L’augmentation du taux du livre A en huit questions

Publié le 13 juillet 2022 à 7h10 Mis à jour le 13 juillet 2022 à 10h16

La France entre dans une nouvelle ère de l’épargne. Ce mercredi, le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, doit adresser au gouvernement sa recommandation sur le futur taux du Livret A. La semaine dernière, il a prévenu que la hausse, qui interviendra le 1er août, il sera “important”. Il est très probable que le taux double, passant de 1% à 2%. D’autant plus si le gouvernement décide d’ajouter un coup de pouce. Revenons à huit questions sur les changements induits par cette augmentation.

1. Comment est calculé le tarif du Livre A ?

Le tarif du livre A est révisé tous les six mois. Son calcul est le résultat d’une formule qui prend la moyenne entre l’inflation des six derniers mois et le taux interbancaire (€ str).

L’indice définitif des prix à la consommation de juin sera connu ce mercredi par la Banque de France, qui pourra alors faire le calcul et faire immédiatement une recommandation à Bercy. C’est le gouvernement qui décide puis annonce le tarif appliqué. Cela peut prendre quelques jours.

Selon les dernières estimations de l’INSEE, l’inflation s’est établie à 5,8% en juin, soit une moyenne semestrielle de 4,46%. Strictement appliquée, la formule donnerait un résultat de 1,94 %, calcule le Cercle de l’Epargne, donnant droit à un taux de rendement de 2 % pour le Livret A comme pour le Livre du développement durable et solidaire (LDDS).

Le compte d’épargne populaire (LEP), réservé aux ménages modestes, et calculé uniquement sur la base de l’inflation, devrait également doubler son taux pour atteindre 4,5%.

2. Est-ce une augmentation historique ?

Deux fois le rythme en seulement six mois : l’événement est inédit. L’augmentation de 1 à 2 % suivrait le doublement du taux en février dernier (de 0,5 % à 1 %). Il faut remonter aux années 60 pour retrouver les traces d’un doublement du taux.

Les périodes de forte inflation sont logiquement propices à des hausses brutales du taux des livres A. Ce fut le cas en 1974, avec une hausse de 175 points de base, avec un rendement de 6 %, ou en 1981, avec 200 points de base, à 8,5 %.

En revanche, il faut remonter dix ans en arrière pour se reconnecter à un taux de 2 %. La période de taux bas qui a caractérisé la dernière décennie avait en effet pesé sur les performances du Livret A.

3. Combien contribuera-t-il aux épargnants ?

Fin 2020, 55 millions de personnes en France disposaient d’un livret A, pour 5 500 € en moyenne, selon l’Observatoire de la réglementation de l’épargne. Avec un taux de 2%, le bénéfice de l’année devrait donc être de 110 euros en moyenne, soit 55 euros de plus qu’avec les performances actuelles.

Face à l’inflation, estimée à 5,5 % pour l’année selon l’INSEE, le rendement réel reste finalement négatif : pour un livre de 5 500 euros, la « perte » s’élèverait à 192 euros.

4. Comment se comporteront les épargnants ?

L’augmentation du rendement devrait logiquement affecter la collecte. C’est ce qui s’est passé dans les mois qui ont suivi la hausse des taux intervenue le 1er février. Les revenus sont restés dynamiques jusqu’en mai, portant le total des paiements à 359 milliards d’euros, malgré une inflation galopante.

« Il y aura une hausse globale des revenus de l’ensemble des comptes d’épargne réglementés, anticipe Alain Tourdjman, économiste chez BPCE. La réallocation vers les livrets devrait davantage préoccuper les nouveaux flux d’investissement de l’année. »

En clair, les épargnants ne videront pas leur assurance-vie pour tout rapatrier dans leur livre A. Mais le nouveau taux pourrait les inciter à se nourrir davantage lorsqu’ils ne sont pas saturés. Le plafond est fixé à 22 950 euros pour les particuliers. A un taux de 4,5%, le LEP devrait gagner en visibilité.

