Italie : qui est Giorgia Meloni, la dirigeante d’extrême droite qui se voit déjà “à la tête du gouvernement” ?

Le législateur, Giorgia Meloni l’appelle “une bataille personnelle”. Et pour cause : cette Romaine de 45 ans, présidente du parti nationaliste Fratelli d’Italia (“Frères d’Italie”, qui est aussi le nom de l’hymne national), est bien placée pour devenir la première épouse pour diriger l’exécutif (AJOUTER UN LIEN VERS PEDAGO).

Sa formation est créditée de 23 à 26 % d’intentions de vote lors du scrutin du dimanche 25 septembre, précédemment organisé après la chute du gouvernement de Mario Draghi. La coalition de droite formée par Fratelli d’Italia, Forza Italia (parti de Silvio Berlusconi) et La Ligue (parti d’extrême droite de Matteo Salvini) remporterait ainsi les élections législatives, avec environ 45% des suffrages, selon Le Figaro.

Des militants de Fratelli d’Italia applaudissent Giorgia Meloni lors d’une manifestation à Ancône, dans l’est de l’Italie, le 23 août 2022. (RICCARDO MILANI / HANS LUCAS / AFP) En 2018, il aurait été difficile d’imaginer le mouvement Meloni de Giorgia sur le point de l’emporter. en tant que premier parti du pays. En fait, il n’avait obtenu que 4% des voix lors des élections législatives tenues cette année-là. Mais quatre années de crises politiques (qui ont vu trois gouvernements successifs, soutenus par trois majorités différentes au Parlement) ont permis à Fratelli d’Italia de rallier de plus en plus d’électeurs derrière elle. Et derrière Giorgia Meloni.

Comment celle qui a grandi dans un quartier populaire de Rome (d’où tire-t-elle son “coup de mitraillette quand sa parole s’emballe”, selon Le Monde) a-t-elle réussi cette ascension fulgurante ? “Giorgia Meloni est avant tout une populiste qui sent bien les mouvements”, explique Alban Mikoczy, correspondant de France Télévisions à Rome. Un style acquis pendant trente ans de carrière politique.

A tout juste 15 ans, il intègre l’organisation de jeunesse du Mouvement social italien (MSI), une formation post-fasciste fondée par des partisans de Benito Mussolini, rapporte Les Echos. Le jeune militant a alors facilement expliqué à la télévision française que le dictateur italien avait été “un bon politicien”. Un engagement à “le contraire de son père communiste”qui a quitté sa famille alors que Giorgia Meloni n’avait que 2 ans, souligne La Tribune de Genève.

Le patron de Fratelli d’Italia essaie maintenant de s’éloigner de ces racines. “Il y a des années, la droite italienne a relégué le fascisme aux poubelles de l’histoire et condamné sans équivoque la suppression de la démocratie et les tristement célèbres lois anti-juives”, assurait-il mi-août, dans une vidéo en français, anglais et espagnol publiée sur Twitter. Pour autant, ce n’est pas pour critiquer (aussi) Benito Mussolini, dont il reconnaît les “erreurs” tout en affirmant qu’il a “beaucoup accompli”.

“Giorga Meloni défend une vision très conservatrice, avec ‘Dieu, la famille et la patrie’ comme valeurs centrales.”

Alban Mikoczy, correspondant de France Télévisions à Rome

chez franceinfo

Si l’emblème des Fratelli d’Italia (une flamme rouge-blanc-vert) est un héritage du MSI, la politique assure que son parti n’a rien à voir avec l’extrême droite. Mais son programme comporte plusieurs repères, Liste de libération : lutte contre “l’islamisation” et l’immigration clandestine, euroscepticisme, “défense de la patrie”, opposition au mariage et à l’adoption des couples LGBT… “Je suis Giorgia, je suis une femme, je suis mère, je suis italienne, je suis chrétienne”, résumait-elle en 2019, lors d’un rassemblement à Rome.

Son parti n’est pas le seul à porter ces valeurs. “La lignée de Fratelli d’Italia est très proche de celle de La Ligue”, souligne Sofia Ventura, professeur de science politique à l’université de Bologne. Le mouvement de Matteo Salvini avait fait une percée historique lors des élections législatives de 2018, en formant une coalition avec le parti contestataire Mouvement cinq étoiles (M5S) pour diriger le pays. Mais en 2019, le leader de la Ligue a décidé de quitter le gouvernement et de détruire cette alliance. Depuis, son parti n’a cessé de chuter dans les sondages.

« Depuis plusieurs années, les partis d’extrême droite recueillent environ 40 % des intentions de vote. Mais il y a un jeu de vases communicants entre La Ligue et Fratelli d’Italia : quand le premier descend dans les urnes, est-ce le second qui en tirer profit.”

