Difficile de faire plus de contraste. D’un côté, Jazz Middelheim, un festival chic et luxueux situé dans le magnifique et un peu étouffant Parc Den Brandt à Anvers. De l’autre, Iggy Pop. A 75 ans, “l’iguane”, comme il se surnomme, parcourt encore les scènes du monde à moitié nu, criant à la folie devant un public multigénérationnel et survolté. On l’aurait imaginé dans Rock Werchter ou Pukkelpop. Middelheim a remporté la batterie et a offert Iggy en mode “intime” à un public de pas plus de 5 000 âmes.
Il n’y a aucun moyen d’échapper au Duvel
Le samedi, dès l’ouverture du lieu, on a du mal à imaginer les tubes volontairement cochons des Stooges (le groupe de Mr. Pop de 1967 à 1974) déferler sur le parc. Un magnifique château est à deux pas de la scène. Le fossé censé le protéger des barbares (ou des punks) est sec – météo oblige – et l’élite de la société anversoise enchaîne les Duvels au soleil, bavardant poliment. L’ambiance est curieusement bohème. Des familles ont fourni nappes et sièges, deux quadragénaires lisent tranquillement un livre à l’ombre, et de petites files se forment doucement devant des food trucks végétariens, tandis que Tom Barman et Antoine Pierre assurent le niveau jazz avec leur projet Taxiwars.
Iggy a retrouvé sa voix
L’ambiance bohème et petite bourgeoise prend son premier coup à 19h30, lorsque Thurston Moore monte sur scène. Plus sobre qu’Iggy, mais tout aussi brutal en matière de Rock’n’roll, l’ancien guitariste de Sonic Youth ne s’embarrasse pas de détails et balance des chansons longues, parfois planantes, parfois explosives, bruyantes. La transition idéale pour arrêter de brandir l’alibi du “jazz” et accepter le fait que, ce soir, tout le monde va pogoter. Iggy n’est plus très jeune, il y a quelques semaines, cette vieille icône indestructible a même été contrainte d’annuler deux dates, faute de votes, en Italie et en Autriche. Mais ce samedi, à 21 heures, l’icône a visiblement retrouvé tout son éclat.
Le micro dans le slip
On ne sait pas si la demande vient du festival, mais le mec monte sur scène avec une veste… qui reste cinq minutes sur ses épaules. Deux cors ont été ajoutés aux claviers, basse, guitare et batterie pour le rendre plus chic, mais avouons-le : Iggy est né et mourra punk. Le gars fait son apparition sur “Five Foot One” et laisse les chiens hors du jeu avec deux hymnes des Stooges : “TV Eye” et “I Wanna Be Your Dog”. Folie, carnage, transpiration. Iggy aime son public, il livre exactement ce qu’il veut entendre. “The Endless Sea” précède un diptyque dantesque : la séquence de “Lust For Life” et “The Passenger”. Le son est pourri mais on s’en fout, cela renforce l’esprit punk du set. “Il y a longtemps j’étais jeune, pauvre et sale” lancer notre hébergeur “.je suis toujours sale“.
“Un jour je mourrai aussi”
L’Iguane n’est pas le seul septuagénaire à ne rien lâcher, le récent concert des Stones au Stade Roi Baudouin en est la preuve, mais Mick Jagger ne passe pas son temps à se rouler par terre, et il ne rangez l’un ou l’autre des microphones avec le slip entre les pièces, tout cela peut sembler ridicule, mais c’est magnifique, sincère, authentique. Après ‘James Bond’, ‘Sister Midnight’ et ‘Free’, Iggy rend hommage à ses Stooges, les défunts frères Ron et Scott Asheton, décédés en 2009 et 2014.”Un jour je mourrai aussi», lâche-t-il, avant de reprendre au public le peu de dignité qu’il lui restait en lâchant « Gimme Danger », « I’m Sick Of You » et « Search and Destroy ». A ce stade, le contrat est largement rempli. mais Iggy revient sur scène avec l’anthologie « Nightclubbing », « Down On The Street » et « Fun House ». Ne meurs pas Iggy, on a trop besoin de toi ici.