La junte birmane exécute quatre hommes, dont deux personnalités de l’opposition

L’écrivain birman et dissident de l’armée Kyaw Min Yu (C), dit Jimmy, le 13 janvier 2012 à Yangon (Soe Than WIN / AFP/Files)

La junte birmane a exécuté quatre prisonniers, dont un ancien député pro-démocratie du parti d’Aung San Suu Kyi et un opposant connu, ont annoncé lundi les médias officiels, la première application de la peine de mort au Myanmar depuis plus de trois décennies.

Les quatre hommes ont été reconnus coupables d'”actes de terreur brutaux et inhumains” et les exécutions ont fait suite à une “procédure de prison”, a déclaré l’agence gouvernementale birmane Global New Light, sans préciser comment ni quand elles ont été commises.

Un porte-parole du conseil n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Depuis le coup d’État militaire du 1er février 2021, des dizaines d’opposants à la junte ont été condamnés à mort, mais aucune exécution n’a eu lieu jusqu’à présent. Ces exécutions ont suscité de vives condamnations dans le monde entier, le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken dénonçant notamment “le mépris total du régime pour les droits de l’homme et l’Etat de droit”.

Des photos non datées des dissidents birmans exécutés par la junte Kyaw Min Yu et Phyo Zeya Thaw publiées par l’armée birmane le 21 janvier 2022 (Handout/Myanmar Military Information Team/AFP/Archives)

Phyo Zeya Thaw, 41 ans, ancien membre de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD), a été arrêté en novembre et condamné en janvier pour avoir enfreint la loi antiterroriste.

Ce pionnier du hip-hop en Birmanie, dont les paroles critiquaient déjà les militaires au début des années 2000, avait été emprisonné en 2008 pour appartenance à une organisation illégale et possession de devises étrangères.

Il a remporté un siège de député aux élections de 2015, lors de la transition entre le régime militaire et un gouvernement civil.

La junte l’a accusé d’avoir orchestré plusieurs attaques contre le régime, dont une attaque contre un train qui a tué cinq policiers en août dernier à Yangon.

Kyaw Min Yu, 53 ans, connu sous le nom de “Jimmy”, était un écrivain et un opposant de longue date à l’armée, célèbre pour son rôle dans le soulèvement étudiant de 1988 contre la junte de l’époque. Il a été arrêté en octobre et condamné en janvier.

“Délits vagues”

Selon les médias locaux, des proches des deux hommes se sont rassemblés devant la prison d’Insein à Yangon, où ils étaient détenus, dans l’espoir de récupérer leurs corps.

Des membres des forces de sécurité birmanes le 19 juillet 2022 à Yangon (STR/AFP/Files)

Les deux autres prisonniers exécutés sont deux hommes accusés d’avoir tué une femme qu’ils soupçonnaient d’être un informateur de la junte.

La junte avait annoncé le mois dernier qu’elle avait l’intention de procéder aux exécutions, malgré les avertissements de la communauté internationale.

La dernière exécution en Birmanie remonte à 1988, selon un rapport d’experts des Nations unies en juin, qui dénombrait 114 condamnations à mort depuis le coup d’État.

Ces experts avaient prévenu que les exécutions pourraient s’accélérer faute de réaction de la communauté internationale.

“Mauvaises actions”

Le Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme a qualifié la mesure ordonnée par le conseil de “cruelle et régressive”. “Je suis consternée qu’en dépit des appels du monde entier, l’armée ait procédé à ces exécutions sans tenir compte des droits de l’homme”, a déclaré Michelle Bachelet. Pour le secrétaire général des Nations unies, Antonio Gutteres, ces exécutions « marquent une nouvelle détérioration de la situation déjà désastreuse des droits de l’homme dans ce pays ».

La France a dénoncé “une régression majeure et une nouvelle étape dans l’escalade des atrocités commises par la junte birmane depuis le coup d’Etat”.

Ces exécutions “sont des actes de violence répréhensibles qui montrent une fois de plus le mépris du régime pour les droits de l’homme et l’Etat de droit”, ont condamné, dans un communiqué commun, le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell, le secrétaire d’Etat américain Antony Blinken, et le ministres des affaires étrangères d’autres pays, comme le Royaume-Uni, le Japon, l’Australie et le Canada.

“En plus des innombrables atrocités contre le peuple birman, la junte militaire a effrontément commis un autre crime scandaleux (…) en ignorant les exigences de la communauté internationale et de ceux qui réclament justice”, a réagi le parti d’Aung San Suu. Kyi, la Ligue nationale pour la Démocratie, “dévasté” par l’actualité.

Isolation

La police patrouille dans les rues de Yangon le 19 juillet 2022 au Myanmar (STR/AFP/Files)

“Ces exécutions (…) sont un nouvel exemple du bilan épouvantable de la Birmanie en matière de droits humains (…) L’armée continuera de piétiner la vie des gens jusqu’à ce qu’ils soient tenus pour responsables”, a déclaré Erwin van der Borght, directeur d’Amnesty International pour l’Asie et le Pacifique. . .

Ces exécutions risquent d’accroître l’isolement international des militaires birmans, qui ont pris le pouvoir par la force le 1er février 2021 sous prétexte de fraudes présumées lors des élections de l’année précédente, remportées massivement par la NLD.

La junte poursuit une répression sanglante, avec plus de 2 000 civils tués et plus de 15 000 arrêtés depuis le coup d’État, selon une ONG locale.

Parmi les personnes arrêtées se trouve l’ancienne dirigeante et lauréate du prix Nobel de la paix Aung San Suu Kyi, 77 ans, qui fait face à de multiples accusations qui pourraient lui valoir jusqu’à 150 ans de prison au total. Le secrétaire général de l’ONU a réitéré son appel à la “libération immédiate de tous les prisonniers détenus arbitrairement, y compris le président Win Myint et Aung San Suu Kyi”.

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