Sofia Ventura, politologue à l’Université de Bologne

chez franceinfo

Car il y a une différence notable entre les deux mouvements. Depuis la création de son parti en 2012, Giorgia Meloni “s’est construite dans l’opposition”, note Jean-Pierre Darnis, professeur à l’université Luiss de Rome et responsable du master en relations franco-italiennes à l’Université Côte d’Azur. Azur. S’il a occupé un “poste subalterne” de ministre de la Jeunesse dans le gouvernement de Silvio Berlusconi, de 2008 à 2011, depuis, il n’a jamais été membre de l’exécutif.

Silvio Berlusconi et Giorgia Meloni lors d’une rencontre à Rome, le 28 mars 2008. (VINCENZO PINTO / AFP)

Fratelli d’Italia est aussi le seul parti qui n’a pas soutenu la grande coalition de Mario Draghi en 2021. “L’Italie a besoin d’une opposition libre”, justifiait à l’époque Giorgia Meloni. Le mouvement de Matteo Salvini avait accepté de participer à cette alliance d’unité nationale. Un choix qui joue désormais en faveur de son concurrent.

Pour renforcer la dynamique de Fratelli d’Italia, Giorgia Meloni a entrepris d’adoucir certaines de ses aspérités. “Comme Marine Le Pen”, à qui elle est souvent comparée, “elle essaie de mettre une certaine distance entre son parti et certains discours extrémistes”, note Jean-Pierre Darnis. Alors il s’est désolidarisé d’un élu de sa formation, filmé en train de chanter “Heil Hitler” en octobre 2021, rapporte Le Monde.

Dans le même temps, la dirigeante nationaliste a adouci son discours sur l’UE. “Il ne parle plus de sortir de l’Union ou de la zone euro”, ni de renégocier les traités, pointe la politologue italienne Sofia Ventura. Il a également condamné l’invasion de l’Ukraine par la Russie dès le premier jour, soutenant les sanctions occidentales contre Moscou.

“Giorgia Meloni veut se présenter comme une femme politique fiable, moins radicale, capable de diriger le pays.”

Sofia Ventura, politologue à l’Université de Bologne

chez franceinfo

Le quadragénaire s’adonne, une fois de plus, à un numéro d’équilibriste. Début août, il avait reproché aux médias étrangers de la décrire “comme un danger pour la démocratie, pour la stabilité italienne, européenne et internationale”. Faux, dit-elle. Il défend cependant “une vision souverainiste de l’Europe, proche de celle de la Hongrie ou de la Pologne”, plaide Sofia Ventura.

Giorgia Meloni continue également de défendre son sujet de prédilection : la sécurité. Pour lancer sa campagne électorale fin août, il a diffusé sur les réseaux sociaux la vidéo d’un viol qui a eu lieu en pleine rue, rapporte Le Monde. “Je ferai tout mon possible pour rétablir la sécurité dans nos villes”, a-t-il déclaré par la suite, appelant la gauche à utiliser la violence sexuelle à des fins électorales.

La méthode Meloni est mal vue par la gauche italienne, mais elle fonctionne. En 2020, le journal britannique Times la comptait parmi les “vingt étoiles montantes” de l’année. Appréciée des médias pour son sens de la répartie et son talent d’oratrice, la femme politique a vendu plus de 160 000 exemplaires de son autobiographie en trois mois. “Ce livre lui a permis de montrer un visage plus humain, en conservant des convictions fortes et une personnalité charismatique”, observe Sofia Ventura.

Lors de son premier grand meeting de campagne, le 23 août, celui qui “a un besoin constant d’être grand” il a dit à ses partisans qu’il “croit qu’il peut diriger un gouvernement”. Ce vœu semble sur le point de se réaliser, si la coalition de droite remporte les élections législatives.

Giorgia Meloni et Matteo Salvini après un événement conjoint de Fratelli d’Italia, La Ligue et Forza Italia le 19 octobre 2019 à Rome. (TIZIANA FABI / AFP)

Comme d’habitude en Italie, le vote pourrait toutefois contenir des surprises. Une fois les résultats connus, le président consultera les différents partis politiques pour désigner le prochain chef du gouvernement. Mais la Constitution ne l’oblige pas à désigner le chef du parti vainqueur de l’élection. “Il y a un engouement autour de la personnalité [de Giorgia Meloni], dont les autres partis ont pris acte, estime Jean-Pierre Darnis. Mais il est encore possible qu’un autre nom soit proposé lors de ces échanges.

Un gouvernement Meloni “pourrait, comme d’autres avant lui, avoir une vie courte”, ajoute la politologue Sofia Ventura. Des « rumeurs » circulent déjà sur une éventuelle réorganisation de la majorité parlementaire, qui entraînerait un changement au sein de l’exécutif. Dans ce contexte, la mise en œuvre des réformes exigées par l’UE pour le versement à Rome de 190 000 millions d’euros d’aides et de prêts s’annonce particulièrement complexe. Si elle devient…

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