Le jury a rendu son verdict. Triangle of Sadness de Ruben Östlund a remporté le prestigieux prix du festival. C’est la deuxième fois que le réalisateur reçoit ce prix.
De notre envoyé spécial à Cannes,
“Tous les membres ont été choqués par ce film.” Avec la deuxième Palme d’or décernée le 28 mai à Ruben Östlund, le Festival de Cannes a renouvelé son admiration pour l’art satirique féroce du réalisateur suédois. Triangle of Sadness (Unfiltered) tire des balles rouges sur les beaux et les riches réunis lors d’une croisière de luxe, symbole d’un capitalisme d’une violence folle.
“Nous n’avions qu’un seul objectif, essayer de faire un film qui intéresse le public et le fasse réfléchir. On voulait que le public se pose des questions », a confié un Ruben Östlund transcendé par le bonheur de remporter sa deuxième Palme d’or à 48 ans, cinq ans après sa consécration pour son tube populaire The Square, une satire sur l’hypocrisie. du monde de l’art contemporain.
Triangle of Sadness est une interprétation féroce et cruelle d’un système déraillé, incarné par des mannequins, influenceurs, trafiquants d’armes ou “merde”. “Un communiste est quelqu’un qui a lu le Capital de Marx. Un anticommuniste, c’est quelqu’un qui a compris ‘Le Capital'”, répond l’ancien capitaine anarchiste au milliardaire qui vient d’acheter par mégarde la croisière de luxe après un dîner qui se termine par une vague intense, des passagers ivres ou malades en mer et une franchise illimitée. . À ce stade, le système est éveillé, mais loin d’être menacé. Pour ce faire, le navire doit être attaqué par des pirates islamiques et les riches doivent tuer les croisiéristes sur une île déserte. Dépouillés de leur compte bancaire ou de leur compte Instagram, les riches perdent leur pouvoir. Commence alors la lutte des classes en transformant la vieille Madame Pipi en une nouvelle « dictatrice ». Après avoir provoqué de véritables éclats de rire chez les téléspectateurs dans les salles de cinéma, Ruben Östlund a visiblement convaincu le jury avec son mélange de comédie, de drame et de satire qui frôle souvent le dessin animé tournant dans le vide.
Au même moment, Östlund signalait au Grand Théâtre Lumière de revenir dans les cinémas. A l’image des projections sans masques obligatoires pendant le festival, pour lui, la pandémie de Covid semble terminée. En tout cas, il a embrassé chaque membre du jury, à commencer par le président Vincent Lindon avant d’embrasser également Asghar Farhadi, Rebecca Hall, Ladj Ly, Jeff Nichols, Deepika Padukone, Noomi Rapace, Joachim Trier et Jasmine Trinca.
Grand Prix, Prix du Jury ex-aequo…
Le Grand Prix a été décerné ex aequo à la réalisatrice Claire Denis pour Stars at Noon et au Belge Lukas Dhont pour Close. La réalisatrice française a remercié à juste titre son actrice principale, Margaret Qualley, la fille d’Andie MacDowell pour son rôle dans Sex, Lies and Video de Steven Soderberg, Palme d’or en 1989 : “Margaret, je l’ai vue ici pour la première fois à Cannes dans un film de Tarantino. »
Au cœur de ce thriller diplomatique qui se déroule au Nicaragua dans les années 1980, Margaret Qualley met sa beauté au service d’une histoire où son corps et son cœur occupent une place éminemment plus grande que l’histoire, au point qu’elle pourrait presque parler du festival. film plus sexiste. L’actrice américaine incarne une femme qui se fait passer pour une journaliste américaine, mais qui se démarque surtout parce qu’elle se prête au sexe avec les autorités politiques et militaires avec une facilité déconcertante. Tout cela pour récupérer son passeport confisqué pour des raisons inconnues. Ne pouvant quitter le pays, il rencontre et tombe amoureux d’un homme d’affaires anglais, aussi beau et riche que mystérieux. Et bien sûr, c’est là que de sérieux problèmes commencent à surgir…
“Fermer”, plaide-t-il pour une nouvelle masculinité
Recevant son Grand Prix, Lukas Dhont, 31 ans, s’est ému et a pleuré en faisant une déclaration d’amour à sa mère pour “me montrer l’incroyable impact que peut avoir le cinéma”. Après la Caméra d’Or pour Girl en 2018, la cinéaste belge a encore secoué la Croisette. Close est un portrait presque impressionniste d’une rupture entre deux garçons jusque-là si proches que des écolières commencent à se demander s’ils sont en couple. Le réalisateur suit alors les soucis et les sursauts des âmes d’une enfance qui finit par provoquer une rupture dramatique entre amis. La force (et la faiblesse) du film réside dans l’exploration de la banalité des gestes qui accompagnent cette transformation radicale. Respectant l’énigme de la vie intérieure des garçons, la caméra nous ramène à nos propres expériences et fantasmes sur la mue pendant la jeunesse. And Close est surtout le portrait d’une masculinité naissante basée sur les désirs et la tendresse au lieu de produire des images traditionnelles avec des hommes au combat.
