Des personnels de campagne de la Maison Blanche ou de Donald Trump, des avocats, et même des membres de sa famille ont esquissé d’éventuelles poursuites judiciaires, mettant en lumière plusieurs possibles délits commis par le milliardaire durant sa présidence, qui ont abouti à l’assaut au Capitole le 6 janvier 2021.
Le dossier réuni par les élus de la commission d’enquête sur cet attentat veut montrer que l’événement s’inscrivait dans une tentative plus large de “coup d’Etat” menée par le président déchu et son avocat John Eastman.
Maintenant une question cruciale se pose : les procureurs fédéraux devraient-ils accuser Donald Trump ?
“M. Trump est susceptible d’être inculpé par le ministère de la Justice”, a déclaré à l’AFP le procureur fédéral de New York, Kevin O’Brien.
“L’affaire juridique est solide et semblerait convaincante à un jury, tant que les procureurs peuvent lier les plans de Trump et John Eastman pour annuler le décompte des voix électorales avec l’insurrection d’une part. Capitole d’autre part”, analyse-t-il.
La commission parlementaire a toujours soutenu qu’elle laisserait la question des poursuites aux autorités compétentes.
Mais il a précisé qu’il accuserait Donald Trump d’au moins deux crimes : obstruction au dépouillement des électeurs et implication dans une entreprise criminelle contre les États-Unis.
Les faits établis ne favorisent pas exactement la vieille star de la réalité.
Avant les violences à Washington, Donald Trump a fait croire à ses partisans que son élection lui avait été volée.
Il les a encouragés à se rendre dans la capitale fédérale le 6 janvier. Ce jour-là, il harangue les milliers de personnes présentes et leur demande de se rendre au Capitole, à quelques centaines de mètres de là, lorsque les élus certifieront les résultats de l’élection.
L’enquête parlementaire a également mis en évidence des intimidations de conseillers, mais aussi d’électeur et de hauts fonctionnaires du ministère de la Justice.
Selon ses partisans, Donald Trump était fermement convaincu de l’existence d’une fraude électorale et tentait, de bonne foi, de protéger les électeurs.
Mais les audiences ont montré que le magnat de 76 ans savait très bien qu’il avait perdu, compte tenu du nombre impressionnant de fois où ses conseillers les plus proches le lui avaient dit.
L’un des témoins les plus forts est venu du juge à la retraite J. Michael Luttig, considéré comme une star dans les cercles conservateurs. Il a déclaré que Donald Trump représentait “un danger clair et présent” pour la démocratie américaine.
Bien qu’il existe un consensus assez large en dehors des partisans du milliardaire qui pourraient raisonnablement être accusés, la question qui se pose maintenant au ministre de la Justice Merrick Garland est de savoir si cela devrait l’être.
“Une persécution mal menée pourrait renforcer Trump, et même l’aider à être réélu”, a déclaré Edward Luce, chroniqueur du Financial Times basé à Washington. “Lorsque vous attaquez un roi, même un ancien roi, vous devez le renverser.”
Merrick Garland peut s’attendre à un fort soutien public s’il décide d’inculper Donald Trump : près de 60 % des Américains pensent que l’ancien président devrait être poursuivi, selon un nouveau sondage ABC News-Ipsos.
Mais pour Neama Rahmani, ancien procureur fédéral de San Diego, en Californie, le ministre de la Justice n’a pas le “courage” d’entamer ce combat.
“Accuser un ancien président serait sans précédent, et il faut un procureur agressif qui soit prêt à s’attaquer à une affaire difficile et politiquement chargée”, a-t-il déclaré à l’AFP. “Je ne pense pas que Merrick Garland soit ce procureur.”
Selon Nicholas Creel, professeur de droit au Georgia College and State University, ne pas inquiéter Donald Trump serait un affront à l’un des principes fondamentaux de la justice américaine : “aucun homme n’est au-dessus des lois”.
“Une inculpation violerait les règles établies contre la poursuite d’anciens présidents et conduirait presque certainement à un soulèvement massif de ses partisans”, a-t-il déclaré à l’AFP. “Mais l’alternative est de lui permettre de tenter un coup d’État, sans aucune conséquence.”