ministre Alexander De Croo lui-même à ouvrir le VLD. Le chef du gouvernement fédéral veut conclure un accord cet été sur plusieurs dossiers dirigés par les socialistes.
Le sacerdoce qui s’impose à l’actuel locataire du “16”, son esquive nécessaire entre les sept partis de la majorité de Vivaldi ne lui permet pas de taper du poing sur la table. Son rôle correspond plus à celui d’un diplomate. Par conséquent, d’autres que lui doivent agir en tant que demandeurs.
La difficile équation de l’Open VLD
Ensuite, l’Open VLD a des problèmes dans les sondages. L’attention s’est focalisée sur l’effondrement du CD&V dans un récent sondage, mais le parti du Premier ministre fait également face à une baisse inquiétante. Ce frein aux intentions de vote est lié, en partie, à l’exercice du pouvoir au niveau fédéral aux côtés de la gauche francophone. La N-VA et le Vlaams Belang, dans l’opposition, ne manquent jamais une occasion de dénoncer les engagements de l’alliance vivadiste.
“Van Quick” n’est pas assez incisif ?
En montrant publiquement les dents au PS, les libéraux flamands envoient un message aux électeurs du nord du pays : l’Open VLD ne lâche rien et défend les intérêts économiques de la Flandre. “Nous pensons que le départ d’Eva De Bleeker correspondait à une demande de son parti et d’Egbert Lachaert souligne un informateur fédéral. Vincent Van Quickenborne devrait être plus incisif en tant que vice-Premier ministre de l’Open VLD. “
Un barbecue au Premier
Et pendant ce temps dans l’exécutif fédéral ? Une réunion des poids lourds du gouvernement a été annoncée jeudi soir. La réforme des retraites (ainsi que le dossier Asile et Migration) était au menu. Face aux tensions entre le PS et l’Open VLD, les membres de la majorité avaient peu d’espoir d’une issue nocturne…
Le Premier ministre veut obtenir un accord d’été (retraites, emploi, etc.) pour le 21 juillet, fête nationale. Son cabinet a appelé les vice-premiers ministres à publier leurs samedis d’ici là afin qu’ils puissent se rencontrer et avancer sur les questions les plus brûlantes.
Ah, ce vendredi soir, un peu de détente… Les ministres vivaldiens ont rendez-vous à Brakel, en Flandre orientale, pour faire un barbecue à la charmante demeure d’Alexander De Croo. Autour de quelques brochettes et bouteilles de rosé, socialistes francophones et libéraux flamands pourront (tenter) de se réconcilier. ” Ça va pas être fou, l’ambiance, sur le barbecue d’Alexandre “, plaisante un socialiste.