La Belgique deviendra-t-elle un « narco-État » ? Suivez-nous

Le ministre de la Justice Vincent Van Quickenborne a échappé au pire. Il a échappé à une tentative d’enlèvement orchestrée par le monde de la drogue. 4 suspects ont été arrêtés aux Pays-Bas. La violence du trafic de drogue ne se limite plus au milieu ou à certains quartiers. Elle s’invite dans l’espace public et même dans la politique.

VDB

Oui, cela nous ramène à la fin des années 1980, avec l’enlèvement de l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants. A cette époque, c’est Patrick Haemers et sa bande qui étaient à l’origine du coup d’État. Un crime lié au braquage de banque, braquage et donc enlèvement.

Contrairement à 1989, le détournement n’a pas fonctionné. Il faut souligner l’efficacité de la réaction du monde judiciaire et policier dans cette affaire, ils ont d’abord obtenu la bonne information, puis l’ont traitée rapidement et ont monté une opération qui a abouti à des arrestations aux Pays-Bas. Une voiture volée avec une arme à feu et un bidon d’essence a été retrouvée près du domicile de Vincent Vanquickenborne. Il semble que le bidon d’essence ait été utilisé pour brûler la voiture afin d’effacer les traces du détournement.

Car ?

La question que tout le monde se pose est : pourquoi destituer le ministre de la Justice ?

Ce qui est presque certain, c’est qu’on est loin d’un sauvetage comme celui de VDB. Nous sommes également loin du type d’enlèvement idéologique mené par la faction de l’Armée rouge en Allemagne à la fin des années 1970.

Mais alors : pourquoi ? La VRT a interrogé un spécialiste de la criminalité aux Pays-Bas. Jan Meeus estime que la réponse la plus rationnelle est que les sponsors ont probablement voulu remplacer le ministre par quelqu’un d’autre. Un échange de prisonniers peut-être, car la Belgique a procédé à des centaines d’arrestations dans la communauté ces derniers mois, suite au démantèlement du réseau de communication Sky ECC.

Ce n’est qu’une hypothèse. Quoi qu’il en soit, Jan Meeus inscrit cette tentative dans une escalade de violence que l’on a déjà vue aux Pays-Bas. Là, le procès Marengo (une procédure massive visant la mafia de la cocaïne) a conduit à des tentatives de détournement dans le monde judiciaire. Il y a également eu plusieurs meurtres de témoins clés, dont le journaliste Peter de Vries, qui a déménagé aux Pays-Bas l’année dernière.

Pour ce spécialiste du crime organisé, les cartels importent leur violence d’Amérique latine où elle a largement permis aux cartels de l’emporter contre des États qui se sont révélés trop faibles pour y mettre fin.

Narco-État

La Belgique est donc candidate pour devenir un “narco-Etat”. C’est le constat fait il y a 10 jours par Johan Delmulle, le procureur général de Bruxelles, rappelle Le Soir : Le danger plane sur nous que la Belgique soit qualifiée de narco-Etat. Le journal Le Monde en a également parlé. Cela signifierait un État rongé par la corruption et n’ayant plus « le monopole de la violence légitime » pour reprendre la célèbre définition de l’État du sociologue Max Weber.

Cette tentative d’enlèvement du ministre de la Justice d’un Etat de droit est une contestation ouverte de ce « monopole de la violence légitime de l’Etat ».

Cela en dit long sur l’arrogance et le pouvoir de ces groupes. Rappelons un chiffre : les saisies de cocaïne de l’année dans le port d’Anvers (environ 90 t) valent 4,5 milliards d’euros sur le marché. Selon les spécialistes, cela représente environ 10 % de tout ce qui transite par le port, soit près de 45 000 millions d’euros annuels.

On parle de sommes qui pourraient payer une grande partie des retraites (54 000 millions), toute l’éducation de ce pays, (30 000 millions). C’est surtout 10 à 20 fois plus que le budget de la police fédérale (2,5 milliards). La lutte contre le crime organisé est avant tout une lutte pour l’État de droit, ne l’oublions pas.

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