C’est parti (encore) trois semaines pour le Tour de France. Avec, apothéose absolue bien que furtive pour les amateurs de vélo, le départ d’une étape jeudi à Binche, un trajet d’une (petite) partie de la Wallonie à Longwy. Pendant des décennies, malgré les cas de dopage, la Grande Boucle a continué d’être l’événement sportif de l’été. La souffrance, les paysages, les couleurs, les barbecues au bord de la route, la caravane publicitaire. Une cérémonie immuable. Il comprend notamment l’arrivée finale conclue par un critérium sur les Champs Elysées à Paris depuis 1975.
L’idée, touristique et médiatisée à l’époque, est venue du présentateur vedette du 13h00 de TF1 Yves Mourousi (déjà avant l’increvable Jean-Pierre Pernaut, c’est-à-dire un gentleman amoureux…). Grand amateur de pierres et de paillettes mais aussi de marketing avant l’heure, il propose au maire de Paris, un certain Jacques Chirac à l’époque, d’offrir la plus belle avenue du monde comme point d’orgue du plus grand événement cycliste de la planète. .
Aujourd’hui, il a vécu ce grand barnum. Même si le décor reste somptueux, si la Patrouille de France survole l’Arc de Triomphe, si les sponsors adorent inviter leurs clients dans la Ville Lumière, dessiner le but final à Paris n’a aucun sens sportif. Le Tour de France se termine samedi, la veille. Depuis 1989 et le plus gros retournement de situation de l’histoire du Tour, Laurent Fignon perd son maillot jaune lors d’un petit contre-la-montre de huit secondes devant Greg LeMond, les Champs Elysées sont devenus une foire géante, une parade sans grand intérêt . sinon le gain d’une étape prestigieuse passait à 95% aux sprinteurs.
A l’heure où le cyclisme évolue, se modernise, s’ouvre sur une série Netflix, il est temps d’écrire de nouveaux scénarios. Notamment, déplacer la dernière étape chaque année vers un autre lieu, une autre ville. Avec un autre cours. Le Tour d’Italie ou d’Espagne ont réussi ce pari d’alimenter le suspense jusqu’au dernier moment en programmant des étapes décisives le dernier jour. Cela ajoute au drame. Changez le scénario. Motiver les coureurs. En 2024, l’organisation des JO de Paris obligera sans doute les organisateurs à exiler le dernier arrivé dans une autre ville (on parle de Nice). L’occasion d’essayer ce changement. L’essayer sera certainement l’adopter.