Le Conseil Supérieur du Climat, confronté à un manque de moyens, traverse une crise interne

Lors de la présentation du rapport du Haut Conseil Climat, le 29 juin 2022, à l’Hôtel Matignon. JULIEN DE ROSA / AFP

Le navire du Haut Conseil pour le Climat (HCC) est soumis à de forts remous. Au sein de l’instance indépendante chargée d’évaluer les politiques gouvernementales sur le climat, à l’occasion de la publication de son quatrième rapport annuel, mercredi 29 juin, de nombreuses insatisfactions et inquiétudes ont été exprimées. Dans un contexte de rareté chronique des ressources et de travail désorganisé, certains des treize membres ont été émus, ces dernières semaines, par des sujets « écartés ou dilués » dans le document. Beaucoup d’entre eux ont rejeté la première version du résumé exécutif, jugée trop « complaisante » par le gouvernement, et contenant « des éléments faux et pas en phase » avec le contenu du rapport.

Le pari est crucial, tant la structure créée en novembre 2018 par Emmanuel Macron et placée sous l’autorité du Premier ministre est devenue une vigie de la transition écologique en France. Ses rapports, qui n’ont pas hésité à critiquer l’action gouvernementale, sont remarquablement au cœur des arguments de la cour dans les procès contre l’État pour « inaction climatique ».

Cette année, cependant, le premier projet de résumé ne mentionnait pas que la trajectoire était insuffisante et n’abordait pas la question de la sobriété. Il a “salué” le plan stratégique national établissant la politique agricole commune, alors qu’il permettrait d’atteindre, au mieux, la moitié des objectifs climatiques pour l’agriculture. Il a également évalué les plans climat, encore publiés par seulement trois ministères et dont le manque d’ambition avait été pointé par un précédent avis du HCC.

“Une dépolitisation inquiétante”

“On a évité le pire, le résumé a été complètement réécrit, et des extraits ont été réintégrés dans le rapport”, raconte, soulagé, un membre du HCC, qui souhaite rester anonyme, expliquant que le texte devrait faire l’objet de nombreuses réécritures et que le 20 juin, une réunion de “crise” a eu lieu. “Néanmoins, il y a une dépolitisation inquiétante de ce rapport, alors que l’objet est très politique”, déplore-t-il. “Mes commentaires ont été pris en compte, mais je n’approuve pas entièrement le rapport dans son ensemble et le résumé analytique”, a déclaré un autre membre du HCC. Le ton est plus en retrait que les années précédentes, et nous aurions pu faire un bilan plus approfondi. »

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Pour la présidente de l’organisme, la climatologue Corinne Le Quéré, les voyages aller-retour font partie du processus normal, et “ce qui compte, c’est le produit final, dont les messages sont forts”. Il a reconnu que la rédaction de ce rapport s’est déroulée dans une “année difficile”, au milieu de la crise du Covid-19 qui a modifié l’organisation du travail, ainsi que des nombreux rapports dont il fallait analyser les conséquences, comme la pandémie, la guerre en Ukraine, le paquet climatique européen ou les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).

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