Guerre en Ukraine : accord des Vingt-Sept pour l’embargo sur le pétrole russe

Cet embargo sur le pétrole brut en 6 mois et les produits raffinés en 8 mois est la mesure clé mais aussi la plus épineuse du sixième paquet de sanctions contre la Russie jusqu’ici bloqué par la Hongrie.

Les chefs d’Etat et de gouvernement réunis au sommet de Bruxelles ont donné leur feu vert à la suppression progressive des importations de pétrole russe transporté par bateau, soit les 2/3 des achats européens. Une exemption temporaire est prévue pour le pétrole transporté par pipeline, afin de lever le veto de Budapest.

“Cela coupera une source majeure de financement de la machine de guerre russe”, a tweeté le président du Conseil européen, Charles Michel.

Berlin et Varsovie se sont engagés à arrêter leurs importations via l’oléoduc Druzhba, avec un total de 90% des exportations de pétrole russe vers l’UE interrompues d’ici la fin de l’année, ont déclaré la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le président français Emmanuel. Macron.

Il sera alors question de prolonger l’embargo sur les livraisons par pipeline « dès que possible » sans fixer de délai.

“La Russie choisit de poursuivre sa guerre en Ukraine. En tant qu’Européens, unis et solidaires avec le peuple ukrainien, nous prenons ce soir de nouvelles sanctions”, a tweeté Macron, qui assure la présidence du Conseil de l’UE.

Plus tôt dans la journée, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a appelé les dirigeants européens à “cesser les combats” pour approuver rapidement le sixième paquet de sanctions.

“Les combats en Europe doivent cesser (…), l’Europe doit montrer sa force. Car la Russie ne comprend que l’argument de la force”, a déclaré le dirigeant ukrainien en visioconférence.

Sberbank exclut Swift

Budapest avait conditionné son feu vert aux garanties de sa sécurité énergétique. Lors du sommet, le Premier ministre hongrois Viktor Orban avait appelé à des garanties en cas de coupure du gazoduc Druzhba alimenté par son pays via l’Ukraine.

Il a exigé que son pays soit approvisionné en pétrole russe par voie maritime si l’arrivée d’un gazoduc était stoppée. “C’est la garantie dont nous avons besoin”, a déclaré M. Orban.

La Hongrie, pays enclavé sans accès à la mer, dépend à 65% de sa consommation de pétrole transporté par Druzhba. Il s’était opposé à la proposition initiale d’embargo, à moins qu’elle ne bénéficie d’un délai d’au moins quatre ans pour sa mise en œuvre, et d’environ 800 millions d’euros de financements européens pour adapter ses raffineries.

Mme von der Leyen a estimé que la capacité du gazoduc Adria, qui alimente également la Hongrie via la Croatie, pourrait être augmentée par un retard “d’environ 45 à 60 jours” et des “investissements”, qui n’ont pas été quantifiés.

L’unanimité est requise pour l’adoption des sanctions. Le feu vert politique des dirigeants doit encore donner lieu à des pourparlers mercredi entre les ambassadeurs des Vingt-Sept, afin de finaliser l’accord.

Des négociations commenceront alors pour arrêter les importations via Druzhba (1/3 des approvisionnements européens), la branche nord desservant l’Allemagne, l’Autriche et la Pologne, et la branche sud en Hongrie, République tchèque et Slovaquie.

Prague avait demandé une période d’adaptation de dix-huit mois pour les produits raffinés qui a été acceptée, selon le Premier ministre belge Alexander De Croo. Celles demandées par la Slovaquie et la Bulgarie (deux ans chacune) sont toujours en discussion, selon une source européenne.

En négociation depuis un mois, le nouveau paquet de sanctions prévoit également une extension de la liste noire de l’UE à une soixantaine de personnalités, dont le chef de l’Église orthodoxe russe, le patriarche Cyrille.

Il comprend l’exclusion de trois banques russes du système financier international Swift, dont Sberbank, la plus grande institution du pays.

Les dirigeants ont également approuvé l’octroi de 9 milliards d’euros au gouvernement ukrainien pour couvrir ses besoins immédiats de trésorerie pour faire fonctionner son économie.

Kyiv a estimé ses besoins à 5 milliards de dollars par mois. Le financement européen prendra la forme de “prêts à long terme” avec des taux d’intérêt bonifiés, a indiqué une source européenne.

Le sommet de deux jours doit également aborder mardi la transition énergétique du continent pour se passer du gaz russe et de la crise alimentaire liée à la guerre ukrainienne, qui menace particulièrement le continent africain.

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