“Nous sommes très heureux d’avoir retiré un patient de la liste d’attente”, a déclaré l’urologue François Gaudez à franceinfo jeudi 26 mai. Il fait partie de l’équipe hospitalière Saint-Louis de l’AP-HP (Assistance Publique Hospitalière des Hôpitaux de Paris) qui a transplanté un rein déjà greffé sur un premier patient il y a dix ans. Selon lui, “un rein peut facilement vivre jusqu’à 80 voire 90 ans”, mais cette “performance” doit rester “un épiphénomène”. “Malheureusement, les retransplantations ne représenteront pas un nombre colossal d’échantillons.”
franceinfo : un rein est-il transplantable indéfiniment ?
François Gaudez : Non, nos reins ont une durée de vie limitée puisque nous ne pouvons pas vivre jusqu’à 200 ans, mais on estime qu’un rein peut facilement vivre jusqu’à 80 voire 90 ans. Ici, la situation était exceptionnelle. Les reins sont généralement prélevés sur des patients atteints de mort cérébrale qui n’ont jamais subi de greffe. Cette fois, nous avions un donneur décédé après un arrêt cardiaque qui avait une greffe de rein parfaitement fonctionnelle. Nous pensions pouvoir le récupérer et le transplanter sur une tierce personne.
Cette réutilisation d’un greffon peut-elle être une solution au manque de don d’organes ?
C’est plutôt une performance que nous avons réussi à faire. Je pense que cela continuera d’être un épiphénomène. Selon votre groupe sanguin, le temps d’attente peut aller jusqu’à sept ou huit ans pour un rein.
“Nous sommes très heureux d’avoir retiré un patient de cette liste d’attente car c’est toujours un exploit, mais les greffes d’organes déjà greffés pour la première fois ne représenteront malheureusement pas un nombre colossal de prélèvements.
François Gaudez, urologue à l’hôpital Saint-Louis de Paris
un franceinfo
Est-il difficile de transplanter un greffon qui a déjà été utilisé ?
Absolument. Prélèvement d’un organe qui a déjà été greffé est techniquement beaucoup plus difficile. Très schématiquement, un greffon se confond avec le corps d’un receveur. Par conséquent, sa récupération nécessite une technique chirurgicale très particulière pour éviter de l’endommager. De plus, un greffon est un organe vascularisé avec une artère et une veine. Ce sont des éléments très fragiles et leur dissection est très sensible. Là, nous avons eu la chance de pouvoir le récupérer sans l’abîmer. Il était parfaitement fonctionnel, anatomiquement parfait et pouvait être retransplanté dans le nouveau receveur quelques jours plus tard. L’opération a été très facile.
Les greffes de rein sont-elles courantes en France ?
C’est une opération parfaitement codée car en France on en fait 3 500 par an et les résultats sont très bons. Nous savons donc à l’avance que cela fonctionnera. Aujourd’hui, il est réalisé par des équipes parfaitement formées et formées. La greffe de rein fonctionne parfaitement.