La cloche de l’école sonnera une dernière fois, avant une longue pause bien méritée. Ce jeudi 7 juillet, les vacances d’été commencent dans toutes les académies de France. Pendant près de deux mois, des millions de Français emprunteront la route, le chemin de fer ou les airs, direction la mer, la campagne ou encore la montagne, s’invitant parfois à des scènes de carte postale.
Si certains se serrent la ceinture à cause de l’inflation, d’autres ne se poseront même pas la question de leur budget plage ou hébergement, faute de pouvoir partir. Comme chaque année, été ou non, des millions de Français ne connaîtront pas en 2022 l’expérience de partir en vacances (défini par l’Organisation mondiale du tourisme comme tout séjour de loisirs d’au moins quatre nuits consécutives hors de chez soi).
Un Français sur quatre ne part pas
Chaque année, environ quatre Français sur dix sont privés de vacances. Ainsi, 37 % des personnes interrogées ont déclaré ne pas être parties du tout en 2019, selon une enquête du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc) publiée en juin dernier. Sous l’effet de la crise du Covid-19, ce chiffre a atteint jusqu’à 51 % en 2020 et 46 % en 2021. « Historiquement, on navigue autour de 40 % », résume le sociologue Bertrand Réau, spécialiste du tourisme.
Par rapport à nos voisins européens, les Français sont plus enclins à rester chez eux. Selon le Crédoc, où 40 % d’entre eux n’étaient pas partis en vacances en 2013, seuls 36 % des Italiens et des Belges en avaient fait autant. La même année, 27 % des Britanniques et 25 % des Allemands se sont abstenus.
Sans parler des vacances de plusieurs jours, de nombreux Français sont également exclus des séjours simples avec au moins une nuit hors de chez eux. Selon l’INSEE, 21 % de la population métropolitaine âgée de 15 ans et plus n’a participé à aucun de ces séjours de loisirs en 2019, soit 11 millions de personnes. Cette part a atteint 27% en 2020, soit 14 millions de personnes.
Les ménages à faible revenu sont les plus touchés
Partir ou non en vacances est très souvent lié à des inégalités de niveau de vie. Ainsi, en 2019, 53 % des ménages modestes ne sont pas partis dans l’année, contre seulement 18 % des ménages aisés, selon le Crédoc. Les vacances et les loisirs sont, “chaque année depuis près de quarante ans”, le poste de dépenses auquel les Français déclarent se limiter en priorité, souligne le centre de recherche.
Cette tendance se reflète dans le taux de non-départs en voyage d’agrément, par exemple pour un week-end. En 2019, parmi les ménages les moins aisés, 46 % des personnes ne sont pas sorties une seule nuit, selon l’Insee. Chez les ménages les plus aisés, ce taux n’était que de 9 %.
“Ces inégalités ont peu évolué ces dernières années, on est loin de l’image d’Epinal du Front populaire et des vacances pour tout le monde.”
Anne Brunner, directrice d’études à l’Observatoire des inégalités
un franceinfo
Ces différences sont souvent renforcées par des niveaux d’aide différents. “Les aides aux entreprises, comme les chèques vacances, profitent plus aux classes moyennes qu’aux plus modestes, illustre Anne Brunner. Pour se loger ou séjourner dans une grande maison de vacances.”
La principale raison est financière
En 2014, le Crédoc interrogeait les Français sur la ou les deux principales raisons de ne pas partir en vacances. Derrière le budget, cité par 61% d’entre eux, il y avait surtout des raisons de santé (22%), familiales (17%) et professionnelles (16%). Mais les données les plus récentes proviennent de l’INSEE, non pas sur les vacances mais, plus largement, sur les déplacements. On retrouve ce même feuillet de restrictions.
Dans le détail, les raisons de santé sont en grande partie liées à des difficultés à se déplacer, dues à un handicap, à une maladie ou à l’âge. “Les seniors sont ceux qui voyagent le moins”, note l’Insee. En 2019, 33 % des résidents métropolitains âgés de 70 ans et plus ne se déplaçaient pas, alors que ce taux était inférieur ou égal à 20 % dans le reste de la population.
Les raisons professionnelles invoquées sont principalement liées à une charge de travail excessive, un nouvel emploi, une recherche d’emploi ou un besoin d’études pour les étudiants. En matière de contraintes familiales, il s’agit surtout d’un besoin de s’occuper d’un membre de la famille, qu’il s’agisse d’un proche en situation de dépendance ou d’un jeune enfant. Dans un autre record, le besoin d’avoir des animaux de compagnie est mis en avant par 5,5 % des personnes qui restent à la maison.
Certains choisissent de ne pas partir
Parmi les autres raisons évoquées par les personnes qui ne partent pas en vacances ou en voyage, il en est une qui ressort particulièrement : le choix délibéré de rester chez soi. Un « non-estivant » sur quatre avance ce motif en 2014 avec le Crédoc. En 2019, c’est le principal motif de non-déplacement donné par 15,1 % des personnes concernées. Sur ce total, un peu plus de la moitié ont dit “préfère rester à la maison” et les autres ont dit “ne veulent pas voyager”, “ne veulent pas y aller seuls” ou “ne s’habituent pas à planifier un voyage ou des vacances .” “.
Pour certains, les vacances peuvent être une perspective plus inquiétante qu’excitante, avec un saut dans l’inconnu, loin des repères habituels. “Contrairement à ce que l’on a tendance à croire, partir en vacances n’est pas inné, cela demande un apprentissage”, confirme le sociologue Bertrand Réau.
“Les familles qui n’ont jamais organisé de sortie de vacances font face à une logistique qui peut être déroutante, parfois au point d’abandonner.”
Bertrand Réau, sociologue
un franceinfo
Et de conclure : “Malheureusement, les pouvoirs publics, et surtout l’État, ont tendance à se désintéresser des vacances, ce qui n’aide pas à réduire les écarts.”