La question : qu’est-ce que le syndrome de Muller-Weiss dont souffre Rafael Nadal ?

Rafael Nadal est plus qu’un immense champion : c’est une légende du tennis et du sport en général. L’homme aux 21 titres de Grand Chelem (c’est un record, Roger Federer et Novak Djokovic sont bloqués à 20 ce qui est déjà extraordinaire), dispute ce vendredi sa 37e demi-finale dans un Majeur, sa 15e à Roland-Garros. Si les chiffres sont vertigineux, ils deviennent lunaires lorsqu’on sait que l’Espagnol souffre du syndrome de Muller-Weiss. “C’est un exploit ce qu’il réalise : de gagner des tournois, d’être aujourd’hui en demi-finale de Grand Chelem avec cette pathologie”, salue le docteur Hervé Collado, médecin du sport à l’hôpital Sainte-Marguerite à Marseille. Pour La Provence, il décrypte cette maladie : qu’est-ce que le syndrome de Muller-Weiss ? Comment apparaît-il ? Quels sont les remèdes ? Décryptage.

Qu’est-ce que le syndrome de “Muller-Weiss” dont souffre Rafael Nadal ?Dr Hervé Collado : Il touche un os particulier du pied qui s’appelle l’os naviculaire. C’est un os qui est très important, qui se situe sur le dessus au milieu du pied à peu près, qui va être le sujet d’une ostéonécrose. C’est un peu ce qu’on peut appeler un “infarctus” de l’os. Un os pour être vivant a besoin de sang, de plusieurs éléments. Là, il va manquer de vascularisation. Il n’y a pas suffisamment de sang comme pour un infarctus et donc il va y avoir une nécrose. L’os va s’atrophier puis petit à petit il va se fragmenter et finir par se détruire. C’est une ostéonécrose par ischémie, donc par manque d’apport de sang.

Cet os on l’imagine est essentiel pour le mouvement du pied…C’est un syndrome qui est très douloureux car cet os a une place stratégique dans le pied. Pour les appuis au sol, il fait partie de cette prise d’appui. Pour Rafael Nadal, il doit faire entre 80 et 90 kg, c’est extrêmement douloureux car ce poids sur un os qui souffre déjà ça fait mal.

Comment peut naître cette blessure ?Il y a plusieurs explications. La première, la moins satisfaisante, c’est ce qu’on appelle une maladie idiopathique. En quelque sorte on ne sait pas d’où ce syndrome peut venir. Ça vient comme ça, sans vraiment de cause. Deuxième explication, il touche les patients qui ont l’arrière pied en varus. Le talon est un peu incliné vers l’intérieur. De fait, comme le talon n’est pas bien orienté il est donc “varus”, cela entraîne des forces sur l’os naviculaire. Il va être comprimé, trop comprimé entre ce talon et les os de devant. Il va être un peu tassé. C’est là que sa souffrance apparaît. Il faut savoir aussi que c’est un syndrome qui touche plutôt les femmes généralement.

“Les infiltrations ne changent en rien le cours de la maladie, ça ne va pas raviver l’os”

Le docteur Hervé Collado, médecin du sport à l’hôpital Sainte-Marguerite à Marseille.Photo Frédéric Speich

Et comment peut-on déceler cette maladie ? Rafael Nadal a dû ressentir des douleurs au moment de prendre ses appuis. C’est également des douleurs quand on marche simplement. Elles se situent au-dessus du pied visible parfois avec de l’inflammation donc des marques un peu rouge et un peu de chaleur. C’est extrêmement gênant pour tous les mouvements.

Rafael Nadal parle de douleurs insupportables…C’est un os tellement stratégique pour absorber les forces du pied. Et le fait qu’il se détruit petit à petit crée les douleurs.

Quelles sont les solutions pour soigner cette pathologie ? C’est Plutôt très compliqué. La première c’est l’arrêt de l’effort, le repos. Pour Rafael Nadal, c’est un peu difficile. Sauf quand la douleur est insurmontable. Ensuite, il y a surtout le recours à des semelles. Elles vont soutenir l’arche du pied et soutenir les tractions qu’il y a dessus. C’est aussi pour régler un peu les malformations du talon pour modifier l’architecture du pied pour que la pression soit moins forte sur cet os.

Rafael Nadal a eu recours pour son cas à des infiltrations…C’est quand la douleur est trop forte malgré tout ce qu’on vient de voir. Les infiltrations ont une visée antalgique, donc contre la douleur. Ça ne change en rien le cours de la maladie, ça ne va pas raviver l’os. On injecte donc des corticoïdes, des anti-inflammatoires. Pour le cas de Rafael Nadal, il participe à Roland-Garros, il a deux semaines d’effort. Il va avoir moins mal, on sait que ça ne va pas guérir. Le problème c’est que si on en fait trop ça va devenir néfaste pour l’os et accentuer la nécrose. Il faut se limiter dans les infiltrations car sinon on va faire flamber la nécrose, le syndrome de Muller-Weiss et ça sera fini. On peut aggraver la chose avec un trop grand nombre.

Et la dernière étape pour soigner ce syndrome ? C’est la chirurgie ! On va faire une arthrodèse. On va donc souder des os entre eux. L’os naviculaire est pris entre deux os : à l’arrière le talus et à l’avant le cunéiforme. Il est pris en sandwich. Cette pratique consiste à verrouiller complètement ces trois os pour que ça ne bouge plus et faire disparaître la douleur. Mais d’habitude entre ces trois os il y a une articulation pour permettre au pied d’être souple, si on vous bloque vous allez marcher un peu moins bien. Le pied va être plus raide.

Ça peut mettre fin à la carrière de l’Espagnol ?Bien sûr. La prise d’appui est compliquée. C’est je pense la chose qui peut le faire basculer avec une douleur insurmontable. Quand c’est un stade avancé et on peut imaginer que dans le cas de Rafael Nadal il a beaucoup forcé dessus, c’est difficile d’y remédier. Il a dû avoir recours avec parcimonie à des infiltrations pour pouvoir participer à des tournois, il sélectionne ses participations. S’il a recours plus tard à la chirurgie évoquée, à mon humble avis c’est incompatible à une carrière de sportif de très haut niveau. Surtout à 36 ans. 

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