Comme un air de déjà-vu : une chanson désagréable et dérangeante qui n’avait plus résonné dans nos pays européens depuis près d’une décennie. Depuis quelques semaines, le spectre d’une crise de la dette est revenu dans la zone euro. La peur, avec pour corollaire des mots rappelant le souvenir douloureux de la tourmente financière de 2011-2012. A l’instar du “spread”, ce terme est considéré comme le baromètre du risque, désignant l’écart entre les taux souverains allemands – la référence en termes de sévérité budgétaire – et les taux d’un autre pays de la zone euro.
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En effet, l’écart entre le BTP italien et le « Bund » allemand est passé de 0,9 point en décembre 2021 à plus de 2,4 points le 15 juin. L’Italie doit désormais plus de 3,7% en dix ans, contre seulement 0,5% début 2021. Lors de la crise de la dette fin 2011, ce taux a bondi à plus de 7,5%. Les obligations françaises à dix ans se négocient actuellement autour de 2,2 %, contre… 0 % fin 2021.
Cette hausse des obligations est alimentée par une inflation galopante – 8,1 % en mai dans la zone euro – et le resserrement monétaire des grandes banques centrales, dans un scénario d’inquiétudes liées à la guerre d’Ukraine et à la rupture des chaînes d’approvisionnement. Mais elle révèle aussi une triste réalité : le risque d’une fragmentation de la zone euro, c’est-à-dire d’une divergence des conditions de financement entre États membres, n’a pas disparu. Il reflète l’hétérogénéité des économies et les différentes expositions en Russie. Or, cette fragmentation pourrait “détériorer la transmission de la politique monétaire”, prévient Isabelle Schnabel, membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), dans un discours le 14 juin à Paris.
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Gageons que, bientôt, le ressentiment poussiéreux mêlé de stéréotypes sans gloire rebondira, ici et là, dans les médias nationaux, comme à chaque période de tension financière : les pays du Nord se moquent de l’oisiveté de la Méditerranée, incapable de se réformer – se. assez rapide; ceux du Sud blâment la frugalité obtuse des Nordiques. Puis les Cassandre qui prophétisent le déclin de l’union monétaire, voire son explosion due au désir d’émancipation d’un de ses membres, redonneront sans doute la parole eux aussi.
Les tabous tomberont
Cependant, la zone euro est beaucoup plus forte qu’elle ne l’était il y a dix ans. Il a construit l’union bancaire; leurs banques se sont améliorées. Pendant la pandémie, elle a lancé des prêts solidaires et un plan de relance sans précédent de 750 milliards d’euros. C’est plus uni, un peu moins empêtré dans des règles budgétaires insoutenables. La BCE a retenu la leçon de la crise de la dette : pour éviter que la spéculation ne se déchaîne sur les obligations faibles, il faut communiquer ou agir – ce qui est souvent synonyme en matière monétaire – rapidement et sans ambiguïté. Son ancien président, Mario Draghi, l’a démontré en juillet 2012, lorsqu’il a mis un terme à la hausse des taux souverains en déclarant qu’il ferait « tout ce qu’il faut » pour sauver l’euro.
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