C’est un retour raté. Après un arrêt de trois ans à Barcelone, Manuel Valls espérait retrouver la tête de la vie politique française. Les électeurs de la métropole et de Monaco en ont décidé autrement : l’ancien Premier ministre a été durement touché ce dimanche lors du premier tour des législatives dans la 5e circonscription des Français résidant à l’étranger. Renversé par la majorité présidentielle, l’ancien socialiste est troisième avec 15 % des voix.
Il est devancé par le candidat du Nupes Renaud Le Berre, arrivé premier (27%) mais aussi et surtout par Stéphane Vojetta, le député sortant et candidat dissident de LREM (25%). “Si la dissidence et la division ont semé la confusion, je ne peux pas ignorer mon score et le fait que ma candidature n’a pas convaincu”, a réagi Manuel Valls sur Twitter dimanche soir.
Vojetta dissidente : “Mon parti a fait une erreur en y investissant”
Aussi importante soit-elle, cette défaite que beaucoup ont vue venir en Espagne n’est qu’une demi-surprise. La candidature de Manuel Valls a été mal accueillie par les militants LREM en Espagne qui n’y ont vu qu’un parachute en contradiction avec les principes fondateurs du parti. “Manuel Valls n’a pas de racines locales, il n’a jamais approché les membres de la Marche de l’Espagne. Sa candidature est allée à l’encontre de la première promesse de Macron, qui était de renouveler la politique », a déclaré Gaëlle Legrand, une sympathisante de Stéphane Vojetta. Installé à Madrid depuis 20 ans, l’homme qui a tué l’ancien député de l’Essonne a profité de ses liens étroits avec la communauté des expatriés. “Mon score montre que les Français de l’étranger veulent un député bien installé, un député local. Je suis fier d’avoir maintenu ma candidature et d’avoir dit non à une mauvaise décision. Mon parti a eu tort d’investir dans Manuel Valls”, a réagi le Parisien, désormais favori pour le second tour. “J’attends juste que ma famille politique exprime son soutien à ma candidature dès que possible. »
La défaite de Manuel Valls n’a pas surpris le vainqueur du premier tour, Renaud le Berre, candidat de Nupes, d’Europe Ecologie les Verts. « Les électeurs ne veulent pas de frappes aériennes. Je vois aussi que plus on s’éloigne de Barcelone, meilleur est son score. C’est en fait chez lui, à Barcelone, où Manuel Valls souffre le plus, alors qu’à Lisbonne il était premier.
“Macron a peut-être voulu défaire Valls”
A une semaine du premier tour des législatives en France, cette défaite de Manuel Valls sonne comme un avertissement à la majorité présidentielle alors qu’Emmanuel Macron avait personnellement approuvé la candidature de l’ancien maire d’Evry. Certains ont du mal à ne pas voir un mauvais coup du président « Peut-être que Macron voulait se débarrasser de Valls. Il était risqué de l’envoyer en Espagne. La plupart auraient dû savoir que c’était très impopulaire ici”, analyse un socialiste expatrié à Barcelone.
S’il a aussitôt appelé à bloquer le candidat du NUPES au second tour, Manuel Valls est resté énigmatique sur son avenir. “Une élection est un moment de vérité. C’est à moi d’en tirer lucidement les conséquences. La vie est assez belle pour tourner les pages en silence. »
“Au revoir Twitter…”, a-t-il écrit quelques minutes plus tard avant de supprimer son compte sur les réseaux sociaux. L’ancien premier ministre a-t-il l’intention de se retirer de la vie politique ? Difficile à imaginer pour quelqu’un qui a souvent dit qu’il ne pouvait pas imaginer sa vie sans politique.