La Belgique décriminalise la prostitution

Une travailleuse du sexe belge, dans le studio d’où elle travaille, à Bruxelles, le 18 mai 2020. ARIS OIKONOMOU / AFP

Ils seraient 3.000 en Belgique selon des estimations plus ou moins officielles, sept ou huit fois plus selon des études de terrain : les travailleuses du sexe occasionnelles ou régulières (TDS) connaissent, en tout cas, une révolution depuis le 1er juin. Une loi votée en mars par les députés, entrée en vigueur mercredi, leur permet, en effet, de sortir de l’illégalité, de voir leur activité dépénalisée et de bénéficier de droits en matière de statut, de protection sociale, de santé, etc.

Ces dispositions, voulues par le ministre fédéral de la Justice Vincent Van Quickenborne, un libéral flamand, font de la Belgique le premier État européen à adopter ces mesures, et le deuxième au monde après la Nouvelle-Zélande. A l’avenir, les prostituées (95% de femmes) auront les mêmes droits que les autres travailleurs indépendants, notamment le droit de bénéficier de la sécurité sociale, du chômage, de l’accès aux soins de santé, du congé de maternité, etc. Et, en plus, “tous les tiers qui soutiennent leur activité ne peuvent plus être poursuivis, sauf en cas de profit anormal”, souligne l’association Utsopi, qui milite depuis 2015 pour ses droits.

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Jusqu’à présent, un banquier, un comptable, un assureur, un conseiller juridique ou même un webdesigner qui aurait aidé une prostituée pouvait, en fait, être considéré comme un auteur. Comme les propriétaires d’une maison qui abritait leur entreprise. A l’avenir, ils n’entreront plus dans le domaine de la loi, à moins qu’ils ne réalisent des profits excessifs en prélevant – comme c’est souvent le cas – des loyers supérieurs à la normale. “C’est la fin de la loi de la jungle”, a déclaré Daan Bauwens, directeur d’Utsopi.

“Les travailleurs ne doivent plus être stigmatisés”

Donner à la prostitution libre un statut de travail avec des droits et des devoirs est le meilleur moyen de lutter contre la prostitution forcée, a-t-il déclaré. Van Quickenborne. “Les travailleurs ne doivent plus être stigmatisés, exploités, dépendants”, a-t-il plaidé. Une minorité du Parlement n’a pas approuvé son initiative, estimant que l’assouplissement du droit pénal facilitera, au contraire, l’activité des réseaux de traite des êtres humains.

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Souvent qualifié d’« asile du flou », le royaume mérite cette qualification pour le traitement qu’il a jusqu’ici réservé à la prostitution. Régi par une loi du XIXe siècle interdisant « le racolage, l’incitation à la débauche et le proxénétisme », il était en effet toléré et visible de tous dans certains quartiers de Bruxelles, Anvers ou Liège. Élaborant leur propre réglementation, les villes et communes avaient également établi leur propre réglementation au fil du temps et avaient décidé de taxer cette activité pourtant présumée interdite.

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