5. L’assurance-vie est-elle toujours attractive ?

La situation est plutôt atypique. Avec un rendement de 2 %, le Livret A devient presque deux fois plus rentable que l’assurance-vie, l’autre placement préféré des Français, dont le rendement moyen oscille, pour les fonds en euros, autour de 1,2 % (avant impôts).

“Un produit court et très liquide est mieux payé qu’un produit long : c’est très inhabituel”, explique Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Epargne.

Dans ce contexte, les compagnies d’assurance pourraient être tentées en fin d’année d’augmenter la rentabilité des fonds en euros afin de soutenir les entrées. Mais comme les fonds en euros sont largement investis dans des obligations à long terme à des taux très bas, il reste difficile d’améliorer rapidement la performance.

“Les assureurs vont continuer à promouvoir les contrats en unités de compte, qui leur permettent d’investir dans des médias aux profils de risque et de rendement plus ou moins offensifs (comme les actions, ndlr)”, précise Alain Tourdjman. La chose ne sera pas forcément facile compte tenu de la chute des Bourses.

6. Comment vont évoluer les autres produits d’épargne ?

Avec l’inflation et la hausse des taux d’intérêt, la concurrence dans les produits d’épargne non réglementés reprend. La montée en puissance du Livret A, qui sert de référence indirecte au marché, pourrait accentuer le phénomène. “A 2%, on se rapproche du taux symbolique de 2,5% que les épargnants jugent acceptable pour un placement financier”, précise Alain Tourdjman.

Certains acteurs ont déjà lancé l’offensive commerciale. C’est le cas de PSA Banque, la branche financière du constructeur automobile Stellantis, qui vient de faire passer la rentabilité de son livret d’épargne de 0,5% à 0,7%, avec un taux d’offre de 3% pendant 3 mois.

Les banques pourraient être tentées de poursuivre le mouvement en augmentant leur livret, dont le rendement moyen est quasi nul, à 0,09 % selon la Banque de France. Comme le livret A, les encours des comptes d’épargne non réglementés ont sensiblement augmenté depuis la crise sanitaire, avec une hausse de plus de 30 %, à 220 milliards d’euros.

7. Quel sera le coût pour les banques ?

Si la hausse du Livre A est une bonne nouvelle pour les épargnants, la facture s’annonce salée pour les banques, qui centralisent 40% de la collecte. Selon les estimations de Fitch, une hausse de 100 points de base du taux leur coûterait environ 2 milliards d’euros.

Cette somme s’ajoute au milliard d’euros dû après la hausse de février (de 0,5% à 1%). Au total, sur une année entière, l’impact d’un livre A à 2% et d’un LEP à 4,5% pourrait coûter aux banques plus de 3,6 milliards d’euros, soit environ 6% des revenus du secteur de la banque de détail.

Les groupes les plus exposés sont La Banque Postale, qui détient un peu plus du quart des comptes du Livre A, et les Caisses d’Epargne, acteur historique de l’épargne réglementée. Comme en février dernier, les banques ont tenté de présenter leurs arguments aux autorités pour limiter la hausse. “Mais face à l’inflation, nous sommes clairement inaudibles”, estime un banquier.

8. Quel impact sur le financement du logement social ?

Le coût de la ressource va également augmenter pour la Caisse des dépôts, qui centralise 60% des sommes collectées par les banques, via son fonds d’épargne.

L’argent du Livre A a pour mission principale le financement du logement social, l’une des prérogatives de la Caisse. Environ 100 000 logements sortent chaque année grâce à cet argent, qui peut être prêté à des bailleurs sociaux.

Problématique : Le taux de prêt de la Caisse est indexé sur celui de l’épargne réglementée. La hausse du Livret A va donc augmenter le coût de financement du logement social, dans un contexte économique que vous connaissez déjà pour les propriétaires.

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