Guyane : La fusée Vega-C, petite sœur d’Ariane 6, va décoller de Kourou

Vega-C, une évolution musclée de la fusée italienne Vega, devrait effectuer mercredi son premier lancement depuis Kourou, en utilisant des éléments communs avec sa grande sœur Ariane 6 pour permettre à l’Europe d’être plus compétitive sur un marché des satellites en plein essor.

A l’étranger le 1 avec AFP • Publié le 11 juillet 2022 à 11h41, mis à jour le 11 juillet 2022 à 11h47

Le tournage, appelé qualification, est prévu à 11h13 GMT depuis la base spatiale guyanaise sous l’égide de l’Agence spatiale européenne (ESA). Il doit permettre deux heures plus tard de mettre en orbite à 6 000 kilomètres d’altitude diverses charges utiles scientifiques, dont LARES-2, une sphère servant à étudier l’effet de la gravité en orbite.

Vega-C, pour « Consolidation », selon son principal contractant industriel, l’italien Avio, est une version améliorée du lanceur léger Vega, tiré 20 fois (avec deux erreurs) depuis 2012. « Le vol inaugural marque le début d’une La nouvelle ère, c’est le début de la nouvelle famille des lanceurs européens”, s’enthousiasme Daniel Neuenschwander, directeur des transports spatiaux de l’ESA. “C’est aussi une étape pour Ariane 6 : le booster est un élément clé de l’A6 et va voler”, ajoute Stéphane Israël, président d’Arianespace, la société chargée de l’exploitation commerciale de Vega et d’Ariane.

En effet, le P120C sert à la fois d’étage principal pour Vega-C et de renfort pour Ariane 6. Ainsi, l’Europe dispose de modules communs pour ses futurs poids léger (Vega-C), moyen (Ariane 6 équipée de deux boosters) et lourd (Ariane 6 version quatre renforts). Tous ces programmes ont été lancés en même temps en 2014. Le premier vol d’Ariane 6 a été reporté à 2023.

Avec ses performances les plus élevées, Vega-C peut adresser 90% du marché des satellites en orbite basse à quelques centaines de kilomètres d’altitude, contre la moitié de Vega, selon Avio. Face à une concurrence féroce, notamment de la part de l’américain SpaceX, les nouveaux lanceurs arrivent au bon moment : plus de 17.000 satellites doivent être lancés en 2031, soit 4,5 fois plus qu’au cours de la dernière décennie, selon le cabinet spécialisé. Euroconsult. Parmi eux, une grande majorité de petits satellites (moins de 600 kg) envoyés en orbite basse.

A 35 mètres de haut, Vega-C est légèrement plus haut et plus large que Vega, et pourra placer des satellites d’un poids total de 2,2 tonnes sur une orbite polaire de référence à 700 kilomètres d’altitude, contre 1,5 tonne par Vega. Pour ce faire, la plupart des étages de la fusée ont été dopés. Le premier étage -ou principal-, le P120C, est un propulseur complet de 144 tonnes de propergol solide, contre 88 pour Vega. Le deuxième étage, le Zephiro 40, est également nouveau et plus puissant, tandis que le troisième étage, le Zephiro 9, reste le même. Quant au quatrième étage -ou étage supérieur-, le module Avum+, “a été doté de nouvelles fonctionnalités pour augmenter la durée de la mission”, a déclaré Alessandro Tamburini, responsable d’Avio lors d’une récente visite à Kourou. Redémarrable, il permet de placer les satellites sur différentes orbites avant de se mettre en orbite afin de ne laisser aucun résidu dans l’espace.

La guerre en Ukraine a fait craindre une rupture de la chaîne d’approvisionnement : les moteurs des modules Avum sont fabriqués à Dnipro, au sud-est de Kyiv, par le Yuzhnoye Design Office. “Il n’y a pas d’inquiétude sur la continuité des vols. Avio a accumulé des stocks stratégiques et réfléchit à des alternatives”, selon Stéphane Israël. L’opération est “assurée à moyen terme”, rassure également Daniel Neuenschwander.

Si la situation persiste, l’ESA prévoit d’adapter les moteurs existants pour Avum+. “Et nous travaillons sur le nouveau moteur M10 pour Vega-E, nous regardons l’anticipation du programme Vega-E”, actuellement prévu pour 2026, a-t-il précisé. Suite à ce lancement inaugural, le manifeste de la fusée italienne comprend neuf lancements (sept pour Vega-C et deux pour Vega), selon Arianespace. L’ESA prévoit quatre à six versions par an. Douze pays contribuent au programme Vega, menés par l’Italie qui apporte 52% des contributions financières.

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