États-Unis : Le droit à l’avortement se joue en ligne

C’est un conte qui ressemble à une dystopie, comme The Maid’s Tale. Cependant, c’est la réalité qui a touché les États-Unis il y a quelques semaines, lorsque la Cour suprême a contesté l’affaire Roe v. Wade, qui avait reconnu le droit à l’avortement sur tout le territoire depuis 1973. Avec cette décision, chaque Etat pourrait fixer ses propres règles sur l’avortement, le soumettre à certaines conditions, ou tout simplement l’interdire. Ainsi, dans l’Arkansas, le Mississippi, la Louisiane, le Texas ou le Wyoming, le droit à l’avortement est sur le point d’être interdit sans exception, même en cas de viol. “L’arrêt renvoie la question aux Etats fédéraux et ouvre la voie à de nombreuses années de lutte législative et judiciaire sur cette question”, a déclaré Anne Légier, docteur en civilisation américaine et professeur à l’université d’Aix-Marseille. Une décision qui mettrait en danger toutes les personnes enceintes, y compris celles qui souffrent de grossesses extra-utérines, d’avortements compliqués… les femmes enceintes”, ajoute-t-il.

Cette nouvelle a créé une vague de soutien dans le monde entier, qui nous a rappelé l’importance de protéger le droit à l’avortement. En France, la question de la constitutionnalisation de ce droit revient dans le débat public, tandis que des États-Unis nous recevons des histoires sordides, comme celle de cette enfant de 10 ans, enceinte d’un viol, contrainte de se faire avorter dans un autre État. Mais on a aussi vu beaucoup de tweets sur le web incitant les femmes à supprimer leurs applications de suivi menstruel, mais aussi à protéger leurs données personnelles si elles veulent se faire avorter. Dans une interview accordée au journal Le Monde, la directrice des frontières électroniques de l’Electronic Frontier Foundation, Eva Galperin, a déclaré : “Ma recommandation est que si une personne fait des recherches liées à l’avortement, elle utilise le navigateur Tor, qui est spécifiquement conçu pour cacher votre IP des sites que vous visitez. Il faut aussi anticiper ce qui peut arriver dans le futur. » Car dans notre société ultra connectée, la question numérique n’est pas à exclure quand on parle de droit à l’IVG.

Veuillez supprimer vos applications de suivi des menstruations dès que possible ! Des applications comme Flo vendent et vendront des données personnelles. Avec ce qui vient de se passer à la Cour suprême avec Roe vs Wade, c’est effrayant et cela n’aidera qu’à poursuivre les personnes qui croient qu’elles se font avorter et qui recherchent un avortement.

— La fille de Pluton (@__laurelluna) 4 mai 2022

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Pour menstrutech, l’examen de conscience sur le traitement des données personnelles

Bad times for menstruation, ces sociétés de nouvelles technologies liées à la menstruation, telles que les applications qui suivent les règles ou la fertilité. Très populaires, ils permettent aux utilisatrices de saisir certaines informations, comme les dates de début de leurs règles, l’intensité de leur flux, la fréquence des rapports sexuels, la libido ou encore les douleurs avant, pendant ou après le cycle. La plus célèbre de ces applications, Flo, compte plus de 100 millions d’utilisateurs dans le monde. Mais maintenant, de nombreuses femmes américaines craignent que ces outils ne soient utilisés contre elles dans le cadre d’un procès. Depuis plusieurs années, certaines de ces applications de santé sont accusées de revendre les données de leurs utilisateurs, et désormais on peut imaginer que ces derniers pourraient être réquisitionnés par les États. Même si ces outils fonctionnent dans la déposition et sont donc encore difficilement utilisables devant les tribunaux, ils peuvent faire partie d’un ensemble d’indices.

