Jérôme Fourquet : « Le front républicain s’est un peu déchiré lors de l’élection présidentielle. Ça a explosé aujourd’hui.”

Olivia Grégoire et Clémentine Autain à la veille du second tour des législatives 2022, sur le plateau de France Télévisions, le 19 juin 2022. BRUNO LEVY / DIVERGENCE POUR “LE MONDE”

Jérôme Fourquet, directeur du département “Opinion et Stratégies d’Entreprises” de l’IFOP, analyse les chiffres du transfert des voix et des abstentions par parti au second tour des élections législatives.

Les élus du Mythe national (RN) ont été les premiers surpris de l’ampleur de leur victoire. Comment expliquer ces résultats ?

Ces résultats viennent de loin, ils s’inscrivent dans une dynamique fondamentale du Congrès national, qui a bénéficié des élections législatives comme d’une sorte de rampe de lancement. Marine Le Pen a obtenu 23,15 % des suffrages au premier tour de l’élection présidentielle, malgré la concurrence d’Eric Zemmour, avec 7,07 %, et ce grand espace de la droite nationale, à 30 %, c’est totalement inédit. Et, au second tour, son score de 41,45 % face à Emmanuel Macron est un fait important. Cela signifie à la fois que les électeurs ont voté pour elle au second tour sans l’avoir fait au premier tour et qu’une partie de l’électorat ne gêne plus.

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Puis, au premier tour des législatives, le RN a obtenu près de 19 % des suffrages, soit 5,5 points de plus qu’en 2017. Il a ainsi pu présenter 208 candidats au second tour, contre 123 cinq ans auparavant, et augmenter mécaniquement. leurs chances de victoire. Les lépénistes étaient en tête dans 108 circonscriptions cette année, contre seulement dix en 2017 : le parti a augmenté à la fois le nombre de candidats présents et le nombre de candidats en pole position, ce qui laissait présager un résultat très favorable. Mais leurs scores étaient encore plus élevés que prévu.

Comment l’expliquer ?

Car le mécanisme du Front républicain fonctionne beaucoup moins bien, ou de façon très marginale. Le tir, systématiquement contre tout candidat RN bien placé au premier tour, a perdu beaucoup d’efficacité : c’est l’un des principaux enseignements de cette élection. Qu’il s’agisse de duels avec Ensemble ! ou avec la gauche, le RN gagne la moitié du temps, et cela explique sa victoire spectaculaire. Leurs candidats ont désormais des chances de victoire comparables à celles des partis traditionnels. Dans 107 circonscriptions, le RN s’est opposé à un candidat d’Ensemble ! Il en a remporté 53, soit la moitié. En 2017, avec à peu près le même nombre de duels, 104, le RN n’a remporté que 7 sièges.

L’érosion du barrage républicain en est-elle la cause ?

En effet. Beaucoup d’électeurs des candidats éliminés n’ont pas viré au candidat face au RN. Dans le scénario le plus courant, les duels entre Together ! et le RN, les candidats de l’ancienne majorité, ne pouvaient compter en moyenne que sur les voix de 31 % – un tiers – des électeurs du Nupes. 11% ont voté RN et le reste, 58% se sont abstenus, ont voté blanc ou nul. 58% c’est énorme.

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