Song Kang Ho, après “Parasite”, le prix d’interprétation pour “Broker”
Dans une sensibilité très proche se trouve la performance de Song Kang Ho (qui nous avait amusés en tant que père d’une famille d’imposteurs dans Parasite de Bong Joon-Ho), un prix d’interprétation masculine pour son rôle d’enfant voleur qui s’est lancé dans le trafic de bébés. . . Dans Les Bonnes Étoiles (Broker), du cinéaste japonais Hirokazu Kore-eda, il parvient à capter l’irrésistible désir du réalisateur d’inverser les rôles et de questionner notre vision de l’adoption, mais aussi de la masculinité et de la paternité. .
La consécration de l’actrice iranienne Zahra Amir Ebrahimi
Quant à Zahra Amir Ebrahimi, l’actrice iranienne incarne magistralement le portrait implacable de l’Iran réalisé sous forme de thriller par le réalisateur danois d’origine iranienne Ali Abbasi. Dans Holy Spider, il donne une force et une détermination impressionnantes à son rôle de journaliste enquêtant sur le meurtre de 16 prostituées dans la ville sainte de Mashhad. Son prix d’actrice à Cannes est aussi une fabuleuse reconnaissance pour elle après une carrière très intense. En 2008, elle a été forcée de quitter son pays d’origine après un scandale sexuel. “Ce film parle des femmes, de leur corps. Ce film est plein de haine, de mains, de seins, de tout ce qu’on ne peut pas montrer en Iran. Merci Ali Abassi d’avoir été si fou, si généreux”, a-t-il déclaré lors de la cérémonie de remise des prix.
“Boy from Heaven”, une lutte sans merci entre pouvoirs religieux et politiques en Egypte
Le réalisateur suédo-égyptien Tarik Saleh est surtout connu pour son film Le Caire confidentiel, qui décrit la situation avant la révolution de 2011. Lors de sa première apparition au Festival de Cannes, il a remporté le Prix du scénario pour son thriller Boy from Heaven. Cette histoire bien ficelée met en lumière une lutte impitoyable entre les pouvoirs politiques et religieux à l’Université Al-Azhar, le cœur de l’islam sunnite. Dans une Egypte tiraillée entre des intrigues au plus haut niveau, la vie d’un homme cède la place à la raison d’Etat.
“Hi-Han”, le film aux six ânes de Jerzy Skolimowski
Le Prix du Jury a été décerné à deux films ex aequo. Les Huit Montagnes (Le Otto Montagne), des Belges Charlotte Vandermeersch et Felix Van Groeningen, raconte l’histoire de deux amis séparés par la vie, mais où chacun trouve son essence dans la montagne.
Avec EO (Hi-Han), l’autre prix du jury, Jerzy Skolimowski nous emmène dans un nouveau monde cinématographique. Pour la quatrième fois au Festival de Cannes, le réalisateur polonais de 84 ans a d’abord remercié “les six ânes” pour son film avant de saluer le public d’un “hi-han” fraternel. En fait, son nouveau travail nous apprend à regarder notre monde commun à travers les yeux, les oreilles et les humeurs d’un âne. Ce sont ses impressions qui provoquent les images et les effets sonores du film et nous guident à la croisée de cette histoire racontée comme une nouvelle forme de cinéma en gestation.
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