Pour Anne Légier, il faut penser plus largement : « A l’heure actuelle, la plupart des solutions proposées aux femmes résidant dans un Etat hostile à l’IVG sont accessibles via Internet, ce qui pose des problèmes de sécurité des données. Il y a eu beaucoup de buzz autour de ces applications pour suivre votre cycle menstruel, mais pensez plus largement. Données de navigation sur Internet ou données de géolocalisation d’un téléphone, photos téléchargées sur Internet, conversations par SMS avec un proche… autant d’éléments qu’un procureur jaloux pourrait utiliser pour monter un dossier d’inculpation. Il faut donc être prudent, mais il faut être réaliste : très peu de personnes ont les connaissances nécessaires pour protéger toutes leurs données. Une inquiétude que partage également Eva Galperin dans son interview au Monde : « On pourrait commencer à voir des États demander des données de géolocalisation, des données de santé, des contenus de communication. Et ils pourraient les utiliser pour créer un réseau pour trouver des personnes qui se rendent dans un autre État pour se faire avorter. [dans une clinique], ou commander vous-même des médicaments pour l’avortement. Sinistre.

flo avait peur parce que tout le monde supprimait son application pic.twitter.com/X51Ppjay54

– clé (@sadluvbug) 30 juin 2022

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La responsabilité des plateformes en jeu

Quand on parle de protection des données personnelles, on ne peut ignorer la part des grandes plateformes, GAFAM en tête. “Il est important que des entreprises comme Facebook, Twitter et Google réfléchissent au type d’informations qu’elles collectent et aux conditions dans lesquelles elles les communiqueront aux gouvernements”, a déclaré Eva Galperin au Monde. Données de localisation, messages privés, documents partagés… Pour les militants pro-avortement, les internautes doivent se protéger de leur propre smartphone. Le Fonds de défense numérique a publié sur son site Internet tout un guide lié à l’avortement, qui explique comment protéger vos données et effacer son historique en cas de recherche sur l’avortement.

Digital Defense Fund s’est associé à l’artiste @HazelMeadArt pour créer cette affiche et ces graphiques incroyables prêts à être partagés sur les réseaux sociaux pour vous aider à naviguer dans la sécurité numérique pour l’avortement et la confidentialité de la grossesse. Apprenez-en plus et téléchargez le kit sur notre site Web : pic.twitter.com/r9OXZyc28p

– Ne postez pas sur les crimes. (@KateRoseBee) 10 mars 2021

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Certaines plateformes tentent de proposer des solutions : par exemple, Google a annoncé le 1er juillet que son historique de localisation allait changer, supprimant automatiquement les visites de certains sites, comme les cliniques d’IVG ou les centres de fertilité, mais aussi les refuges contre les violences conjugales ou le poids. Cliniques de perte et de dépendance. De leur côté, Facebook et Instagram ont censuré des milliers de messages faisant la promotion des pilules abortives à travers le pays. Alors que la demande de pilules abortives et de pilules du lendemain a explosé aux États-Unis. Amazon a décidé d’imposer des montants d’achat maximum sur sa plateforme.

Une belle chaîne de solidarité

Par ailleurs, une mobilisation en ligne s’est créée depuis plusieurs semaines, sur Instagram, Twitter ou TikTok. De nombreux utilisateurs de ce dernier réseau social ont ainsi réalisé de courtes vidéos, plus ou moins codées, indiquant qu’ils pourraient aider et accueillir les femmes qui souhaitent se faire avorter. D’autres ont sorti les grimoires, vantant les mérites de certaines plantes considérées comme abortives. “Ces ‘solutions’ ou ‘life hacks’ proposés par des personnes qui ne sont pas de vrais professionnels de santé sur TikTok ou d’autres réseaux sociaux sont non seulement inefficaces, mais peuvent aussi être extrêmement dangereux, voire mortels !”, rappelle Anne Légier, qui appelle à la méfiance des ce qui peut être diffusé sur les réseaux sociaux. Il y a aussi le problème des Crisis Pregnancy Centers, ces organisations anti-avortement qui jouent sur une possible confusion avec les cliniques qui…

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