Vingt ans après avoir mis KO Jean-Marie Le Pen, qui s’était présenté au second tour de l’élection présidentielle de 2002 face à Jacques Chirac, le Front républicain a perdu du terrain en France… En deux décennies, Jean-Marie a cédé sa place à sa fille . Marine à la tête d’un Front national ondulait au Rassemblement national (RN) mais campait toujours à l’extrême droite de l’échiquier politique.
Aidant à la diabolisation, voter RN est de moins en moins un problème pour de nombreux citoyens qui, s’ils n’ont pas porté Marine Le Pen à la tête de l’Etat en avril dernier, ont accordé au RN une victoire historique aux législatives de juin.
Fragmentation de la sphère politique
Quatre-vingt-neuf de ses députés ont fait leur entrée à l’Assemblée nationale, un score que personne n’avait vu venir et qui a fait du parti incarné par Marine Le Pen une force d’opposition que la majorité présidentielle s’est réunie sous la bannière “Ensemble !” devra composer.
Pour Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS, membre du laboratoire Sage de l’université de Strasbourg et spécialiste du personnel politique français, la diabolisation du RN n’explique pas tout, même si, pendant la campagne présidentielle, elle a profité de l’irruption d’Eric Zemmour, émeutier plus d’extrême droite que d’extrême droite.
“Fondation, explique le chercheur, on assiste à une fragmentation de la sphère politique française et cela a conduit, au second tour des élections législatives, à un nombre record d’élections triangulaires au cours desquelles aucun candidat ne s’est retiré. Des scores très ajustés ont permis à chacun de garder espoir, la question de la compétitivité politique recoupant ainsi celle du front républicain.
En général, dit Sébastien Michon, “L’appareil politique s’est abstenu de donner des consignes de vote très claires de peur d’être accusé d’infantilisation.”
Il évoque par exemple les candidats du parti de droite Les Républicains qui espéraient reconquérir les voix du RN et n’ont pas osé l’appeler pour le bloquer de peur de “précipiter” un éventuel électorat.
La “bonne nouvelle”à ses yeux, c’est pourtant “tension“de la majorité présidentielle contre la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) fondée par le président de La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon.
En brandissant l’épouvantail de l’extrême gauche pendant l’intérim, les partisans d’Emmanuel Macron espéraient reconquérir un électorat de droite, mais cette stratégie a encore plus “pistes floues” que la personnalité du président réélu est elle-même très “réduire”. A droite, certains ont préféré l’extrême droite, l’abstention a été massive et le RN s’est retiré plus facilement du jeu, comme à gauche Jean-Luc Mélenchon a également refusé de demander un barrage à l’extrême droite.
“Jamais vu”
Au final, estime Sébastien Michon, l’entrée en vigueur du RN dans le palais Bourbon rompt un certain équilibre. “C’est du jamais vu.”
“Pour l’instant, cependant, ce parti joue pour la normalisation et assume une position plus à droite qu’à l’extrême droite, ce qui apparaît comme un gage de sa capacité à participer aux institutions.”
Cela s’est traduit par le désistement du candidat RN au second tour des élections à la présidence de l’Assemblée mercredi. La macroniste Yaël Braun-Pivet est sûre de l’emporter au 3e tour, mais ce retrait de la cote “très symbolique” a été “stratégique.”
Réponse du pasteur à la petite bergère, dans la foulée, deux vice-présidents du RN ont été élus avec le soutien des députés « Ensemble ! Ces échanges de bonnes pratiques augurent-ils de futures alliances entre la majorité présidentielle et le RN ?
Sébastien Michon ne le pense pas. “Certes tentantes, ces alliances seraient très coûteuses par rapport à l’ensemble de l’électorat qui reste hostile à l’extrême droite et le RN reste une formation marquée… La majorité présidentielle aura besoin de soutien dans un texte ou un autre.” Le RN enverra des signaux pour dire qu’il est prêt à discuter, mais je ne pense pas qu’il y aura beaucoup de monde pour répondre à ces appels.”
Ne laissez pas trop de place au RN
Il a été témoin jeudi des tractations infructueuses entre le RN et Les Républicains pour décrocher la présidence de la très convoitée Commission des Dinances. Eric Coquerel, candidat des Nupes de La France insoumise, a finalement été élu face au candidat RN, ce qui témoigne, selon Sébastien Michon, de la volonté des Républicains. “ne laissez pas trop de place à la soirée de Marine Le Pen” car cela équivaudrait à “esquisse le tien.”
“Pour continuer à exister, les LR ne peuvent conclure un accord ni avec le RN ni avec ‘Ensemble !’ Ils sont coincés dans les pinces.”
“Ce ne sera pas facile de tenir dans le temps, observe Sébastien Michon. Nous aurons une vraie vie parlementaire avec des arbitrages toutes les semaines, ce qui va générer beaucoup d’incertitudes. On se demande quelle sera la prochaine étape. »
Est-il possible de dissoudre l’Assemblée ? Peu probable à ce stade, estime le chercheur. “Qui voudra assumer autant de responsabilités dans une France fragmentée où l’on vote peu ou par intermittence pour des formations souvent hostiles au consensus, où le RN est fort et où le Front républicain est beaucoup moins vivant qu’avant ?”
“Difficile de prévoir quoi que ce soit”conclut-il.