Trente-trois ans plus tard, commémorations censurées en Chine. Des policiers en tenue anti-émeute ont pris d’assaut un rassemblement vendredi, évacuant des centaines de manifestants par camion Des policiers en tenue anti-émeute ont pris d’assaut un rassemblement vendredi, évacuant des centaines de manifestants par camion. Les reporters de l’AFP ont vu au moins une demi-douzaine de personnes emmenées par la police, dont le militant de la Ligue sociale-démocrate (LSD) Yu Wai-pan, un parti politique pro-démocratie sous les projecteurs des autorités.
Ils avaient prévenu que toute participation à des “rassemblements non autorisés” serait punie de cinq ans de prison. Notamment autour du parc Victoria, fermé samedi, qui a été le théâtre jusqu’en 2019 de veillées géantes aux chandelles à la mémoire de Tiananmen. Le soir, de nombreux passants dans le parc ont allumé les lumières de leurs téléphones portables, incapables d’allumer des bougies. La police les a appelés à haute voix pour les éteindre, les avertissant qu’ils enfreignaient la loi.
Appareils de reconnaissance faciale dans la rue
Le 4 juin 1989, le régime communiste chinois a réprimé des manifestants pacifiques avec des chars et des troupes qui occupaient l’emblématique place de Pékin depuis des semaines pour exiger un changement politique et la fin de la corruption systémique. L’écrasement du mouvement avait fait des centaines de morts, plus d’un millier selon certaines estimations. Depuis, les autorités chinoises tentent d’effacer Tiananmen de la mémoire collective. Les manuels d’histoire n’en parlent pas, les discussions en ligne sont systématiquement censurées.
A Pékin, les autorités ont installé des dispositifs de reconnaissance faciale dans les rues menant à la place. La police a procédé samedi à des contrôles d’identité exigeants. S’il a toujours été tabou en Chine d’évoquer les événements de 1989, Hong Kong a fait exception jusqu’en 2020. Pékin a alors imposé une loi draconienne sur la sécurité nationale à la région semi-autonome pour étouffer toute dissidence, à la suite d’énormes manifestations contre la démocratie depuis 2019. Depuis, les autorités locales s’emploient également à effacer toute trace de la mémoire de Tiananmen.
T-shirt noir et chrysanthème
Samedi soir, Yu et deux autres membres du LSD sont arrivés dans le quartier commerçant animé de Causeway Bay et sont restés silencieux, avec des masques avec des croix sur la bouche. Ils ont été fouillés par la police puis relâchés, et Yu a de nouveau été arrêté quelques minutes plus tard alors qu’il s’approchait du parc Victoria. Un ancien dirigeant de l’Alliance de Hong Kong, l’association qui organisait les veillées, était entouré de ses agents alors qu’il se promenait dans le quartier avec un bouquet de roses rouges et blanches à la main, et son sac a été fouillé.
“Le gouvernement a très peur d’une éventuelle manifestation”, a déclaré à l’AFP Dorothy, une Hongkongaise de 32 ans. La fin de la veillée est “une grande perte pour la société”, déplore-t-il. Une femme de Hong Kong a déclaré à l’AFP qu’elle avait allumé une bougie chez elle et placé une réplique de la “déesse de la démocratie”, la statue symbole du mouvement Tiananmen, sur le porche d’une fenêtre.
Avis aux consulats
Les vigiles avaient déjà été interdites en 2020 et 2021 au nom de la lutte contre le Covid, puis en septembre dernier l’Alliance de Hong Kong a été dissoute, son Musée a été démantelé le 4 juin, ses dirigeants ont été arrêtés. Le manque de clarté sur ce qui est légal ou non a également conduit ces derniers mois six universités de Hong Kong à développer des mémoriaux de Tiananmen érigés sur leurs campus.
Samedi soir, les fenêtres du consulat américain et du bureau de l’Union européenne (UE) étaient éclairées à la lueur des bougies. L’UE “reste toujours solidaire des défenseurs des droits de l’homme du monde entier”, a écrit ce dernier sur Twitter (qui est bloqué en Chine), postant une photo de dizaines de bougies sur le rebord de la fenêtre.
Auparavant, le secrétaire d’État américain Antony Blinken avait rendu hommage sur Twitter aux “courageux manifestants” qui avaient “réclamé pacifiquement la démocratie” à Tiananmen : “malgré la suppression des monuments commémoratifs et les tentatives d’effacement de l’histoire, nous avons fait en sorte que notre mémoire soit honorée en promouvant le respect de droits de l’homme partout où ils sont menacés ».
Poursuivre l’esprit de Tiananmen
En réponse, un porte-parole du bureau du ministère des Affaires étrangères de la ville a déclaré qu’il “rejette fermement” les déclarations. “Son spectacle politique s’est ingéré dans les affaires intérieures de la Chine sous le couvert des droits de l’homme et de la liberté, et a contaminé les droits de l’homme et l’état de droit à Hong Kong pour inciter” à l’hostilité et à l’hostilité. ” Amnesty International a organisé samedi une veillée dans 20 villes autour du monde samedi. A Melbourne, “nous voulons que cet esprit perdure pour toujours”, a-t-il déclaré. Frank Ruan, un ancien manifestant de la place Tiananmen qui s’est dit chanceux d’avoir survécu.
A Taipei, Connie Lui, une employée d’hôpital de 65 ans qui a quitté Hong Kong il y a un an et demi en raison de la situation politique, a déclaré à l’AFP que “c’est le seul endroit où nous pouvons venir maintenant”. au nom de tous mes amis à Hong Kong qui ne peuvent pas être présents.” “La mémoire collective du 4 juin à Hong Kong est systématiquement effacée”, a déclaré la présidente taiwanaise Tsai Ing-wen, “des mesures aussi grossières et déraisonnables ne peuvent effacer la mémoire du peuple”.