Annabelle Lengronne, sur la plage de l’hôtel Majestic, lors du Festival de Cannes, le 27 mai 2022. AUDOIN DESFORGES / PASCO POUR “LE MONDE”
“C’est moi qui dis : ‘Tu es gentil’. Ou pas !” “Un petit mais drôle de rôle pour un rappeur flirtant avec un garçon lors d’un concert”, s’amuse-t-il. En compétition officielle à Cannes, le jeune femme s’est fait un nom dans les premiers rôles au cinéma et à la télévision (la série Kitchen interna, qui sortira cet automne sur la 13e rue).
Sa vie est un creuset. Une mère biologique sénégalaise arrive à Paris, enceinte de trois mois et donne naissance à X. Un couple de français – elle est d’Auvergne, il est des Pyrénées – qui l’adopte et s’installe à Fort-de-France, en Martinique, où il a ouvert un salon funéraire (« Mon père faisait le tour d’Aimé Césaire »), et une fabrique de costumes. L’évocation de cette concordance provoque en elle un sourire gracieux. Enfin, elle a un frère cadet, Arthur, de trois ans son cadet, également adopté, qui travaille au port du Havre (Seine-Maritime). Famille unie et aimante. “C’est à travers les yeux des autres que j’ai appris qu’elle avait été adoptée”, déplore-t-elle.
“Beauté indéfinie”
Et parce que sa peau est très foncée, elle sera harcelée par d’autres enfants. “Il y avait un problème de colorisme à l’époque. On m’a dit : ‘Tu es noir’, alors qu’ils étaient tous noirs… “Je veux que les gens aient peur de moi.”
Le théâtre va commencer. Sur le plateau, découvre-t-il, on peut être ce qu’on veut… « Et là, on apprend à se découvrir. Le lycée théâtre en poche, elle et son père ont traversé les 8 000 milles de Paris pour trouver une école de théâtre en France métropolitaine. Son professeur l’envoie chez Laëtitia Guédon, une jeune réalisatrice dont le père est martiniquais. Elle, qui dirige aujourd’hui Les Plateaux Sauvages à Paris, se souvient du moment : « Nous avons eu une réunion dans un café. Je me souviens de cette apparition, d’une beauté indéfinissable et sans âge… Une star. »
Annabelle Lengronne, sur la plage de l’hôtel Majestic, lors du Festival de Cannes, le 27 mai 2022. AUDOIN DESFORGES / PASCO POUR “LE MONDE”
Suivant ses conseils, Annabelle Lengronne a testé le cours Claude Mathieu, qu’elle a réussi. Trois ans plus tard, à son départ, Laëtitia Guédon lui offre le rôle de Bintou, dans la tragédie de Koffi Kwahulé. Nous sommes en 2009. La pièce, jouée à Avignon, est remarquée. Un agent la contacte et commence l’histoire. Depuis, on l’a vu dans Mercuriales (2014), de Virgil Vernier, La Fine Equipe (2016), de Magaly Richard-Serrano, Filles de la Joie (2020), en trio avec Noémie Lvovsky et Sara Forestier…
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