Grêle au sud-ouest : la galère des sinistrés face à la pénurie de tuiles

“J’ai 92 ans, c’était la première fois que…

“J’ai 92 ans, c’était la première fois que je voyais un tel orage”, raconte Robert Bourrinet, basé à Blanquefort, en Gironde. C’était impressionnant, j’avais l’impression que la maison allait s’effondrer ». Au-delà de la surprise, le jeune de 19 ans a vite compris qu’il n’était pas au bout de ses peines. Rapidement, un toit a installé une bâche sur son toit. Mais pour une réparation durable, comme il déplore une cinquantaine de tuiles cassées, il faudra patienter : “Chez Leroy Merlin il n’y avait plus de tuiles”, dit-il. La toile n’est pas une vraie sécurité. Ça ne me rassure pas quand il pleut. J’ai hâte que les tuiles arrivent. »

“Plus de stock”

Le cas de Robert Bourrinet est loin d’être isolé. De la Gironde aux Pyrénées-Atlantiques, en passant par la Dordogne, la Charente, les Landes et le Lot-et-Garonne, des milliers d’individus sont confrontés au même problème. Dans les magasins Leroy Merlin et Point P, principaux fournisseurs de carrelage, les stocks sonnent vides. Interrogés, les managers des deux marques n’ont pas répondu à nos demandes d’interview. Mais quand on interroge les vendeurs de diverses boutiques, dans les environs de Bordeaux et de Pau, le constat est implacable.

“Nous n’avons plus de tuiles”, déplore l’un d’eux. Cela se produisait déjà avant les tempêtes, et ce qui vient de se passer n’aide pas. “Cette pénurie est la même partout, assure un autre vendeur. Il n’y a plus de stock nulle part.” Dans les magasins, les gens n’ont pas faibli depuis mardi : “La demande est énorme, confirme un vendeur. Un flux continu de clients, plus d’une centaine”. par jour. Pour ne rien arranger, la pénurie s’est propagée, à son tour, aux bâches, désormais quasiment introuvables…

Hausse des prix du gaz

Face à l’impossibilité de se mettre au travail, les individus sont généralement philosophes : « Les gens le savent sérieusement mais fatalement », observe un vendeur. “Il y a aussi de la gêne”, ajoute un autre. Un sentiment compréhensible, quand on ne leur offre aucune perspective : « On ne sait pas quand ils vont nous livrer, poursuit le commerçant. Nous avons des prévisions de livraison mais elles sont erronées. Et nous n’avons pas de liste d’attente. Il est le premier arrivé, le premier servi… »

Comment expliquer ce manque ? Comme pour beaucoup d’autres matériaux utilisés dans les travaux, le manque de tuiles n’est pas nouveau : « C’est un phénomène généralisé depuis plus d’un an, précise Laurent Debord, délégué général de la Fédération française du bâtiment en Gironde. Au départ, elle était liée à la crise du Covid-19, avec des confinements interrompant la production. Sur les tuiles, cette pénurie au printemps a été annoncée car à un moment les producteurs ont arrêté les fours car l’énergie, notamment le gaz qui permet de chauffer les fours, avait atteint des prix trop élevés. Ils perdaient donc de l’argent. Ils ont finalement été remis en service, mais pas suffisamment pour répondre à la demande. »

Des tensions jusqu’en 2023 ?

L’un des plus grands centres de production de tuiles de France est situé en Charente, à Roumazières-Loubert. Pour Bruno Hocdé, directeur de Terreal, les difficultés actuelles sont liées à « un fort dynamisme dans la construction après le Covid. Nous sommes confrontés à une forte demande et nous ne sommes pas en mesure de fournir instantanément ». Dans son usine, “depuis quelques semaines maintenant”, une des lignes de production a été arrêtée, “au moment où nous renégocions les prix avec les clients et achetons du gaz à un prix raisonnable”. Si le site fonctionne désormais “à pleine capacité, sept jours sur sept et 24 heures sur 24”, les délais de livraison, avant “une à deux semaines”, sont désormais “de deux mois…”.

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