“Je pense que c’est fou” : Wout Van Aert savoure son succès

Personne ne peut nier que Wout van Aert a de la persévérance dans les idées. Loin de souffrir, après ne pas avoir gagné trois fois de suite, le Campinois n’a pas hésité à élaborer un plan avec son équipe pour enfin décrocher le succès d’étape jusque-là refusé.

Au passage, si l’on ajoute leurs deux succès obtenus lors des dernières étapes du Tour 2021, van Aert vient de cumuler six étapes de la Grande Boucle entre les deux premiers (deux l’an dernier, quatre cette fois). Surtout, le Belge a aussi ajouté du style à ce succès en solitaire à Calais, après un effort intense d’une dizaine de kilomètres, qui lui permet de repousser un peu plus tous ses adversaires. Ceci, même si les deux prochaines étapes, celle des pavés ce mercredi, puis la suivante avec arrivée en remontant vers Longwy, sont aussi a priori favorables.

“C’est fou, je pense“, a-t-il déclaré en souriant, expliquant son succès, son septième déjà sur les quatre Tours qu’il a disputés. “Je pense que c’est une victoire vraiment exceptionnelle pour moi. Normalement, on s’attendrait à un sprint groupé ou à un sprint en petit groupe. J’imaginais qu’il serait impossible de finir seul.”

Parce que l’équipe Jumbo-Visma avait étudié, bien sûr, le parcours et cette fin dure qui leur a permis de tenter quelque chose. “On s’en est rendu compte avant le Tour, avec cette finale en montagnes russes, continua van Aert. Nous voulions tenter quelque chose au vu de nos deux objectifs, positionner nos deux leaders, Primoz (Roglic) et Jonas (Vingagard) devant, mais aussi pour moi dans la perspective du maillot vert car il y avait cinquante points à prendre (NDLR : par le vainqueur de l’étape). S’il y avait du vent, et il y en avait, nous voulions affronter la dernière montée bien en avant. »

C’est ce qui s’est réellement passé sur la côte du Cap Blanc-Nez où les pilotes de la formation hollandaise ont lancé l’offensive.

“Nathan (Van Hooydonck) c’était exceptionnel, ça a fait la première partie de la côte en profondeurdit le T-shirt jaune. On l’a vu plusieurs fois cette année, dans ce genre, c’est l’un des meilleurs au monde. Puis Tiesj (Benoot) il a pris le relais et derrière lui, tout le monde était en rouge, sur le bord. Je suis monté au sommet où j’ai été surpris de voir que j’étais seul. A la radio, Primoz et Jonas m’ont dit que j’allais bien, qu’ils étaient bien placés, qu’il fallait que je continue pour la victoire. C’est ce que j’ai fait, même si c’était très dur. Je savais que j’avais vingt secondes devant moi pendant un moment, mais je savais aussi qu’ils étaient une centaine derrière moi, alors j’ai tout donné ».

Le temps de reformer le premier peloton derrière l’ancien champion de Belgique, de lancer l’organisation et l’avantage de van Aert a été d’environ une demi-minute. A l’arrivée, il a tenu huit secondes, plus dix autres bonus, sur le groupe assis au sprint de Jasper Philipsen, persuadé d’avoir enfin un premier succès sur le Tour.

“C’est dommage pour luidit sincèrement le maillot jaune des Campinois. “Je sais ce que c’est de croire que vous gagnez alors que ce n’est pas le cas. (sourit au souvenir de son erreur dans le récent Dauphiné). Tout le monde se moque de lui, mais il a hâte de gagner une étape. Cela lui arrivera un jour. J’ai dû attendre aussi. On dit souvent que la troisième fois est la bonne, pour moi c’était la quatrième ».

Et les prochaines étapes offrent encore des opportunités au porteur des maillots jaune et vert, notamment celle de ce mercredi avec des pavés.

“J’aime les pavés et j’adore qu’il y ait ce genre d’étapes sur le Tour, j’ai hâte d’y être”, dit-il avec son sourire carnassier qui en dit long sur son appétit. “On verra comment se passe l’étape car l’objectif est de dégager le classement avec Jonas et Primoz. Difficile de prédire ce qui va se passer. Il y a des risques, du danger ; l’important sera de ne pas perdre de temps. Mais allons-y.” confiance et si la possibilité se présente de faire un autre bon coup, nous ne le laisserons pas passer.La moitié de notre équipe est composée de spécialistes des classiques. (NDLR : Christophe Laporte doit s’ajouter aux trois Belges)alors avançons sur les pavés.”

Loin de le fatiguer mentalement, les multiples objectifs poursuivis par le coureur d’Herentals dans ce Tour de France 2022 le motivent au contraire. “Pour être honnête, je n’avais jamais imaginé terminer deux fois deuxième dans un sprint groupé au Danemark, comme je l’ai fait, même si c’était une déception.”il a de nouveau avoué la chemise jaune. “UN tout près, je savais qu’un jour j’allais sourire et l’idée de gagner en jaune m’a motivé. Ce fut une journée spéciale et je m’en souviendrai longtemps. Poursuivre tous ces objectifs, défendre nos leaders, conserver le maillot jaune, gagner des étapes, gagner le maillot vert, pour l’instant, ce n’est pas un problème. Ce n’est pas facile, mais je n’arrive pas à me faire à l’idée de courir le Tour en peloton, sans buts. Je me fous de Jonas et Primoz, Nathan et Tiesj le font parfaitement et en montagne, c’est à Sepp Kuss et Steven Kruijswijk d’épauler nos dirigeants. »

Enfin, interrogé sur son geste théâtral à l’arrivée, Wout van Aert propose cette explication : “Je voulais montrer que le maillot me donne des ailes, que j’avais envie de le faire dans les derniers kilomètres” dit-il sans mentionner son sponsor personnel, aux couleurs peintes sur son casque. Une marque bien connue de boissons énergisantes, dont le slogan publicitaire dit exactement la même chose.

Wout van Aert est un grand champion mais aussi un grand professionnel.

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