Les gens profitent du soleil en terrasse, sur la Grand-Place de Bruxelles, en mai 2021. FRANCOIS WALSCHAERTS / AFP
LETTRE BENELUX
Sandra soupire : serveuse dans un célèbre café d’Ixelles, elle découvre un article que “M, le magazine du Monde”, elle a récemment consacré à l’Hôtel Amigo et à la Grand-Place de la capitale belge. “Ce qui nous amène encore plus français, ça”, déplore cette jeune femme. Cependant, soutient-il, c’est sa présence qui a fait grimper le prix des loyers, ce qui l’obligera bientôt à quitter son appartement dans un quartier moins prisé.
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Bruxelles, ville ouverte, (majoritairement) francophone, joyeusement chaotique, moins stressante que Paris, moins chère que Londres et Berlin, culturellement intéressante, « verte » : les Français, de plus en plus nombreux, qui posent toujours leurs valises. ils ont un peu le même argument lorsqu’on les interroge sur leur décision de s’installer ici. Bien qu’on oublie parfois de mentionner qu’une autre réelle motivation est la proximité de la ville avec son pays d’origine : Lille est située à trente-cinq minutes de la Gare du Midi de l’Eurostar, Paris à quatre-vingts minutes du Thalys.
Selon un récent recensement, les Français seraient officiellement 68 327 dans les 19 communes de la région. C’est deux fois plus qu’au début du siècle, et forme une population aussi nombreuse qu’Ajaccio, faisant de la ville belge “la 19ème région de France”, selon le magazine Le Vif, qui dédiait ni plus ni moins de dix pages à ce sujet, le 12 mai. Titre : « Comment les Français prennent la capitale ».
Où vivent ces « envahisseurs » qu’une association créée il y a plus de soixante ans, l’Accueil français de Bruxelles, s’efforce d’accompagner ? Plus dans les quartiers riches et pauvres d’Ixelles (on compte 12.000, soit 13% de la population), Uccle (10.000) et Saint-Gilles (5.700) qu’à Molenbeek (2.000), de l’autre côté du canal, cette physique barrière que peu de migrants européens franchissent et qui semble toujours couper la ville en deux. Si le tourisme local fait l’éloge de la cohabitation des lieux et des “points” d’art urbain c’est oublier les mosquées clandestines et les quartiers “de deal” où, désormais, le coup de feu est tiré.
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Diplomates, Erasmus, exilés fiscaux…
Au cœur de la région, dans la ville de Bruxelles, le quartier populaire des Marolles est désormais aussi un pays d’accueil. Antiquaires, brocanteurs, restaurateurs sont en train de franciser le quartier, même s’ils veulent se démarquer auprès de la population qui le pare des étiquettes “Parisienne” ou “Versailles”, très présentes dans l’élégant quartier du Sablon. (Il y en a deux, en fait, le “gros” et le “petit”, mais mentionner “Les Sablons” dérange les Belges). Ou à Woluwe (il y en a aussi deux, Saint-Pierre et Saint-Lambert), à l’est de l’agglomération.
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