La Méditerranée bat des records de chaleur et ce n’est pas une bonne nouvelle

Jon Nazca via Reuters La hausse des températures perturbe déjà l’écosystème méditerranéen – REUTERS/Jon Nazca

CLIMAT – “Exceptionnel” et très déstabilisant. La mer Méditerranée bat des records de chaleur cet été. Ce dimanche 24 juillet, la température de l’eau était “sur le point d’atteindre 30 °C à (comme le 22 juillet) à la bouée de la côte orientale de la Corse”, a prévenu Keraunos, l’Observatoire français des tornades et des orages violents. Une augmentation des températures qui altère déjà l’écosystème méditerranéen, avec la prolifération des méduses.

“L’anomalie thermique de la Méditerranée occidentale est exceptionnelle, dépassant parfois les 5°C sur le littoral provençal”, a expliqué l’Observatoire, alors que plusieurs départements du littoral méditerranéen continuent d’être surveillés pour une vague de chaleur lundi.

La température de la mer est sur le point d’atteindre 30°C (comme le 22/7) à la bouée de la côte Est de la #Corse (Alistro) L’anomalie thermique en Méditerranée occidentale est exceptionnelle, parfois > 5°C en Provence. #canicule pic.twitter.com/DJ6YvplzNa

– Keraunos (@KeraunosObs) 24 juillet 2022

Bientôt des vagues de chaleur océaniques plus longues ?

La température de surface de la mer (SST) atteint +5°C au-dessus de la moyenne au large des côtes de l’Espagne, de la France et de l’Italie, comme le montre la visualisation ci-dessous basée sur les données du Copernicus Marine Service. “A l’exception de la mer d’Alborà (entre le Maroc et l’Espagne), toute la Méditerranée occidentale connaît une canicule marine à partir du 16 mai environ”, explique Robert Schlegel, chercheur à l’Institut de la mer de Villefranche (IMEV). interviewé fin juin par Le HuffPost.

Copernicus Certaines parties de la Méditerranée sont plus chaudes de plus de +5 °C que la moyenne.

Une mauvaise nouvelle qui pourrait s’aggraver. “Nous sommes enfermés dans une situation où, d’ici 2050, l’ensemble de l’océan mondial sera proche d’un état quasi constant de vague de chaleur marine”, prévient Robert Schlegel. Dans le climat actuel, les canicules océaniques ne durent qu’une quinzaine de jours en Méditerranée. Dans le pire scénario prévu par le GIEC, avec un réchauffement de +5°C, les simulations prédisent qu’elles seront quatre mois plus longues et quatre fois plus intenses, rapporte une étude du CNRS sur l’évolution des canicules océaniques en Méditerranée

“Entre 1925 et 2016, le nombre annuel de jours de canicule marine dans le monde a augmenté de plus de 50%”, rapporte Carole Saout-Grit, une physicienne océanographe contactée par Le HuffPost. Ces chiffres sont issus d’une étude de la revue scientifique Nature Climate Change dans laquelle des chercheurs établissent un lien direct entre l’augmentation de ces vagues de chaleur et le réchauffement à long terme des océans.

Même si on parvient à contenir le réchauffement à +2°C, “presque tous les océans connaîtront des canicules marines plus fréquentes et plus longues”, poursuit le chercheur. Quant aux conséquences, les canicules marines passées prédisent des changements majeurs dans les écosystèmes, la faune et la flore. En 1999, 2003 et 2006, la Méditerranée a été touchée par une vague de chaleur qui a provoqué “de nombreux cas de mortalité massive d’espèces”, déplore le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Ces dernières années, de nouvelles zones sans oxygène sont apparues dans les océans Indien et Pacifique, et des tourbillons hypoxiques ont récemment été découverts dans l’Atlantique Est. L’état d’hypoxie survient lorsque la quantité d’oxygène présente dans l’eau de mer devient insuffisante et ne peut plus couvrir les besoins de la faune marine qui a besoin de cet oxygène.

Prolifération de petites méduses violettes en Méditerranée

Autre conséquence du réchauffement de la température méditerranéenne, les Pelagia noctiluca, petites méduses violettes, sont jetées par dizaines le long des plages. “Ces épisodes de prolifération ne sont pas nouveaux, et ont même été décrits dans l’Antiquité”, explique au HuffPost Mélanie Ourgaud, océanographe, biologiste marine et chercheuse au CNRS. Mais le réchauffement climatique n’est pas la seule cause de cette prolifération.

“Pour les méduses de type Pelagia noctiluca, les courants océaniques jouent un rôle important”, ajoute le scientifique. Ils appartiennent à la famille du plancton, ils ne savent donc pas nager et, comme tous les membres de cette famille, sont portés par les courants marins.

Elle évoque aussi une autre cause, encore humaine : la surpêche. “Les populations des principaux prédateurs (tortues, thons, etc.) sont insuffisantes pour manger des méduses, et les populations de zooplanctivores (sardines, anchois, autres petits poissons bleus) qui consomment du zooplancton (la même ressource alimentaire que les méduses) diminuent. La rareté du poisson est un facteur favorable au développement des méduses”, déplore Mélanie Ourgaud. Force est de constater que cette multiplication des méduses confirme l’état de santé de nos océans et montre les menaces qui pèsent sur le milieu marin.

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